Le monde du travail de demain

4 juin 2020

  • Comme le montre le scénario de base élaboré, la numérisation va générer plus de 3 % d’emplois supplémentaires par an d’ici à 2030
  • La Suisse est déjà bien armée en comparaison avec l’Allemagne et l’Autriche
  • Des différences importantes selon les branches : c’est dans le secteur des sciences de la vie et dans les banques que la plupart des nouveaux emplois seront créés
  • La numérisation produira des effets très variables selon les régions

Bien qu’on entende parler chaque jour de la numérisation, son impact sur le monde du travail est encore sous-estimé. En particulier, ce qui se cache derrière le terme « industrie 4.0 » – à savoir une interconnexion très importante entre les êtres humains et les machines dans les chaînes de création de valeur et les processus de production – va donner naissance à un monde du travail entièrement nouveau. Les possibilités qui vont s’offrir à l’économie et à la société semblent presque illimitées. Une question se pose néanmoins : comment le monde du travail va-t-il évoluer ?

L’étude détaillée « What if employment as we know it today disappears tomorrow ? » réalisée par la société d’audit et de conseil EY aborde cette question et dégage des pistes de réflexion pour faire face au problème en Suisse, en Allemagne et en Autriche. Les prévisions concernant l’évolution du marché de l’emploi ont été établies sur la base de facteurs tels que la part de certains secteurs dans le produit intérieur brut, le revenu par habitant, les exportations ainsi que la disponibilité de ressources naturelles.

« Le monde du travail de demain va générer son lot de gagnants et de perdants. Il sera important de préparer les employés à cette évolution et de leur donner dès aujourd’hui les outils dont ils auront besoin à l’avenir », explique Gerard Osei-Bonsu, Responsable People Advisory Services (PAS) chez EY en Suisse.

Des effets variables selon les régions

Actuellement, plus de la moitié des personnes exerçant une activité lucrative en Suisse ont un emploi à haute intensité de savoir. A cela s’ajoute la part importante d’étrangères et d’étrangers au bénéfice d’une bonne formation vivant et travaillant en Suisse. La Suisse semble ainsi bien armée, en comparaison avec l’Allemagne et l’Autriche, pour affronter les changements induits par la numérisation dans le monde du travail de demain. Il faut cependant s’attendre au maintien de la pression sur le personnel moyennement qualifié ainsi qu’au recul du nombre d’emplois à temps partiel.

Ces évolutions auront toutefois un impact variable selon les régions : par exemple, pour de nombreuses petites et moyennes entreprises situées en Valais, au Tessin ou dans les Grisons, qui présentent un degré d’automatisation encore faible (compte tenu de leur accès limité au capital), les effets de la numérisation apparaîtront plus tard que pour de grandes sociétés ou entreprises basées à Bâle, Genève, Lausanne ou Zurich.

Quant aux cantons de Neuchâtel et du Jura, ils font partie des cantons qui comptent plus de 30 % d’emplois dits manuels (cela représente 10 % de plus que la moyenne nationale). Cela pourrait constituer un motif d’inquiétude, car les tâches de ce type-là sont souvent les premières que l’automatisation croissante fait disparaître. Toutefois, ces deux cantons présentent aussi la proportion d’emplois high-tech la plus élevée au niveau national, proportion qui devrait augmenter avec la numérisation.

Scénario de base : plus de 3 % d’emplois supplémentaires par an

Selon le scénario de base établi dans l’étude sur le monde du travail de demain, il faut s’attendre à une hausse annuelle de 3,3 % des nouveaux emplois en Suisse d’ici à 2030. Cette projection prend pour hypothèse une hausse annuelle du produit intérieur brut de 3,1 % et une augmentation annuelle des investissements publics de 1,7 %. Cette croissance sera particulièrement importante dans les régions de Bâle, Zurich et Genève/Lausanne. Les secteurs de l’informatique, de la finance, de l’immobilier et des sciences de la vie sont ceux où l’augmentation du nombre d’emplois sera la plus importante, tandis que les équipementiers automobiles et d’autres entreprises industrielles auront moins d’employés.

Ce scénario de base pourrait conduire, dans ces branches-là, à une augmentation de 317 000 postes d’ici à 2030. En supposant un impact extraordinairement positif de la numérisation et de l’intelligence artificielle – et la création d’un environnement favorable par les responsables politiques – cette augmentation représenterait même 511 000 emplois supplémentaires. En partant du principe que la numérisation va faire disparaître des emplois pour le personnel peu et moyennement qualifié, ce chiffre pourrait ne représenter au total que 94 000 nouveaux emplois dans ces six branches.

« À l’avenir, les qualités humaines vont reprendre de l’importance. L’empathie, la capacité à stimuler les autres et la sensibilité à la culture joueront un rôle central. Dans le monde du travail de demain, il s’agira de combiner judicieusement ces compétences humaines avec les machines afin de parvenir aux meilleurs résultats possibles », explique Gerard Osei-Bonsu.

Les trois conclusions pour la Suisse:

  • Un avenir prometteur pour les sciences de la vie : le secteur des sciences de la vie sera l’un des moteurs de la croissance économique suisse à l’ère de l’industrie 4.0. Même à partir d’hypothèses prudentes, la part de ce secteur dans le produit intérieur brut devrait augmenter à 30 % d’ici à 2030. Le nombre d’emplois devrait lui aussi progresser. Ces perspectives positives s’expliquent principalement par le fait que ce secteur propose de nombreux emplois hautement qualifiés que l’automatisation ne pourra pas faire disparaître si facilement.
  • Le secteur de la finance continue à gagner du terrain : le transfert de certains postes de travail ou leur remplacement par l’intelligence artificielle sont des craintes qui s’expriment. Les scénarios élaborés par EY montrent au contraire que le secteur de la banque et de l’assurance va lui aussi enregistrer une hausse annuelle du nombre d’emplois de 2 % d’ici à 2030. La part représentée par ce secteur dans le produit intérieur brut devrait remonter au niveau de l’an 2000.
  • Les responsables politiques ont aussi un rôle à jouer : les investissements publics, notamment dans les infrastructures, la formation ainsi que la recherche et le développement, ont toujours constitué l’un des moteurs de la croissance helvétique. Les résultats de l’étude sur le marché du travail de demain mettent en évidence l’importance de cette variable, ainsi que la position actuellement favorable de l’économie suisse, grâce à son ouverture à l’interconnexion et à l’afflux de travailleurs étrangers qualifiés. Cependant, la collaboration entre les acteurs économiques et politiques doit encore être développée afin de préserver ces conditions-cadres favorables.

EY étend la direction générale en Suisse à la Service Line People Advisory Services (PAS), qui fournit des prestations de conseil pour les fonctions de gestion du personnel au sein des entreprises. Gerard Osei-Bonsu occupera ses nouvelles fonctions en tant que responsable PAS au sein de la direction générale d’EY au 1er juillet. En étroite collaboration avec les autres Service Lines et secteurs d’EY, il poursuivra le développement du portefeuille de prestations. EY met ainsi en évidence son approche du conseil intégré, qui va du développement stratégique aux fonctions d’assistance (p. ex. personnel), en passant par la transformation du modèle d’affaires. La période de transformation que travers
ent les entreprises et la société a des répercussions très importantes sur la culture et sur les gens. Par conséquent, le conseil en vue de la transformation du domaine HR fait l’objet d’une demande croissante. EY tient compte de cette demande à travers l’extension de ses compétences.

Tristan Hahn

 

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