LE NOUVEAU FLAMBOIEMENT DES METAUX PRECIEUX, DEVENUS PLUS QUE JAMAIS UNE VALEUR REFUGE

27 septembre 2020

Par Dessy Damianova

Dans la situation de coronavirus que nous traversons et qui voit l’effondrement d’un bon nombre de nos certitudes, les coupures papier paraissent plus que jamais comme… du papier. Elles reflètent toute l’instabilité de la nouvelle conjoncture et le risque constant d’effritement de la valeur, voire de perte de sens, qui caractérise l’état actuel des choses et des affaires.

Les « refuges » vers lesquels on se tourne sont en premier lieu les métaux précieux. Leur effet sur les investisseurs est aussi d’ordre psychologique : ces actifs « métalliques » et foncièrement monétaires sont censés procurer le sens de stabilité et de sécurité que l’argent en papier véhicule désormais de moins en moins.

L’or a brillé très fort cet été ; l’argent a retrouvé aussi son éclat.

Il va sans dire que de tous les métaux, l’or est celui qui marque la hausse la plus vertigineuse – 25 % sur un an et un cours de l’once qui, à la fin du mois de juillet, se hissait au-dessus du niveau record enregistré en 2011 pour atteindre 1944 USD.  L’achat acharné de l’or cet été a, comme l’indique les sites spécialisés dont Investir.ch, porté les avoirs mondiaux de ce métal au niveau record de 3 621 tonnes.

Mais l’or ne représente pas l’unique point de mire de cette ruée vers le métal précieux. Son cousin pauvre, l’argent, en bénéficie aussi et retrouve l’éclat qu’il avait dans ses meilleures années. Son cours avait enregistré des pics dans les années 70 et, plus près de nous, dans cette 2011 où le prix du métal gris était au plus haut. Ce que les spécialistes ont observé cet été était bien un rebond de 70% pour  l’once d’argent dont le prix s’est hissé au-dessus des 20 dollars.

Hausse remarquable mais qui n’est toutefois pas suffisante pour réduire l’écart séparant l’argent des valeurs historiques enregistrées par l’or au cours du printemps et de l’été. D’après les observateurs, loin encore d’un « ratio or/argent » (Gold /Silver Ratio ou GSR) avantageux, on approche à peine la moyenne historique, soit la corrélation qui voit s’échanger 52 onces d’argent pour une once d’or. Vers la fin de l’été, ce ratio a été d’environ 72 contre 1.

L’argent a pourtant le vent en poupe et cela du seul fait qu’il soit le « cousin » de l’or et donc le deuxième sur la liste des métaux précieux. Troisième dans le classement, le palladium, rehausse également son éclat, bénéficiant à son tour de la conjoncture exceptionnellement favorable pour les métaux- « refuges ». Mais pas seulement : le palladium était sur la bonne dynamique encore à la fin de l’année passée, donc au moins deux mois avant la crise du corona qui a fait le succès de l’argent et de l’or. En décembre 2019, l’once du palladium atteignait 1.982 USD, devenant plus cher que l’or et renvoyant d’emblée aux oubliettes sa « cousine » et rivale traditionnelle, la platine – au moins pour un certain temps. 

Les coupures papier et leur valeur symbolique. 

On parle depuis longtemps, avec des arguments divers et multiples – mais qui vont toujours dans le même sens – de la mort annoncée des coupures papier. L’attachement à ces dernières reste pourtant très fort, de même que l’espoir de les voir survivre aux problèmes économiques et financiers qui les menacent.

Car, s’ils n’ont pas le poids et l’éclat (au sens propre comme au figuré) des métaux précieux, les billets de banque ont une valeur symbolique que les métaux ne possèdent pas. Celle-ci est bien évidemment d’abord liée au sentiment d’indépendance personnelle que l’argent en papier procure, porté qu’il est toujours dans le sac à main ou dans une poche intérieure. 

Mais il y a ensuite cette tacite leçon d’humilité et de bon sens que les coupures papier nous enseignent quasiment chaque jour par leur tendance de s’effeuiller vite, trop vite. Nos billets sont en effet rapidement dépensés tout au long de la journée, ce qui relativise le sentiment d’indépendance et de sécurité qu’ils nous apportent et représente une sorte de permanent rappel de l’inconsistance de l’argent et de la nécessité de bâtir notre vie sur d’autres valeurs aussi. Ceux qui ne le savent pas, l’apprennent tôt ou tard à leurs dépens.

L’exemple le plus extrême – mais aussi le plus parlant –  est offert par un épisode de la vie de Pablo Escobar, le fameux narcotrafiquant, le « baron de la drogue » qu’un amour obsessionnel pour le gain avait mis à la tête d’un des plus vastes réseaux criminels des années 80 et 90. Recherché partout par la police, le Colombien et sa famille, ayant trouvé refuge dans une maison non chauffée et très froide, se sont vus contraints à allumer le feu dans la cheminée… avec leurs billets de banque.

On prétend que la valeur du feuilleté de billets qui est ainsi parti en fumée ne fût pas moindre de 2 millions de dollars !

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