LE STORY TELLING COMME OUTIL DE MANAGEMENT

5 novembre 2018

Par Dessy Damianova

Ces derniers temps, on peut noter une irruption du littéraire- fictionnel dans les domaines économique et politique. En politique, on parle de roman national. L’économie réclame sa part d’inspiration, de vision, de success stories. Avec cela, on se croirait comme dans une aventure, avec début, intrigue, rebondissements et fin.

Et non seulement les histoires seraient de plus en plus en vogue dans le commerce, dans l’industrie et la finance, mais, tout comme dans la sphère des lettres vraies, elles sont de genres différents, allant de l’histoire fondatrice à la chronique tout en passant par l’exposé de vision globale et stratégique.

Les fins auxquelles ces narrations servent sont plus multiples encore ; c’est en les recensant qu’on se rend compte de toute l’utilité du « conte » dans l’entreprise. Créer du sens et inspirer, encourager et attiser l’ardeur, aider à promouvoir les changements, tisser des liens intergénérationnels et entre différents niveaux de l’hiérarchie, flatter le sens d’appartenance : le story telling va bien avec le business, et c’est le moindre qu’on puisse dire !

Les récits fondateurs : des success stories pour jeunes et seniors

Le récit fondateur occupe une place privilégiée parmi les autres « genres » de récits d’entreprise. Il s’agit le plus souvent de l’histoire du fondateur lui-même et des premiers moments de l’œuvre entrepreneuriale. Il y a des success stories qui, à travers les ans, sont devenues de vraies légendes et qui aujourd’hui encore motivent et encouragent. Ces « contes classiques » s’appliquent à toute situation, à tout domaine, et il y en a pour tous les âges : ils vont de cet étudiant en piano qui un jour dut choisir entre son instrument et … le resto où il travaillait pour pouvoir payer ces chères études, à l’homme âgé qui, au déclin d’une vie quasi ratée, après d’expériences multiples – y compris comme militaire – se mit à vendre son poulet qu’il cuisait avec pas moins de onze épices et herbes. L’étudiant c’était Ray Kroc, le fondateur de Mc Donald, et l’homme âgé – l’emblématique papy aux cheveux blancs, le créateur de KFC !

L’histoire de Harland Sanders, le colonel sacré le roi du chicken, est particulièrement inspirante : elle dément le préjugé des seniors comme gens à part, en fin de vie, qui n’ont d’autre perspective que celle de bien se reposer et relaxer devant une bonne série télé. Avec le Colonel, ces gens deviennent acteurs cruciaux ; ils jouent un rôle meilleur que tout ce qu’ils aient joué : un rôle de décideurs, de pionniers ardents (malgré leurs blancs cheveux), de « patriarches » – leaders. Au lieu de seniors, ils sont de vrais seigneurs !

Le livre d’entreprise

Oui, les récits fondateurs de certaines grandes compagnies possèdent un inépuisable potentiel mobilisateur, inspirationnel et motivationnel. Ils montrent d’une manière non ambiguë que, à chacune des étapes de la vie, tout est possible à celui qui a la volonté, l’initiative, l’ambition et la persévérance. Mais souvent dans ces success stories à valeur anecdotique très prononcée, la figure du fondateur éclipse tout le reste et laisse peu de place à l’histoire de l’entreprise elle-même.

Le « livre d’entreprise » est là pour pallier à cette carence. Moins anecdotique que le récit des fondements, il se présente comme une sorte de chronique qui mêle histoire de l’entreprise, des bribes d’archives, des portraits de différents acteurs du processus de production (des cadres comme des employés), des témoignages. Souvent richement illustré, le « livre d’entreprise » renforce le sentiment d’appartenance et resserre les liens entre collègues, en dépit de leurs différences d’ordre hiérarchique, générationnel ou autre. Des cadres supérieurs comme des subordonnés, des employés jeunes comme ceux au bord de la retraite, des nouveaux arrivants comme les anciens de l’entreprise se sentent ainsi embarqués dans une même aventure dont ils écrivent ensemble la chronique et qu’ils conçoivent dès lors comme œuvre véritablement commune.

Leurs efforts, leur long travail, leurs objectifs et ambitions prennent ainsi corps ; leur vue d’ensemble s’améliore et l’horizon devient plus clair : gardant la mémoire de ses débuts et son parcours, sachant bien d’où elle vient, l’entreprise sait où elle va et quel est l’objectif final.

Son histoire, fût-elle de type « chronique » ou « success story », a le don unique de remporter l’adhésion tout en éveillant des vocations. Tendue vers l’objectif final, elle est en même temps le moyen parfait de conférer un sens au changement, de rendre les réformes désirables, d’asseoir l’autorité du manager de la manière la plus persuasive et convaincante possible.

 

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