LE TELETRAVAIL – UN MODELE FAIT POUR DURER MAIS AUSSI POUR EVOLUER

21 mai 2020

Par Dessy Damianova

Avant la crise du coronavirus, le télétravail était considéré comme une option et comme une tendance, pendant la crise – comme une nécessité voire comme une contrainte… Qu’adviendra-t-il de cette activité une fois que la situation revient à la normale ?

C’est une question qui est souvent posée en cette période de fin d’état d’urgence.

Le moindre que l’on puisse dire, c’est que le travail à distance a convaincu – et cela tant les employés que les employeurs. Le télétravail a pu rassurer les sceptiques et dissiper toutes les peurs que sa généralisation subite, suite au déclenchement de la maladie, avait initialement inspirées.

Plus encore : ayant rassuré, l’activité à domicile a aussi largement « assuré ». En cette situation de crise, elle a dans un grand degré rendu possible la poursuite normale du processus du travail, avec tout ce qu’il sous- entend comme accomplissement effectif des tâches, respect des délais, atteinte des objectifs posés. Pour ce qui est de la productivité des salariés, voilà ce que nous disent les chiffres : d’après une étude menée aux Etats- Unis par la chaîne CNBC et Change research, 60% des Américains que la crise du coronavirus a obligés à rester à la maison, considèrent qu’ils sont tout aussi productifs en travaillant à distance qu’ils le sont en travaillant au bureau. Certains estiment même que leur productivité en home office est encore plus grande qu’au sein de l’entreprise « physique ». Toutefois, toujours d’après l’étude citée, 55% des employés veulent retourner à leur « vrai » lieu professionnel et retrouver leurs anciennes habitudes de travail.

Une pléthore de problèmes trouvent leur solution dans l’exercice du télétravail.

Un tel retour sera possible pour certains et un peu moins possible pour d’autres. Car, de plus en plus conquis par les perspectives qu’il offre, bien des employeurs projettent d’adopter le télétravail comme principal modèle de travail dans leur entreprise. S’épargner la contrainte de payer le loyer pour les locaux, éviter à ses employés les ennuis du déplacement et les frais de voyage, permettre à ces mêmes employés de trouver enfin le juste équilibre entre activité professionnelle et vie familiale, rapprocher les différents niveaux hiérarchiques : tout ce paquet de problèmes qu’en période « normale » l’employeur peinait à résoudre, trouvent leur solution naturelle dans le travail à domicile ! Ce n’est pas par hasard que le ministre allemand du Travail, Hubertus Heil, a tout récemment proposé d’ériger en loi le droit des salariés de travailler depuis la maison.

Une telle démarche ne fera que confirmer la règle non- écrite, mais ô combien pertinente, d’après laquelle les solutions trouvées en temps de crise ont la vie longue : conçues comme procédés palliatifs et temporaires, mais ayant prouvé leur efficacité, elles survivent aux situations d’épreuve qui les ont lancées et s’imposent comme le meilleur modèle opérationnel. Il en va donc de même avec le télétravail : ses résultats concluants font croire que la formule sera gardée à l’avenir.

Et si l’on repensait l’ambiance pantouflarde et certains aspects du thé –létravail ?

Pendant l’essentiel de la période de confinement, on n’a peut-être pas pu trouver et tester le vaccin contre le coronavirus mais une chose est sûre – on a définitivement pu tester l’efficacité du travail à distance et sa capacité de devenir le modèle de travail principal dans notre monde d’externalisation des processus, d’ultra- communication et d’hyperconnectivité. Les résultats, on l’a dit et répété, sont là, et ils sont tout à fait satisfaisants. Pourtant, il ne faut pas entièrement céder à cet engouement facile, aussi béat qu’inconditionnel, avec lequel, actuellement et quasi- universellement, on loue le nouveau modèle d’accomplissement des tâches. Le télétravail a certes beaucoup de vertus mais c’est un modèle qui reste à repenser et à faire évoluer.

Oui, l’image du responsable hiérarchique ou du collègue apparaissant sur Skype habillé en tenue négligée, le visage pâlot, la barbe de trois jours (quand s’agit d’un homme) et la voix souvent volontiers affaiblie et lasse, était bien sympathique pendant la période de confinement : il n’empêche qu’elle a ses limites. L’autorité du responsable ne doit pas s’évaporer ensemble avec la fumée sortant de la tasse de thé qu’il a posée devant lui, pas plus que l’attitude de respect et de dignité avec laquelle chaque employé est censé effectuer et poursuivre son travail. Il faut trouver le juste équilibre entre le culte de l’apparence parfaite qu’on cultivait en temps « normal » et la vogue du laisser- aller et d’abandon qui, au contraire, sévit en période de crise…

D’ailleurs, la transition de plus en plus massive et accélérée vers le télétravail exigera une redéfinition fondamentale de bien d’autres paramètres. Les responsables d’entreprise seront obligés d’acquérir de nouvelles compétences de leadership et de communication et les salariés – de nouvelles capacités de réactivité et de travail d’équipe. 

 

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