L’économie numérique a-t-elle définitivement pris le pouvoir ?

19 octobre 2020

Ces derniers mois, pour continuer à fonctionner, les entreprises ont dû recourir massivement aux outils digitaux. Par ailleurs, dans le contexte de crise qui prévaut, très peu de personnes ont pu résister à l’utilisation du numérique. L’économie numérique a-t-elle définitivement pris le pouvoir ?

Un bouleversement brutal de l’économie

S’il est une particularité reconnue aux crises, c’est qu’elles ont le pouvoir de révéler ou d’accentuer des tendances sous-jacentes ou émergentes. Ce fut le cas avec la pandémie du covid19 qui a résolument imposé le pouvoir du numérique. On avait déjà remarqué l’accélération des transformations de l’économie numérique au cours de ces dernières années. On assistait aux transformations progressives des différents secteurs de l’économie : e-commerce, e-marketing, e-paiement, e-tourisme, e-banking faisaient leur apparition. On ne réalisait pas aussi qu’en fin 2019, près de 4,54 milliards de personnes étaient désormais en ligne soit un taux de pénétration de 60 % d’internet dans le monde. Le numérique et le mobile connaissaient alors une croissance rapide en préparant le lit aux transformations qui sont subvenues ces derniers mois.

Cependant, nul n’avait imaginé que la crise sanitaire allait précipiter cette tendance. Le monde économique a alors dû rapidement s’adapter. Pour certains patrons d’entreprise, il fallait sauver les clients en trouvant aux employés, les moyens de maintenir le contact avec eux pendant le confinement. Pour d’autres, il était urgent de trouver de nouveaux outils technologiques permettant de continuer la production afin de ne pas payer le prix cher de la cessation des activités. Même les détenteurs du pouvoir classique dans le monde ont été assujettis à l’utilisation du numérique. Les dirigeants politiques ont en effet dû couramment communiquer, tenir leurs réunions avec leurs collaborateurs ou avec leurs pairs par visioconférence. Ceux d’entre eux qui étaient sceptiques ont dû enclencher la révolution numérique dans leurs pays même s’il a fallu qu’ils soient personnellement infectés par le virus. L’utilisation du numérique revêtait en outre un enjeu dans la lutte contre la progression de la pandémie. Certains pays comme la Corée, Taiwan et Israël se sont effectivement appuyés sur la technologie pour endiguer la progression du covid19.

L’économie est plus que jamais numérique

La conséquence de ce bouleversement se lit à travers la prospérité économique qu’ont connue les nouveaux patrons de l’économie en cette année 2020. Les gros gagnants de cette révolution sont les géants du net notamment Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Ils connaissent de très beaux jours en bourse depuis peu. Mais la réalité est que les « Gafam » comme on les appelle, avaient cru que cette transformation progressive de l’économie pourrait tôt ou tard advenir. Même s’ils ont été eux-mêmes surpris par cette propulsion rapide, ils ont su profiter de la situation mondiale. L’année s’annonce par exemple folle pour Amazon. L’entreprise de e-commerce a augmenté en fin juin de 40 % soit près de 89 milliards de dollars et un bénéfice net qui a doublé à 5,2 milliards. De son côté, Facebook a vu son bénéfice doubler pour atteindre 5 milliards pour une croissance de 11 % de son chiffre d’affaires. Apple quant à lui a aussi atteint une croissance de 11 %. Même si la croissance chez Google n’est pas éclatante, un bon bilan s’annonce en fin d’année pour le géant.

Au niveau général, les prévisions de croissance des activités du numérique en cette année sont toutes positives. Annoncées modestement en janvier, elles sont en train d’être revues pour intégrer les nouvelles données. La structure Syntec Numérique estimait en effet que les SMACS atteindraient 16,5 milliards d’euros soit une croissance de +14,7 %. De même, près de 2/3 des sociétés du secteur quant à elles auront  une croissance de leur chiffre d’affaires. Dans tous les secteurs de l’économie par ailleurs, les changements seront visibles à cause du caractère transversal de l’économie numérique. Certains métiers connaissent d’ores et déjà un bouleversement accéléré. On remarquera aussi de nouveaux comportements des consommateurs, de nouveaux métiers, de nouveaux marchés. Une nouvelle économie s’installe donc : plus réactive et plus mobile.

Les implications du pouvoir de l’économie numérique

Cette prise de pouvoir du numérique, même si elle doit être suivie avec beaucoup de prudence, a apporté des changements très positifs. Pour tous en effet, le numérique a renforcé la résilience face à l’épidémie. Désormais, aucune situation politique, économique ou sociale ne pourra empêcher les entreprises de fonctionner et de faire tourner l’économie. Qu’il s’agisse des grèves, des épidémies, des conflits militaires, des difficultés de transport, l’économie continuerait à fonctionner. Les patrons d’entreprises et tous les acteurs de l’économie veulent d’ailleurs consacrer le gros de leur investissement à la numérisation de leurs unités économiques.

Néanmoins, cette prospérité n’offre pas une jouissance paisible aux patrons du net. Entre interpellations et procès, ils doivent se battre pour rassurer. De l’Europe aux États-Unis, les préoccupations sont plus vivaces sur la protection des données ou encore l’abus de position dominante. Pour preuve, les dirigeants d’Apple, Google, Amazon et Facebook ont été convoqués le 29 juillet dernier par les élus américains, sans doute inquiétés par leur puissance écrasante sur le monde. Avant eux, c’était la Commission européenne qui avait réfléchi en juin sur les moyens de lutter contre leurs monopoles économiques et le mécanisme de mise en place d’une autorité capable de mieux les surveiller. Quoi qu’il en soit, pour tous, il faudra comme le dit l’expression « s’adapter ou disparaître », car il faut se rendre compte que rien ne sera plus comme avant. Puisque nous sommes réellement à l’ère de l’économie numérique.

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