L’énergie éolienne peut-elle s’implanter durablement ?

24 novembre 2011

Jamais la question des énergies n’a paru aussi importante. Depuis quelques mois, la question du nucléaire agite les Etats européens, et chacun d’entre eux de s’interroger. Quelles peuvent être les meilleures alternatives pour les prochaines vingt années, et en regardant parfois bien au-delà, jusqu’à 2050 ?

Certaines positions ont tout l’air d’une tradition : ainsi la France n’envisage pas une révolution de ses énergies, et tout en donnant du crédit aux énergies dites renouvelables (par petites touches), par le biais de l’éolien ou de l’énergie thermique, elle ne prévoit pas pour autant de fermer ses centrales… Au fond, les français considèrent que l’énergie renouvelable forme un beau principe mais ne couvre pas suffisamment leurs besoins.

Au contraire de l’Allemagne, qui a annoncé plusieurs fermetures en délivrant des échéances précises pour une cessation d’activité : 2022, ce qui semble optimiste. En même temps, l’Allemagne est le pays réputé pour jouer la carte des énergies renouvelables, et les parcs à éoliennes y fleurissent notamment dans la région de la Ruhr, quand d’autres projets en Mer Baltique semblent déjà en préparation.

On constate ainsi, à travers ces deux exemples européens, deux traditions opposées.

En Suisse, le potentiel est bien moindre, il n’existe pas de possibilité de développer l’éolien en mer, et les territoires ne sont bien entendu pas aussi vastes que chez les voisins français et allemands, mais les espaces ruraux situés depuis les crêtes jurassiennes jusqu’au plateau fribourgeois constituent des plateformes idéales pour alimenter la force du vent. Le Conseil fédéral a récemment encouragé Swiss Eole, association de promotion de l’énergie éolienne, à tabler sur un projet comportant près de 800 installations dévouées à l’éolien. La conjonction de ces parcs pourrait couvrir 7% de la consommation d’électricité en Suisse et un tel projet correspondrait aux besoins d’un million d’habitants.

Néanmoins, l’éolienne peine à convaincre et à s’implanter.

Il provoque toujours, ça et là, un sentiment de méfiance. Plébiscité ailleurs, mais s’implantant ici par sauts et gambades.

Ses avantages sont pourtant indéniables. D’abord son prix, le moins onéreux de tous, à l’exception du nucléaire. Exactement 15 centimes au kWh. Deuxième avantage, contrairement au grand frère tant décrié, il n’émet pas de pollution, à l’exception d’un désagrément acoustique qui concernerait les éoliennes d’une puissance supérieure à 2,5 MW. Des installations d’une telle puissance ne sont pas prévues en Suisse. Elles sont rares, il n’y en a pas en France.

Le débat porte sur les vertus esthétiques de l’éolien. Les hélices géantes sont jugées affreuses par les défenseurs d’une nature qu’ils souhaitent inaltérable… et malgré un impact écologique nul. Pourtant, depuis de nombreuses années campagnes ou régions montagneuses sont striées par les lignes à haute tension.

Le rejet de l’éolien s’explique par le dégoût de voir une forêt entachée ou souillée, une belle vue s’amoindrir de sa candeur originelle, et ces opinions esthétiques suffisent à mobiliser quelques milliers de personnes, dont le village jurassien de Bourrignon qui résiste toujours vaillamment à l’envahisseur. L’assemblée communale du village a rejeté par 93 voix à 36 le projet d’implantation de 18 éoliennes par les Services Industriels de Genève (SIG).

L’implantation durable d’éoliennes en Suisse semble donc passer par des échanges étroits entre acteurs industriels, habitants et communes. L’éolien continue de faire peur bien qu’il ne représente pas de risque pour l’habitant ni pour les cultures. Son impact sur la biodiversité se révèle le plus négligeable parmi toutes les énergies. Seul l’aspect visuel (voire sonore) peut fournir querelle et justifier une méfiance, qui, pour le moment, a la force de laisser plusieurs projets d’éoliennes en suspens.

Faustin Rollinat/Rédacteur chez Le Monde Economique

 

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