Les causes du problème de l’emploi et d’un taux de chômage importants à Genève

27 avril 2015

Monsieur Jacques Jeannerat, Directeur CCIG, posait récemment une question pertinente dans une édition du magazine « Le Monde Economique », au sein de la rubrique « Décryptage », à propos du taux de chômage élevé à Genève plus qu’ailleurs en Suisse: « Chômage: qu’est-ce qui ne tourne pas rond à Genève ?« 

Constat

Certes, il y a sûrement un problème de formation, de main d’œuvre qualifiée, de lois à modifier pour s’opposer aux licenciements abusifs et mieux protéger les employés comme le propose, entre autres, la CGAS et l’USS, de contrôles de la délivrance des permis de travail, combat politico-économique, mais il y a surtout, à mon sens, un éventail de paramètres péjorant un rapide retour à l’emploi qui pourraient être améliorés assez rapidement et sans coûts supplémentaires pour le contribuable, bien au contraire.

Je fais le triste constat et la douloureuse expérience d’une situation de l’emploi et de l’employabilité très compliquée à Genève. J’en ai identifié quelques raisons majeures, à titre personnel, mais également collectif, parmi d’autres déjà largement connues. Je les ai appelées les 7 emPêchés de l’Emploi: Cupidité – Copinage – Peur – Incohérence – Injustice – Chômage – Incompétence

Cupidité

Des employeurs peu scrupuleux, ni respectueux de la main d’œuvre locale n’hésitent pas à appliquer le dumping et la sous-enchère salariale, créant une déflation salariale en engageant des travailleurs venant souvent de (très) loin ou encore des travailleurs au noir. Les heures complémentaires ou supplémentaires ne sont pas prises en considération et personne ne se plaint de peur de perdre son job. Les travailleurs en recherche d’emploi de leur côté ne sont souvent pas disposés à revoir leurs prétentions salariales à la baisse.

Copinage

Des employeurs, cadres dirigeants, surtout étrangers expatriés, embauchent leurs copains d’études ou de précédents jobs pour des postes clé qui vont eux-mêmes engager d’autres copains et ce à tout niveaux de la hiérarchie de l’entreprise au détriment de la main d’oeuvre locale.

Des employés, travailleurs du Grand Genève avec un trop faible réseau, réseau mal exploité ou vite inexploitable lorsque les copains du 1er et 2e cercles se font de plus en plus discrets pour ne pas dire inexistants.

Peur

Cadres, responsables de secteurs, chefs et petits-chefs craignant pour leur place en embauchant un bon profil ou un Senior avec expérience. Demandeurs d’emploi n’osant pas faire le pas du changement, changer d’orientation, honte, crainte du qu’en dira-t-on et de l’inconnu.

Incohérence

du système cantonal pour les recherches d’emploi obligeant un chômeur ou futur chômeur à effectuer un certain nombre de recherches conditionnant le versement des indemnités auxquelles il a droit (-> sanction), alors qu’il faudrait tout d’abord former les demandeurs d’emploi aux techniques de recherches (CV, lettre de motivation, entretien d’embauche, réseautage, marché caché, bilan de compétences, etc.) afin de ne pas rater une belle opportunité dans la précipitation ou à cause d’un document mal torché. L’assurance chômage est là pour aider et apporter des mesures de retour à l’emploi, pas pour punir encore une fois.

Injustice

des licenciements abusifs ou pour des motifs abracadabrantesques. Les lois du travail et les employeurs ne protègent pas suffisamment l’emploi et les salariés.

Certains travailleurs profitent du système. Il en va de même pour certains chômeurs ou assistés sociaux du reste.

Chôm-Age

Tout le monde le sait, on n’engage pas un chômeur. Les employeurs rechignent à embaucher une personne non active, mais préfèrent débaucher des travailleurs en emploi même si ils viennent de loin. On n’engage pas non plus un Senior, surtout si il est au chômage à cause des clichés largement répandus et bien souvent farfelus (coûts, santé, lenteur, …), ni une femme ou un junior pour d’autres mauvaises raisons. Trop de postes potentiellement accessibles à des locaux ont été attribués à des travailleurs non-domiciliés dans le Grand Genève.

Incompétence

La grande majorité des employeurs n’engage que des personnes immédiatement ou très rapidement opérationnelles, maîtrisant les compétences professionnelles nécessaires au poste à pourvoir. Très peu d’entreprises offre une formation ou une mise à niveau à l’embauche. La formation continue en entreprise est quasi inexistante ou laisse à désirer. Elle n’est souvent pas adéquate ni certifiée, donc inutilisable pour un parcours professionnel. L’apprentissage dual est compliqué à gérer pour les entreprises, d’où de moins en moins de postes pour les jeunes. Difficulté pour les Seniors de trouver des filières de formation accessibles et rapides. Les demandeurs d’emploi sont en outre réticents à reprendre de nouvelles études ou d’autres formations souvent longues. Les mesures d’accompagnement de l’OCE ne sont pas assez performantes ni assez rapides.

Conclusion, solutions

C’est une évidence, le marché de l’emploi est malade à Genève. Il ne faut, par contre, surtout pas creuser un trou pour se cacher au fond en espérant en sortir un jour délivré du mal par un quelconque désenchantement miraculeux. Il faut se motiver, se bouger, rester actif … être au taquet quoi !

Il est nécessaire d’user et d’abuser des outils qui sont mis à notre disposition, visant à prodiguer des conseils pertinents pour se démarquer dans le monde du travail, écouter les conseils des professionnels et identifier les véritables pistes pour décrocher un job qui nous correspond.

Parmi les moyens, exceptionnels, privilégiés, mis en place et développés par les autorités genevoises, DIP, DSE, OFPC, OCE, associations professionnelles, partenaires sociaux, entreprises privées : la Cité des Métiers et de la Formation (CdMF). Elle propose régulièrement des ateliers et des prestations gratuites, permettant à tout un chacun de bénéficier de conseils pertinents d’experts toutes catégories pour

– des informations pratiques pour l’avenir et la recherche de nouvelles opportunités;

– la rédaction de CV et de lettres de motivation;
– le décryptage d’annonces;
– la préparation à l’entretien d’embauche;
– bilans de compétences*;
– la création d’un profil sur les réseaux professionnels;

– le réseautage;
– la création d’entreprise;

(*le CEBIG et l’ISFB font ça aussi en partenariat avec l’OCE)

Les réseaux sociaux professionnels gratuits (Viadeo, LinkedIn, Rezonance, ge.ch, Signé Genève, …) proposent également des salons, conférences, publications, éditoriaux, ateliers, petits-déjeuners, rendez-vous d’échange, de partage et de réseautage à ne pas manquer.

S’intéresser et participer à de telles activités devrait être prioritaire, ou disons mené parallèlement à la recherche d’un emploi, voire même une condition sine qua non lors d’une inscription à l’OCE en ce qui concerne les aptitudes à rédiger un CV, une lettre de motivation et à la préparation à un entretien d’embauche pour les raisons expliquées plus haut.

En clair, malgré beaucoup d’efforts déjà consentis par l’Etat de Genève, ce qu’il faut souligner, il y a des chantiers urgents à démarrer pour une meilleure formation professionnelle plus facilement accessible par tous, des mesures à appliquer ou faire appliquer rapidement par les employeurs sous contrôles des autorités en charge de l’emploi et des réformes à mettre en place auprès des institutions gestionnaires de l’emploi et de l’employabilité, et ce, TOUT DE SUITE, PAS
DEMAIN.

Comme le martelait récemment Monsieur Nicolas Pictet dans son discours lors de la conférence de presse de la Fondation Genève Place Financière: « La place financière est utile; elle est même indispensable au maintien de notre niveau de vie, à nos emplois et à notre avenir. Il est temps d’en prendre conscience et d’agir en conséquence. Réveillons-nous ! »

PS: La forme masculine utilisée dans ce texte est bien entendu valable pour les deux sexes indifféremment sauf précision particulière.

 

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