Les contrats intelligents : un enjeu tant pour les entreprises que les individus

3 décembre 2019

L’avènement des contrats intelligents pourrait changer la structure des entreprises et de l’économie. Nous allons probablement vers une réduction des intermédiaires, un amaigrissement voire vers une désintégration des grandes structures. Les politiques semblent encore ignorer ces tendances.

L’automate distributeur de boissons est l’ancêtre des contrats intelligents: j’insère une pièce qui me donne le droit de choisir une boisson, je choisis l’article, et la boisson a le droit de sortir. Automatiquement. Les contrats intelligents ou « smart contracts » permettent, de surcroît, une transaction pair-à-pair (P2P) sans intermédiaire et donc de réduire considérablement les coûts de transaction des entreprises. A noter que les contrats intelligents ne remplacent pas les contrats traditionnels, ils sont plutôt des compléments à ces derniers qui « s’auto-exécutent » par des codes programmés.

Ronald Coase, détenteur prix Nobel (1991) de l’économie avait posé que les organisations et les entreprises en général existent, tout simplement, pour réduire les coûts de transaction dans les échanges économiques. Il y a des coûts liés à la découverte des prix,  à la négociation, à la conclusion d’un contrat séparé pour chaque échange, et des coûts de coordination quand les tâches sont incertaines. Ainsi, un hôpital existerait en tant qu’organisation parce qu’il est plus simple et a priori moins cher d’employer des gens de façon centralisée que de passer des contrats individuels pour chaque échange économique, de la logistique jusqu’aux infirmières.

Justement, ces coûts de transaction peuvent être réduits ou même supprimés grâce aux contrats intelligents. Dans le monde de la musique, les plateformes « intermédiaires » empêchent, en quelque sorte, une vraie transaction P2P, et elles encaissent une proportion importante de ce que pourrait percevoir l’artiste créateur. L’auteur du livre « Blockchain Revolution » Don Tapscott dit que « lorsqu’un musicien met une chanson sur la blockchain, la chanson est associée à un contrat intelligent qui, lui, défend les droits de propriété. Si quelqu’un veut utiliser cette chanson dans un film, le contrat intelligent permettra de négocier les conditions d’utilisation et le montant à payer (…) ». En d’autres termes, il est possible de connecter  une action comme la désactivation d’un ascenseur à une condition, par exemple le non-paiement d’un loyer de façon automatique : c’est le complément « intelligent » du contrat.

Les entreprises évolueront probablement vers des réseaux plus ou moins automatisés au niveau des transactions, et devront, logiquement, plutôt se désintégrer ou en tout cas mincir. Les intermédiaires aussi, en particulier, ceux fournissant des services tels que l’audit, ou encore les banques traditionnelles, etc. devront s’adapter à ces nouveaux modèles. Sinon, leurs services seront simplement délégués à des contrats intelligents, dès que la technologie et la masse critique de disruption le permettent.

Rappelons que les milieux technologiques voulant généraliser les contrats intelligents  ont tout intérêt à veiller à ce que les conditions cadres fixées par les politiques en Suisse et ailleurs ne freinent pas ce progrès technique (pour protéger les vieux modèles). L’Etat et son administration sont eux-mêmes les premiers concernés !

Olivier Naray, Ph.D. in Management 
O.Naray Strategic Consulting
www.onsc.ch

 

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