« L’introduction, ou le retour, de la nature en ville est une tendance qui s’implante rapidement dans les désirs et les modes de pensées ».

7 mars 2019

De toutes les activités de l’être humain, le travail d’organisation du territoire est une des plus importantes et des plus sensibles pour sa qualité de vie. L’élaboration de planifications urbaines ou rurales apparaît dès l’antiquité dans les villes des bassins du Tigre et de l’Euphrate, en Grèce ensuite.

Aujourd’hui, à un moment de l’histoire où les mégapoles se développent à un rythme effréné dans le monde entier et spécialement en Asie, la réflexion sur les enjeux urbanistiques est encore plus fondamentale. La digitalisation de nos sociétés, les smart-cities, les préoccupations environnementales, la révolution des modes de transport que l’on peut appréhender dans un délai de 15 à 20 ans (c’est à dire demain..) vont profondément modifier notre manière de vivre l’espace public.

On voit déjà apparaitre les risques d’une désertification des rez-de-chaussée des commerces cédant sous le poids des géants comme Amazon. On peut se poser raisonnablement la question; que va-t-on faire des espaces-rues quand la mobilité automatisée aura diminué la circulation automobile au profit de modes de transport plus autonomes, collectifs et écologiques ? Cet espace « à récupérer », saurons-nous le reconvertir pour rendre la ville plus agréable à vivre ?

La notion de centre-ville est déjà en train d’exploser et nous voyons des centralités provisoires se créer en fonction des grands événements  culturels ou festifs qui rassemblent pendant quelques jours une part importante de la population. Pendant le Festival du Bois de la Bâtie à Genève, n’est-ce pas là que se situe le cœur de la cité ?

L’indispensable prise en compte d’impératifs écologiques va également modifier nos manières de vivre mais également le cadre bâti. Les éco-quartiers fleurissent un peu partout dans les périphéries des villes européennes, des éco-villes se construisent en Chine et au Moyen-Orient. Plus modestement, l’introduction, ou le retour, de la nature en ville est une tendance qui s’implante rapidement dans les désirs et les modes de pensées.

Ces différents paramètres ont la caractéristique nouvelle d’une temporalité extrêmement rapide. Les transformations de la ville se sont sédimentées sur des durées assez longues jusqu’à la fin du 20ème siècle, mais nous voyons aujourd’hui l’accélération très forte que toutes ces transformations technologiques vont imprimer sur nos cadres de vie.

Tous ces enjeux font l’objet d’intenses réflexions et la FAI (Fédération des associations d’architectes et d’ingénieurs de Genève) a créé une Commission de l’aménagement et de l’urbanisme qui réunit plusieurs professionnels très impliqués dans ce domaine. Cette structure est une force d’analyse et de proposition qui a pris toute sa place chez les acteurs qui pensent l’urbanisme de la Genève de demain. Elle intervient en dialogue avec les autorités cantonales et communales et le monde économique doit se préoccuper des changements que l’évolution des conditions du cadre urbain va impliquer sur les lieux d’activités secondaires ou tertiaires. Ce dossier spécial sur l’urbanisme cherche à apporter aux chefs d’entreprises et aux cadres un éclairage sur ce futur proche.

Patrice Bezos

Architecte-urbaniste: Président de la FAI (Fédération des associations d’architectes et d’ingénieurs de Genève)

 

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