Macroéconomie – L’envol des dragons

22 juillet 2020

Photo: Enguerrand Artaz – Fund Manager 

+15% en une semaine, puis -8% sur la même période de temps, avec deux journées à plus de 4% de variation (à la hausse le 6 juillet, à la baisse le 16 juillet) : depuis le début du mois, le marché des actions chinoises domestiques, mesuré par l’indice Footsie China A 50, a connu des variations très brutales. Rien de surprenant pour ceux qui se rappellent la fin du mois d’août 2015, lorsque les actions chinoises avaient perdu plus de 20% puis rebondi de 17% en l’espace de deux semaines. A l’époque, la décision de la banque populaire de Chine (PBoC) de dévaluer le yuan face au dollar avait provoqué la dernière patte d’un « bear market » entamé deux mois plus tôt et qui faisait suite à une hausse de plus de 100% du marché chinois en l’espace de 7 mois (les marchés mondiaux ne progressant que d’environ 5% sur la même période).

Rien de comparable dans la situation actuelle. Certes, l’indice chinois fait partie des rares à être positifs depuis le début de l’année, mais il est loin derrière le Nasdaq et, avant les mouvements brutaux de juillet, sa trajectoire était très proche de celle des marchés mondiaux. Par ailleurs, les catalyseurs des forts mouvements haussiers (articles dithyrambiques d’un journal d’Etat sur le marché actions domestiques et commentaires flatteurs sur l’impact de la politique de la PBoC sur l’économie) et baissiers (craintes sur certaines banques régionales, mesures pour enrayer la bulle immobilière à Shenzhen, articles négatifs sur le géant de l’alcool Kweichow Moutai) sont bien loin d’être au niveau de la dévaluation surprise de 2015.

En réalité, ces mouvements témoignent davantage de la position ambivalente des investisseurs face aux marchés émergents asiatiques en général et face à la Chine en particulier. D’un côté, des réticences subsistent. Des fragilités structurelles persistent dans cette zone. En témoignent les craintes récentes sur la solidité de certaines banques régionales en Chine et dans sa zone d’influence. L’opacité sur un certain nombre de sujets économiques et politiques ainsi que les doutes réguliers sur la crédibilité des chiffres diffusés par les autorités limitent la confiance. Enfin, les tensions géopolitiques sont toujours vives, en particulier avec les Etats-Unis, la prise de contrôle sécuritaire de la Chine sur Hong-Kong servant de nouveau prétexte, mais aussi avec d’autres pays du monde, avec par exemple l’exclusion de Huawei des futurs réseaux 5G de plusieurs pays européens.

D’un autre côté, l’appétit des investisseurs pour les actifs asiatiques ne se dément pas, soutenu par des réalités économiques tangibles. Des réalités macroéconomiques d’abord, avec par exemple la solide publication de la croissance du PIB chinois au deuxième trimestre, qui favorise le scénario d’une reprise en V, ou les chiffres de l’emploi en Corée du Sud, avec un taux de chômage à seulement 4,3%. Mais également des réalités microéconomiques. Les indices asiatiques sont dominés par les géants de l’internet (Alibaba, Baidu, Tencent, Meituan Dianping) et des semiconducteurs (Taiwan Semiconductor, Samsung), largement favorisés par la crise de la Covid-19 et qui, par ailleurs, progressent rapidement vers l’indépendance technologique. Si, par le passé, investir dans la zone asiatique pouvait être synonyme d’investir dans les relais de production de la vieille économie occidentale, les choses ont aujourd’hui radicalement changé.

Incontestablement, la zone asiatique, pourtant point de départ de la pandémie, ressort comme la grande gagnante de la crise. La Chine prend le chemin d’une reprise en V. La Corée du Sud et Taïwan, qu’il devient de plus en plus conceptuel d’appeler pays « émergents », ont fait figure d’exemples mondiaux dans leur gestion de la crise sanitaire. Les mesures de confinement ont favorisé les secteurs digitaux, fortement représentés en Asie. Seules ombres au tableau : le caractère encore sulfureux de la Chine pour de nombreux investisseurs et surtout le risque de nouvelles tensions avec les Etats-Unis. Sans doute pas suffisant pour enrayer une dynamique de long terme au potentiel intact.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Enguerrand Artaz, Fund Manager 

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