Macroscope: Six mois, une éternité

22 septembre 2020

Photo: Clément Inbona, Fund Manager 

Le 18 mars 2020, l’Euro Stoxx 50 touchait son niveau le plus bas de l’année après avoir vu sa capitalisation boursière fondre de 38% en seulement un mois. Nous avons aujourd’hui six mois de recul sur ce krach éclair et inédit provoqué par l’émergence de la pandémie de coronavirus. Six mois, c’est à la fois peu et suffisant pour tirer les premiers enseignements de cette rupture sociale, économique et financière.

Sur le plan sanitaire, la stratégie déployée en mars a depuis radicalement évolué. Face à la progression exponentielle des contaminations qui a conduit à une saturation hospitalière souvent dramatique, les gouvernements ont quasiment tous pris des mesures de confinement qui ont eu un impact aigu sur l’économie : la production et la consommation ont été brutalement plongées dans un coma artificiel. L’arbitrage entre les risques sanitaire et économique a lui aussi évolué. D’abord parce que l’on connaît mieux le virus, ensuite parce que les effets secondaires du confinement sont eux aussi plus clairs. Aujourd’hui, s’il n’est plus question de prendre des mesures aussi radicales, il s’agit de ménager la santé économique des Etats qui se remettent tout juste de la mise sous cloche du printemps. Si seconde vague il y a, son impact économique sera plus mesuré. La découverte d’un vaccin à brève échéance n’est pas non plus à exclure compte-tenus des moyens considérables déployés.

On a coutume de dire que les marchés anticipent la situation économique de six mois. En 2020, si l’anticipation a été juste, le timing l’a été un peu moins. Les indices boursiers ont emprunté le chemin de la rédemption dès fin mars pour une reprise économique qui aura débuté seulement un trimestre plus tard dans la plupart des pays développés. On ne saurait éviter de s’interroger sur la forme de la trajectoire du rebond. Le « L » a d’abord recueilli les suffrages des économistes, assez vite rattrapé par le « V », puis le « W », et pour que, in fine, le « K » soit la dernière lettre à la mode. Pourquoi le « K » ? Sa première barre verticale illustre la chute brutale, les deux barres obliques symbolisant d’un côté les segments durablement affectés (tourisme, transport, hôtellerie…), de l’autre les secteurs qui ont bénéficié de changements sociétaux accélérés par la pandémie (commerce en ligne, travail à domicile, écologie…). En réalité, cette crise a agi comme un accélérateur de tendances structurelles : pénétration accrue de la technologie dans la vie professionnelle et personnelle, croissance des questions environnementales. Finalement, c’est peut-être le « X » qui représente le mieux cette crise et ce rebond.

Sur le plan politique, enfin, si le manque de coordination entre Nations reste criant et conforte la thèse de la démondialisation, la coordination monétaire et budgétaire des institutions a contrebalancé cet écueil. Les banques centrales se sont engagées à entretenir des conditions financières accommodantes : les dépenses budgétaires des Etats ont de beaux jours devant elles. Notons toutefois que l’Europe se démarque en matière de coordination politique puisque c’est la seule zone marquée par une solidarité renforcée avec le lancement d’un plan de relance ambitieux et inédit par son mécanisme qui va dans le sens d’une union budgétaire.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Clément Inbona, Fund Manager 

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