Memento audere semper

17 avril 2019

Par Prof. Dr. Richard Delaye-Habermacher

Avoir de l’audace, oser, voici des postures que l’on alloue généralement aux chefs d’entreprises. Mais existe-t-il une différence entre ces deux termes, ont-ils encore un sens dans notre société hyper-normée ? La question mérite d’être posée.

Alors que Publilius Syrus faisait l’apologie de l’audace au 1er siècle avant J. C. en écrivant que « d’un courage bouillant l’audace accroît l’ardeur, et l’hésitation double et grossit la peur », à la lecture de l’Énéide, œuvre majeure de Virgile, on découvre qu’il convient de se méfier des audacieux et de laisser place aux stratèges calmes et réfléchis. Alors quel chemin suivre ? « La qualité de l’âme, qui incite à accomplir des actions difficiles, à prendre des risques pour réussir une entreprise considérée comme impossible » ce qui définit l’audace, ou « oser » qui n’est autre, en réalité, « qu’entreprendre avec audace » ?

Monique Pelletier, ancienne Ministre française a, pour sa part, une approche de la notion que j’affectionne particulièrement. Pour cette dernière, « L’audace c’est surmonter les lieux communs et les habitudes », car il s’agit bien de cela, de déconstruire les pré-construits…pour aller de l’avant, innover et par conséquent être davantage compétitif sur un marché en perpétuel changement.

L’audace, entre résistances culturelles et sociétales

En France, où la question de l’audace a été étudiée en 2014 par l’IPSOS on observe que pour les français, l’audace se résume au triptyque « risque/courage/échec » et qu’elle n’est pas assez valorisée. Le système scolaire serait une cause réelle et sérieuse de cette perception, du reste, selon cette-même étude, les instituteurs/enseignants font partie des catégories les moins audacieuses (22% vs 76% pour les scientifiques et 53% pour les dirigeants de grandes entreprises), ce qui laisserait entendre que « oser cela se transmet et peut s’apprendre », comme nous le verrons dans le dernier article de ce cahier.

Mais la chance qui semble sourire à celles et ceux qui osent génère des sentiments d’envie et de jalousie de la part des autres qui ne vont n’avoir de cesse que de combattre les audacieux. La réussite peut même aller jusqu’à attiser des haines dont le seul objectif est la destruction de ce qui a été construit par l’audacieux.

L’audace semble donc être la chasse-gardée des Etats-Unis, du Canada, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la Suisse, sans doute parce que la réussite est fortement ancrée dans l’ADN de ces pays et qu’elle n’est pas un tabou. La peur du ridicule et de l’échec sont sans conteste à l’origine du manque de confiance en soi un levier majeur dans le processus de réussite, et c’est là que le système éducatif et les managers ont un rôle crucial à jouer, car l’audace est une véritable compétence distinctive.

Les entreprises, elles aussi, si elles veulent se développer et faire face aux nouveaux enjeux, doivent intégrer, plus que jamais, cette dimension dans leur stratégie, car elle fera très souvent la différence dans un marché devenu hyper-concurrentiel. Le Prof. Dr. Olivier Badot nous montre ainsi qu’il faut « oser la distribution 4.0 » en faisant évoluer les magasins physiques vers les places de marché digitales. Stéphane Boudrandi, quant à lui, aborde la question de l’audace sous le prisme du risque en nous rappelant les nombreuses avancées de la science grâce à celles et ceux qui ont, un jour, osé prendre des risques. Enfin, Hervé Azoulay, fait le lien entre audace, innovation et management en prenant soin de mettre en évidence un point essentiel qu’est celui du rôle des managers dans la levée des freins au changement qui viennent priver bon nombre d’entreprises d’opportunités qui leur seraient ô combien nécessaires pour rester compétitives.

Alors, osez lire ces quelques pages en espérant qu’elles vous permettront, chers ami(e)s dirigeants de réfléchir, comme nous l’avons nous-même fait, sur la place que vous laissez à l’audace dans vos entreprises.

 

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