Opportunités et risques en 2026 : les nouveaux défis des conseils d’administration

18 mars 2026

Opportunités et risques en 2026 : les nouveaux défis des conseils d’administration

Par Isabelle AmschwandswissVR

Dans un contexte où l’incertitude devient la norme, les conseils d’administration suisses revoient leurs priorités. Le dernier swissVR Monitor montre qu’après le temps de la réflexion stratégique vient celui de l’exécution : efficacité, optimisation des processus, adaptation au marché, cybersécurité et gouvernance de l’IA s’imposent comme les grands marqueurs de 2026.

Une économie fragile

Après des années dominées par les crises successives, les conseils d’administration suisses abordent 2026 avec un état d’esprit plus sobre que triomphal. Le dernier swissVR Monitor, fondé sur un sondage auprès de 314 administratrices et administrateurs, montre une gouvernance qui ne se contente plus de redéfinir sa stratégie : elle cherche désormais à exécuter plus vite, à sécuriser davantage et à transformer plus concrètement.

Le constat de départ est celui d’une économie sans élan. Sept membres de conseils d’administration sur dix anticipent une évolution conjoncturelle neutre en Suisse au cours des douze prochains mois. Les perspectives positives restent limitées, tandis que les opinions négatives demeurent légèrement supérieures. En toile de fond, les répondants citent un cocktail désormais bien connu : fragilité géopolitique, risques de change et faiblesse persistante de la demande sur plusieurs marchés étrangers.

Focus sur l’efficacité

Dans ce climat, le fait marquant n’est pas tant la prudence que le déplacement des priorités. Au cours des douze derniers mois, les conseils d’administration ont surtout travaillé à l’élaboration d’une nouvelle stratégie d’entreprise, un sujet cité par 34% des répondants. Mais pour les douze mois à venir, la hiérarchie change nettement : l’amélioration de l’efficacité et l’optimisation des processus internes deviennent le thème numéro un, avec 39% des citations. Autrement dit, après le temps du cadrage vient celui de l’exécution.

Ce basculement dit beaucoup de l’époque. Les entreprises ne manquent pas seulement de visibilité ; elles cherchent aussi des marges de manœuvre. Le gain de performance est perçu comme la première opportunité pour les mois à venir, cité par 36% des administrateurs. Et cette quête d’efficacité repose largement sur les technologies. Numérisation, robotique et automatisation figurent en deuxième position des opportunités identifiées, tandis que l’intelligence artificielle apparaît comme l’un des leviers les plus directement associés aux gains de productivité, à la réduction des coûts et à l’allègement de certaines charges internes.

Tendances fortes : l’IA et l’analyse de la concurrence

Le message du Monitor est clair : l’IA n’est plus un sujet périphérique ni un simple objet de curiosité. Elle entre dans le champ des arbitrages concrets du conseil d’administration. Les entreprises entendent définir plus précisément leurs domaines d’application, les hiérarchiser et les adapter à leurs besoins organisationnels. Cette évolution pose une question de fond : celle de la gouvernance de l’IA, qui devient un sujet de conseil autant qu’un sujet technologique.

Deuxième tendance forte : la montée en puissance de l’adaptation aux tendances du marché et de l’attitude concurrentielle. Ce thème signe la plus forte progression dans le classement des priorités, passant de la huitième à la troisième place sur un an, puis à la deuxième place parmi les sujets jugés les plus importants pour les douze prochains mois. Dans un environnement mouvant, les conseils d’administration veulent des entreprises plus rapides, plus réactives et plus capables de raccourcir leur délai de mise sur le marché. Analyse continue de la concurrence, soutien plus ciblé à l’innovation, renforcement du développement de produits et intensification des efforts commerciaux figurent parmi les réponses envisagées.

La gestion des talents : un risque et une opportunité

Autre enseignement intéressant : plusieurs thèmes sont perçus simultanément comme des opportunités et comme des risques. C’est le cas notamment de la gestion des talents, de l’adaptation au marché ou encore de la succession au sein du conseil d’administration. La gestion des talents grimpe d’ailleurs à la troisième place des thèmes-clés pour l’année à venir. Ce point rappelle que la transformation ne sera pas seulement numérique. Elle sera aussi humaine. La capacité à recruter, retenir et faire évoluer les bonnes compétences devient un facteur central de résilience et de compétitivité.

La cybersécurité reste au centre des préoccupations

Sur le front des risques, la hiérarchie est tout aussi parlante. Pour 17% des répondants, la gestion de la sécurité constitue le principal risque pour l’entreprise. Derrière ce terme, c’est surtout la menace cyber qui domine. Les administrateurs évoquent des cyberattaques, mais aussi la nécessité de mieux sensibiliser les collaborateurs, de renforcer l’infrastructure informatique, de maintenir les systèmes de contrôle à jour et de procéder à des vérifications régulières, y compris des tests d’intrusion. La gestion des risques au sens large et la conformité complètent le trio de tête, preuve que la pression réglementaire et la charge de conformité s’installent durablement dans l’agenda des CA.

Être administrateur : un rôle exigeant et exposé

Enfin, une dernière évolution mérite l’attention : être administrateur demande plus de temps qu’hier. Six membres de conseils d’administration sur dix affirment consacrer davantage de temps à leur mandat qu’il y a un an, et la moitié constate une intensification des interactions avec la direction. Plus de crises, plus de sujets complexes, plus d’interdépendances : le rôle devient plus dense, plus exposé et plus exigeant.

En filigrane, le swissVR Monitor esquisse donc le portrait d’un conseil d’administration nouvelle génération : moins observateur, plus impliqué ; moins focalisé sur les grands principes, plus attentif à l’exécution ; moins distant face à la technologie, plus directement concerné par ses usages, ses risques et sa gouvernance. En 2026, la mission du CA ne sera pas seulement de fixer le cap. Elle consistera à aider l’entreprise à avancer plus vite, plus sûrement et plus lucidement.

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*à propos de l’auteure

Isabelle Amschwand,

Présidente de swissVR,

réseau national et expertise pour les conseils d’administration

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