PME: La Suisse qui se réorganise. Par Peter Köppel

22 février 2012

La production industrielle, les services, la distribution – dans tous les secteurs de l’activité économique, la technisation et la numérisation avancent à grands pas. Les outils de travail, du logiciel au robot, sont de plus en plus sophistiqués. Ils exigent des investissements de plus en plus importants, et la main d’œuvre suffisamment qualifiée pour être à la hauteur de ces instruments se fait rare.

En même temps, l’interdépendance des petites et moyennes entreprises entre elles et avec les grandes augmente, car la complexité croissante des processus pousse à la spécialisation. Corollaire: une insertion toujours plus intime des PME dans des chaînes de production et de distribution de plus en plus étendues – les clusters. Avec l’interdépendance qui augmente, c’est l’autonomie, toujours relative, qui diminue encore d’un cran – ou de deux. Mais cela vous permet de maintenir la qualité malgré la pression sur les marges qu’exerce le franc fort – grâce à des synergies dont vous profitez en partageant des ressources.

Il résulte de cette incitation forte à la coopération un tissu économique d’un type nouveau, avec des entreprises s’organisant autour d’un même thème régional – tels ces projets NPR (nouvelle politique régionale) du SECO, dont, par exemple, le cluster aéronautique du canton de Nidwalden, le pôle scientifique et technologique Fribourg et le nano-cluster Bodensee.

Ajoutez à ce tableau les espaces métropolitains qui prennent des contours de plus en plus concrets – Genève-Lausanne-Montreux d’une part, l’axe Zurich-Bâle d’autre part – et vous constaterez que le paysage économique helvétique est en pleine restructuration, avec comme éléments premiers les régions fonctionnelles (terminologie du SECO). Tout le monde n’avance pas à la même vitesse, bien sûr, mais il s’agit là d’une tendance lourde avec laquelle il faut compter.

Vous aurez compris qu’il s’agit là d’une logique économique, et que si l’Etat encourage la formation de clusters, c’est qu’il suit cette logique. Selon celle-ci, l’on s’achemine vers une sorte de division du travail régional en Suisse, chaque région fonctionnelle se donnant des thèmes autour desquels elle entend encourager le développement d’un tissu d’entreprises spécialisées. S’iI est évident que ces nouvelles structures n’absorberont pas la plus grande partie des activités économiques régionales, il est probable cependant qu’elles réussiront à organiser les activités les plus compétitives à l’échelle internationale, productrices de la plus haute valeur ajoutée.

Il est donc intéressant d’y participer, même pour des entreprises domiciliées hors du territoire de ces régions fonctionnelles. Car si celles-ci se constitueront comme des centres, elles ne pourront pas cependant se constituer à partir d’un principe d’exclusivité territoriale, vu que la division du travail elle-même augmente l’interdépendance des régions et exige une flexibilité accrue.

Or, si vous êtes par exemple une entreprise romande qui s’intéresse au nano-cluster Bodensee, ou une entreprise alémanique qui aimerait participer au pôle scientifique et technologique de Fribourg, il est avantageux de connaître et de pratiquer la langue et la culture de l’autre région.

Dans un pays de petite taille où la spécialisation des régions dans leur activité économique s’accentue, la mobilité et la flexibilité des petites et moyennes entreprises quant à leur capacité de coopération est primordiale. Pour les aider à mieux gérer les différences culturelles régionales, il faut des plateformes de rencontre et de communication qui facilitent les contacts d’une région linguistique à l’autre: des passerelles. Le Forum PME/KMU, projet issu de l’initiative pour le rapprochement alémanico-romand, à base privée, est une telle plateforme.

Le Forum PME/KMU est un projet pilote de communication pratique entre des patrons et cadres de PME alémaniques et romandes. On y apprend à se connaître soi-même en situation de communication linguistique et culturelle exigeante sans courir aucun risque. Cela permet d’apprécier sous son juste jour une barrière dont on surestime dans la plus part des cas le poids. Presque tous comprennent mieux l’autre langue qu’ils ne la parlent, dans la grande majorité des cas, sa possession passive dépasse largement sa possession active. Si chacun parle sa langue, on arrive d’entrée de jeu à un taux de compréhension de 75 pour cent.

Après quelques heures de communication intense sur des sujets qui vous intéressent directement, vous et votre entreprise, vous en êtes facilement à un taux de 90 à 95 pour cent, avec l’aide d’un modérateur spécialisé. La possession passive de l’autre langue augmente, sa possession active aussi! Le résultat en vaut la chandelle, car vous voici devant un potentiel de coopérations autrement intéressantes, via des contacts directs, avec des personnes qui, comme vous, sont à la tête de leur entreprise, bien placées pour comprendre vos projets et partager vos espoirs et vos préoccupations. Et vous voilà en mesure de vous positionner par rapport à la Suisse entière, et pas seulement par rapport à votre région linguistique. A l’époque de la compétitivité accrue, c’est là un atout majeur.

Dr. Peter Köppel, Consultant chez Le Monde Economique et Président du conseil d’administration de Köppel+Partner

 

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