Pour une Suisse plus interactive.

20 juillet 2012

L’allemand est de nouveau à la mode en Suisse romande, me dit-on, mais pas à cause d’un intérêt croissant pour la Suisse alémanique: c’est Berlin qui attire la jeunesse francophone helvétique. Aucune ville de chez nous autres Alémaniques qui égalerait l’atmosphère créative de la capitale de l’Allemagne, j’en conviens. Même Zurich, la ville la plus développée, chez nous, du point de vue de l’esprit de créativité, ne saurait inspirer ce flair d’une nouvelle bohême sur un marché très dynamique des talents et des œuvres confirmés ou qui s’annoncent…

Je me demande si Zurich n’est pas trop proche des Romands pour être intéressante, et trop similaire: car l’autre thèse que j’entends souvent, c’est qu’on se ressemble de plus en plus, Romands et Alémaniques, sous la pression qu’exercent sur le pays, sur sa place financière et sa conception de sa souveraineté, les Etats-Unis, l’Allemagne et l’Union Européenne. Les différences culturelles entre nos régions, alors, semblent agacer d’autant plus…

Avouons que du côté alémanique le français n’est plus à la mode. La Suisse romande attire par la beauté de ses paysages, mais ne constitue pas un centre d’intérêt majeur. Idem pour la France: Paris, la capitale du XIXe siècle, vaut toujours le voyage, mais ne passionne plus personne. Là aussi, ce sont Berlin, Barcelone et l’univers anglo-saxon qui cartonnent. Les jeunesses helvétiques, ayant les mêmes goûts des deux côtés de la Sarine, peuvent bien se rencontrer à l’étranger – en Suisse, elles se boudent. On pourrait en conclure que la Suisse est en panne de créativité, puisque sa jeunesse se tourne ailleurs, ne trouvant rien d’attractif chez soi, dans ce petit pays qui semble vivre, dans ce domaine aussi, de l’apport des autres.

Qu’est-ce qui fait l’attractivité de Berlin? C’est l’interaction de tout avec tout, le dédain salutaire des barrières sociales, linguistiques, idéologiques qui, bien sûr, s’y manifestent aussi, mais le dynamisme de l’évolution sociale et économique y a raison d’elles! C’est le contraire de la Suisse compartimentée à l’excès, où beaucoup sont jaloux de leur petit territoire et de la place qu’ils y occupent, et dont le premier geste à l’encontre du voisin, c’est de se protéger contre lui.

Il ne faut pas sous-estimer l’effet sur l’économie régionale et nationale du courant puissant orienté vers l’étranger qui détermine le goût du grand nombre de nos jeunes gens intelligents et ouverts au monde. Le déficit d’interaction intérieure, son corollaire, commence à peser lourd sur le bilan des petites et moyennes entreprises dépendant entièrement ou en partie du marché intérieur. Car il résulte de cette indifférence, voire de ce blocage mutuel un manque de débouchés et de main d’œuvre.

Pendant les années grasses qui sont désormais derrière nous, nous pouvions compenser ce déficit d’échanges intérieures grâce aux clients étrangers qui achetaient nos produits et services. Nous en subissons davantage les conséquences aujourd’hui, à cause du franc fort et d’un certain essoufflement de l’innovation dû au manque d’investissements qui résulte de la peur d’une dégradation imminente de la situation économique. Ce qu’il nous faut alors, c’est un dynamisme nouveau. Celui-ci ne peut naître que d’une nouvelle vague d’interaction qui fait fi des barrières mentales et politiques qui conditionnent la stagnation helvétique actuelle, stagnation ressemblant à la mort lente de certaines cellules dont les parois internes deviennent de plus en plus rigides… Il s’agit d’enfoncer ces parois, afin de développer plus de perspectives à l’intérieur.

Comment s’y prendre? En multipliant les rencontres intra-helvétiques et en les rendant publiques, via les médias classiques et les médias sociaux. Dans ce domaine comme dans d’autres, il faut que l’initiative privée aille de l’avant – la politique, trop bien installée dans le statu quo, suivra. Mon action à moi? J’ai lancé, il y a trois ans, avec l’Association Swiss Export et Familienunternehmen, le forum pme/kmu, dont la prochaine édition aura lieu ce 8 novembre, au Centre d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel. Cette institution fait le pont entre la science appliquée et les pme, elle fait le pont aussi entre les régions linguistiques du pays – voir Forum PME/KMU.

Notre orateur principal pour 2012, l’astronaute Claude Nicollier, enseigne à l’EPF de Lausanne comme à l’EPF de Zurich, pour faire le pont là aussi. J’ajoute volontiers que sur Facebook, vous trouverez la page Suisse interactive ainsi qu’un groupe du même nom. Ce mouvement, qui vient d’être lancé, a pour objectif le rapprochement alémanico-romand sur les plans de la formation, de la culture et de l’économie. Donnez votre „like“ à la page Suisse interactive et adhérez au groupe, ça permettra d’y engager une discussion dès cet automne au plus tard – et d’organiser des rencontres réelles.

Il est important que des entrepreneurs avisés – patrons et cadres – venant de différentes régions, se rencontrent une fois par an pour un échange d’idées et d’éventuelles coopérations, mais il est tout aussi important que la société civile manifeste sa volonté de s’engager dans une interaction pan-helvétique. Pour une Suisse plus interactive.

Dr. Peter Köppel, Consultant pour le magazine Le Monde Economique et Président du conseil d’administration de Köppel+Partner

 

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