QUAND LA CHINE TISSE DE FILS SOYEUX SA SUPREMATIE MONDIALE

29 janvier 2019

Par Dessy Damianova

Un peu plus de cinq ans en arrière naissait l’ambitieuse initiative chinoise de la Ceinture et la Route (Belt and Road Initiative), projet de coopération entre différents pays du globe avec le soutien financier de la toute puissante République Populaire. Cette République résiduellement communiste voyait dans la Ceinture et la Route une occasion de rétablir l’une des gloires de la Chine d’antan – la Route de la soie.

D’ailleurs, dans sa version initiale, telle qu’exposée pour la première fois par le leader chinois Xi Jinping en septembre 2013 dans l’université Nazarbayev à Kazakhstan, le projet était présenté comme la Nouvelle route de la soie. C’est seulement plus tard, avec son extension à l’échelle mondiale, qu’il a pris le nom de Belt and Road Initiative (BRI). L’idée principale reste pourtant la même et, même en version mondialisée, elle se réfère toujours à la mythique route soyeuse et à sa vocation fondamentale – tracer des artères commerciales, relier des coins éloignés, promouvoir les échanges…sous l’égide de la Chine, bien entendu.

La BRI se présente comme un ensemble de projets de construction et d’exploitation de différentes infrastructures (le plus souvent routières ou liées au transport et au transfert) dans 62 pays des cinq continents, soit à peu près partout dans le monde. On évalue à 4, 4 milliards les personnes qui en sont concernées et à 40% la part de la BRI dans le PIB mondial. Pour l’instant, et devant les regards toujours dubitatifs et méfiants des Etats- Unis et de l’Union Européenne, les bénéficiaires de l’initiative chinoise sont principalement des pays émergents de l’Asie et de l’Afrique. Ceux de l’Asie Centrale et la Russie se sont dotées de nouveaux oléoducs et gazoducs tandis que, toujours grâce à la campagne chinoise, l’Asie du Sud-Est a vu l’apparition, sur son territoire et parfois en un rien de temps, de nouvelles villes, des zones économiques libres et de réseaux de lignes ferroviaires à grande vitesse.

Si une partie des projets sont réalisés, beaucoup d’autres sont encore en chantier et en devenir. Vue globalement, la BRI est avant tout un gros investissement dans l’avenir, une gigantesque entreprise dont les fruits seront visibles seulement des années plus tard. En plus d’être la manifestation tangible de l’immense persévérance asiatique, elle est une affaire de grands capitaux et un pari économique que seul Pékin, avec ses excédents commerciaux faramineux (allant jusqu’à 40 milliards par mois), puisse se permettre.

 Est-ce que tous ces chemins mènent à Pékin ?

L’initiative Belt and Road n’a pas tardé à provoquer la méfiance et la suspicion. Longtemps redouté, le fantôme du néo- colonialisme chinois semblait prendre consistance et acquérir des traits concrets. Par un enchevêtrement astucieux, tous les chemins tracés par BRI aux quatre coins du monde – et dans ses cinq continents – sont apparus comme invariablement menant à l’Empire Céleste. Cinq ans déjà, les grandes puissances occidentales affichent leurs plus profondes réserves et restent à l’écart de ce qu’on a déjà surnommé « le plus grand chantier de l’histoire». Les Etats-Unis, le Japon et l’Union Européenne y voient un moyen pour Pékin de se tailler des sphères d’influence et d’asseoir son leadership un peu partout sur la planète.

D’autres, au contraire, sont séduits, et parmi eux – la Suisse. L’été dernier, le président de l’Economiesuisse Heinz Karrer a emmené une délégation de 35 personnes en Asie Centrale pour prospecter les opportunités d’investissements dans le cadre du Belt and Road. Ce voyage en Kazakhstan, Ouzbékistan et Kirghizistan avait aussi tout d’un pèlerinage puisqu’il a fait transiter les responsables helvètes par les lieux- phares de l’ancienne Route de la soie – Samarcande, Almaty, Tachkent et Bichkek. De tous les partenaires potentiels, le Kazakhstan, centre névralgique de la BRI (c’est aussi, comme on l’a remarqué plus haut, le lieu d’où l’initiative Ceinture et Route avait été lancée en 2013) est le pays qui, pour l’instant, a le plus besoin des capitaux suisses. Il a l’ambition de devenir l’acteur économique majeur de sa région avec la création d’un Centre financier international à Astana, sa capitale.

A ce jour, le Kazakhstan est le partenaire le plus actif et sûr de la Chine dans sa poursuite de La Ceinture et Route, une initiative que le pays de l’ex-Union soviétique essaie de coordonner avec sa propre stratégie de Nourli Jol (Chemin radieux). Le Kazakhstan comme la Chine semblent désormais « instoppables » dans leur élan de construire des routes et de jeter des ponts. Avec l’antique chemin soyeux en toile de fond et avec ses milliards en avant- scène, la Chine a sans doute un pouvoir de séduction énorme. Reste à savoir ce qu’elle comprend, au-delà des mots, par « la Ceinture ». Car… très peu sont ceux qui veulent d’un monde corseté où tout est préalablement tracé et mis sous une égide quelconque.

 

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