QUAND LES ENTREPRISES SE METTENT A INNOVER

29 novembre 2011

Vivante incarnation de l’esprit de l’entreprenariat dans ce qu’il a de plus authentique et de plus corrélatif à la détermination de se lancer dans quelque chose de nouveau, souvent même d’inédit, les PME participent activement au processus de l’innovation.

Remarquons toutefois que lorsqu’il s’agit des entreprises de taille petite ou moyenne, on pense surtout à une innovation prise elle- même dans son sens authentique et appréhendée comme un savoir- faire toujours amélioré, ancré et acquis dans la pratique même.

Conduire seul ou en petite équipe sa barque, être obligé d’affronter souvent d’une manière frontale la concurrence ou d’autres vagues adverses de la conjoncture économique, exige du chef de la PME une bonne dose de créativité, d’imagination, de savoir- faire économique. Des études ont montré que les PME sont en effet de grandes innovatrices.

Dans ce sens, le cas des manufactures est intéressant : ces fabriques que l’on est tenté le plus souvent à associer à un passé plutôt artisanal qu’industriel et dont on attend d’être le plus découragées par l’introduction généralisée des nouvelles technologies, ont au contraire – et pour une bonne partie d’elles – tendance à se porter bien dans le contexte actuel ; plus encore – d’être dans les premiers rangs de l’innovation.

Une innovation que dans le cas des manufactures et des PME en général il faut plutôt envisager – soulignons- le encore une fois – dans son sens de rationalisation du travail productif et d’amélioration des services. Car pour ce qui est de l’application de l’innovation technologique prise à la lumière de « R&D » (« Recherche et Développement »), le problème se pose d’une manière plus spécifique pour les PME.

Les grandes avancées technologiques actuelles étant le résultat de coûteuses recherches réalisées en laboratoire, elles s’avèrent le plus souvent inaccessibles aux moyens et petits producteurs. Comme le souligne Joseph Puzo, chef d’Axon’Câble, « Quand la recherche académique détient une technologie transférable, soit ses chercheurs se tournent vers les grands groupes, soit ils s’orientent vers la création d’une start-up. » « Grande » innovation paraît ne pas rimer avec « petite » entreprise.

Mais ce n’est là qu’une partie de la vérité. Si elles ne peuvent rien attendre des grands groupes, bénéficiaires de prédilection des technologies en question, les PME peuvent bien lorgner du côté de ces autres concurrents pour les résultats de la recherche appliquée que sont les start-up. D’autant plus que les chefs de ces derniers sont souvent les auteurs même des inventions tant convoitées. Une stratégie souple est alors à mettre en place et à poursuivre dont Michel Mariton, actuel PDG de Horiba Jobin Yvon, donne la clé : en effet, ce que recommande M. Mariton aux chefs des PME n’est autre que de rester très attentifs à l’évolution des start-up dont il faut guetter tout signe d’essoufflement.

Ces petites entreprises qui sont supposées bénéficier de tous les fruits d’une innovation, étant donné que le plus souvent elles soient créées par les chercheurs eux-mêmes et dans le but spécifique de consacrer d’une manière entrepreneuriale l’invention en question – ces start- up ne justifient pas toujours l’enthousiasme initial de leurs fondateurs et leurs chiffres d’affaires font rapidement la déception des investisseurs. Les « capital- risqueurs » cherchent bientôt à s’en débarrasser : et c’est là où, d’après M. Mariton, une PME peut trouver son aubaine. Les chiffres d’affaires que l’investisseur a trouvés insatisfaisants, peuvent constituer un taux de croissance important pour une entreprise de taille petite ou moyenne. Et, ce qui est encore plus important : en rachetant la start-up ou en se la ralliant, la PME va pleinement bénéficier de l’innovation que celle-ci s’était proposée de consacrer et de promouvoir.

Mais pourquoi attendre la disgrâce de la start-up alors que le chef de la PME peut approcher son créateur encore au moment où il projette de la lancer ? Tout se jouera là sur un moment très délicat qui n’est pas sans comporter aussi quelques implications psychologiques : le passage de la recherche à l’entreprenariat s’avère difficile et peu évident pour ces hommes et femmes de laboratoire qui veulent donner à leur invention une débouchée sur la production en créant leur propre start-up. Souvent ils risquent d’être des chefs d’entreprise tout autant médiocres et tâtonnants qu’ils étaient des chercheurs académiques brillants et achevés. C’est encore à ce stade caractérisé par l’enthousiasme mais aussi et surtout par l’inexpérience initiale que peut intervenir un chef de PME en proposant à son collègue débutant de se charger, en échange d’un accord de licence, de la commercialisation de son produit. La PME bénéficiera ainsi de l’innovation autour de laquelle s’apprête à s’organiser la start-up tout en aidant celle-ci à réussir la transition qui la portera du laboratoire à l’entreprise.

Dessy Damianova/Rédactrice chez Le Monde Economique

 

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