r’Ose Transat : 40 jours avant de lever l’ancre

2 octobre 2019

C’est dans la magnifique enceinte du Beau Rivage Palace de Lausanne que les membres de l’équipage de r’Ose Transat ont tenu leur dernière soirée de présentation ce mercredi 25 septembre. À 40 jours de leur départ en transatlantique, les huit femmes en rose ont fait le point sur leur préparation, annoncé leur programme et accueilli différents intervenants venus parler sport et cancer. 

Elisabeth Thorens-Gaud, initiatrice du projet, a introduit la soirée, visiblement émue, en remerciant le corps médical, les sponsors de r’Ose Transat, les amis et familles des membres de l’équipage, ainsi que l’ensemble des femmes concernées par le cancer du sein, soutiens de l’aventure et personnes présentes dans l’assistance. « Cet endroit est un lieu symbolique pour moi, s’est-elle souvenue. Il y a trois ans, après avoir interviewé Samantha Polgar, gouvernante générale du Beau Rivage Palace, je recevais un appel de ma médecin Carine Clément Wiig, me confirmant que j’étais atteinte d’un cancer du sein. Ce fut évidemment un des pires moments de ma vie. Et trois ans plus tard, me voici de retour, pour vous présenter ce beau projet aux côtés de Carine et Samantha qui font pleinement partie de l’aventure : Carine en tant que membre de l’équipage et Samantha du comité de pilotage. » C’est en rappelant ensuite sa rencontre avec son oncologue, le Dr. Didier Jallut – également directeur médical du Réseau Lausannois du Sein, Médecin FMH en oncologie médicale, en médecine interne et oncologie-hématologie – mais aussi premier soutien à monter à bord du projet r’Ose Transat via le Réseau Lausannois du Sein – qu’elle a laissé la parole aux différents intervenants de la conférence médicale au programme de la soirée.

« L’effort d’une personne permet à beaucoup d’autres d’en bénéficier »

Après un magnifique interlude musical de la jeune Marie Jay accompagnée de ses musiciens, le Dr. Didier Jallut a tenu à mettre l’accent sur les progrès accomplis autour du cancer du sein, grâce aux différents médecins et réseaux, illustrés par une nette baisse de la mortalité liée à cette maladie qui touche encore 8’000 femmes chaque année en Suisse. Le Dr Khalil Zaman – médecin adjoint, privat-docent, maître de recherche et d’enseignement – a quant à lui salué l’investissement des patientes qui ont participé à ces progrès et à l’avancée de la recherche, en acceptant notamment de participer aux différentes études permettant de démontrer quels traitements privilégier. « L’effort d’une personne permet à beaucoup d’autres d’en bénéficier », a-t-il conclu en s’appuyant sur l’exemple clinique d’une patiente rencontrée en 2010. Et sans oublier un petit clin d’oeil à r’Ose Transat, « qui a choisi le challenge de partir en équipage, pour leur expérience personnelle mais aussi avec l’ambition de faire changer les choses. »

Voile et Maladie : un parallèle symbolique

Il était alors temps pour Elisabeth Thorens-Gaud d’expliquer l’essence de son projet de traversée de l’Atlantique, à commencer par son amour personnel de la mer. « Cela fait 20 ans que je navigue en famille sur le Lac Léman et après ma maladie, j’ai eu envie de reprendre mon destin en main et occuper mon esprit en étant sur l’eau, a-t-elle confié. Ma nature anxieuse est calmée par les éléments, cela me permet d’être dans l’instant présent, de ne plus avoir peur. Je préfère mourir en mer que d’un cancer du sein (rires). » Et d’ajouter que « la voile est un peu une métaphore de ce qu’on vit quand on traverse l’épreuve du cancer : quand on apprend un cancer, on peut se révolter tant qu’on veut, ça ne va rien y changer. On doit apprendre à accepter ce qu’il nous arrive. Et quand on est sur un bateau, on doit faire avec les éléments autour de nous, on ne peut pas savoir ce qu’il va se passer. Si on a peur, ça va être contre-productif. Il faut juste faire avec, on n’a pas le choix, il faut composer avec les éléments. Le vent, les vagues… Je trouve que c’est très symbolique, c’est une belle métaphore avec la maladie. »

Afin de présenter son équipage, qui « s’est constitué au fur et à mesure, de façon très naturelle, très instinctive », Elisabeth s’est épaulée de la skipper qui guidera les sept autres femmes à bord. Muriel Andrey Favre, qui a longtemps navigué en famille sur les différentes mers du globe, a d’abord parlé de sa propre expérience, elle qui aura 52 ans pendant la traversée, « l’âge auquel (ma) maman est morte » : « L’idée est vraiment de traverser cette mer en pensant à elle et en croyant que la vie continue après ça. C’est vraiment un moment super important, charnière de ma vie. C’est un peu irrationnel mais ça a énormément de sens pour moi et quand on m’a proposé ce projet, j’ai tout de suite pensé à elle. Il y a plein de liens qui se font, c’est très important. » Vint enfin l’heure de présenter chaque membre de l’équipage, venu au complet pour l’occasion, dont Stéphane Couty qui clôturait la soirée en annonçant le lancement d’une campagne de financement participatif pendant la traversée, dans le but d’aider d’autres femmes à la suite du projet, par le biais d’accompagnements divers et d’initiations à la voile. Afin de faire durer cette si belle dynamique et laisser leur empreinte dans l’histoire de beaucoup d’autres patientes.

Elles ont dit :

Muriel Andrey Favre – Skipper : « C’était important qu’on se connaisse un petit peu mais pas trop non plus, qu’il nous reste une part à découvrir une fois en mer. On s’est préparées au niveau navigation au gré de plusieurs sorties sur le lac, quelques-unes ont le permis mer, toutes ont une expérience de navigation… C’est un projet qui nous a toutes portées pendant un an, c’est une force collective que d’avoir partagé cette carotte. Une traversée de l’Atlantique n’est jamais anodine, on ne peut pas tout prévoir et je ne veux pas tout leur dévoiler. »

Nicole Strub – Seconde : « Cette traversée sera l’occasion pour moi de célébrer ma seconde chance dans la vie. C’est important de savoir qu’il reste des opportunités après la maladie, j’ai hâte de pérenniser ce projet dans l’avenir pour les autres femmes. »

Stéphane Couty – Équipière : « Le cancer nous ballote beaucoup et on ne l’a pas choisi. En mer on se fera secouer aussi, mais cette fois on l’a choisi. Ce sera un témoignage qu’on peut aller bien, aller encore mieux après un cancer. Pour profiter à fond de la vie. »

Carine Clément Wiig – Médecin du bord : « Je monte à bord avant tout parce qu’on me l’a demandé et je suis très heureuse de participer à cette aventure. J’ai une expérience familiale et professionnelle par rapport au cancer du sein, le défi et l’aspect féminin me parlent beaucoup. »

Nadège Schriber – Équipière : « Touchée par le cancer il y a 20 ans, je suis aujourd’hui physiothérapeute auprès de femmes atteintes par la même maladie. Je les accompagne dans leur propre traversée et j’avais envie de donner une sorte de référence aux patientes grâce à ce projet.’

Francesca Argiroffo – Équipière & Journaliste : « Malade à peu près en même temps qu’Elisabeth, ça me paraissant tout à fait incroyable de partager cette aventure avec elle. L’énergie que transmet ce projet est phénoménal. »

Caroline Ackermann : « J’étais en pleine chimiothérapie et ce projet m’a ramené beaucoup d’espoir et le goût de la vie, de prendre des décisions, de témoigner et de m’accrocher. »

Veronika Bertin – Équipière remplaçante : « Je suis un peu triste de ne pas partir, mais je trouve que c’est un projet incroyable qui donne plein d’espoir. Il démontre que, malgré les coups durs de la vie, les rêves sont réalisables. Cette traversée est également très symbolique : lever l’ancre, c’est lâcher prise, se détacher… Traverser un océan, une maladie, une galère, c’est aller vers quelque chose, aller vers l’espoir, la vie. J’ai hâte d’entendre leurs récits au retour ! »

Le programme

5 octobre : Départ du bateau en convoyage entre La Rochelle et les îles Canaries

5 novembre : Départ des Canaries vers le Cap Vert puis arrivée en Martinique

La traversée : 20 jours de mer (environ 7 noeuds de moyenne) dans les Alizés

Le bateau : Lagoon 42*

* Suite au délai de livraison du nouveau Lagoon 46, l’équipage partira finalement à bord du catamaran de 42 pieds du constructeur de Janneau.

 

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