SCÉNARIO MACRO-ÉCO 2021-2022: ACCELERATION DE LA CROISSANCE

23 décembre 2020

Dr. Mathilde Lemoine, Chef économiste du groupe Edmond de Rothschild, a
publié ses nouvelles prévisions de croissance, d’inflation et de taux de change pour 2021 et 2022 :

-Selon ses prévisions, la croissance mondiale pourrait atteindre 5% en
2021 et 4% en 2022 après un recul du PIB mondial de -3.9% en 2020.
– La croissance américaine atteindrait 4.3% en 2021 après avoir reculé de
-3 .5% en 2020. Elle serait encore de 3% en 2022. En zone euro, la hausse
du PIB de 4.5% en 2021 et de 3.8% en 2022, resterait toutefois poussive
au regard du recul de -7.5% en 2020.
– En 2021, le rebond de l’activité en Asie comme le phénomène de
rattrapage européen et américain devraient soutenir la croissance du
commerce mondial même si les tensions sino-américaines sont
structurelles.

Dans ce document, la Chef Économiste du Groupe Edmond de Rothschild a mis en avant les principaux arguments selon lesquels la situation macro-économique était très différente de la grande crise financière de 2008. C’est pourquoi elle anticipe une poursuite de l’accélération de la croissance en 2021, même en attendant la généralisation de la vaccination. Selon ses prévisions, la croissance mondiale pourrait atteindre 5% en 2021 et 4% en 2022 après un recul du PIB mondial de -3.9% en 2020.

« Bien sûr, il faut rester modeste face à l’exercice, mais questionner les modèles retenus pour estimer les effets de la pandémie ne veut pas forcément dire qu’il n’existe pas d’outils méthodologiques. C’est pour cela que nous avons choisi dès le début 2020 de nous appuyer sur les modèles spécifiques aux épidémies de grippe pour appréhender les effets de la pandémie de Covid-19 et non sur les modèles traditionnels comme l’ont décidé les organisations internationales », commente Mathilde Lemoine.

LES ARGUMENTS SOUS-JACENTS AU SCÉNARIO :

  1. D’une part, les modèles étudiant l’impact des pandémies de grippe nous enseignent que 60% des effets négatifs résultent des décisions administratives de confinement, des distances sanitaires et des restrictions des frontières. Ils sont donc réversibles une fois l’épidémie jugulée. D’autre part, la consommation est dépendante du taux de mortalité. Sa baisse va donc limiter l’épargne des ménages. Enfin, la meilleure connaissance de la transmission du virus réduit la sévérité des restrictions de circulation même en cas de nouvelle vague.
  2. De plus, un nouveau plan de relance pourrait être voté aux États-Unis au premier semestre 2021 et pourrait atteindre 5% du PIB. Il se concentrerait sur les mesures consensuelles entre républicains et démocrates comme les paiements directs aux ménages, une aide fédérale supplémentaire sur les allocations chômage et des mesures de soutien aux PME. Du côté européen, les subventions du fonds européen « Next generation EU » s’ajouteraient aux effets positifs du plan de relance allemand qui persisteront en 2021. La création d’un instrument de financement mutualisé au niveau européen a constitué un signal extrêmement important de consolidation de l’architecture européenne et a engendré une baisse de la prime de risque « euro » même si dotation est trop faible et trop tardive. Ainsi, la recherche économique d’Edmond de Rothschild anticipe un rattrapage plus rapide aux États-Unis qu’en Europe. La croissance américaine atteindrait 4.3% en 2021 après avoir reculé de -3.5% en 2020. Elle serait encore de 3% en 2022. En zone euro, la hausse du PIB de 4.5% en 2021 et de 3.8% en 2022 resterait toutefois poussive au regard du recul de -7.5% en 2020.
  1. Par ailleurs, en Chine, l’accélération des investissements en infrastructure et l’orientation du nouveau plan quinquennal en faveur de la demande intérieure pourraient engendrer une croissance de 9.8% en 2021 et de 5% en 2022. Les pays d’Asie bénéficieraient du redressement de la consommation et de l’investissement privé chinois, mais aussi de la croissance des importations américaines et européennes. Nous n’attendons pas de retour à la normale à horizon de prévisions des mouvements internationaux de personnes, mais les émergents pourraient bénéficier de la progression des prix des matières premières. La croissance des pays émergents atteindrait 5.6% en 2021 et 4.3% en 2022 après -2% en 2020 selon nos prévisions.

En 2021, le rebond de l’activité en Asie comme le phénomène de rattrapage européen et américain devraient soutenir la croissance du commerce mondial même si les tensions sinoaméricaines sont structurelles comme Mathilde Lemoine l’a déjà largement développé dans de précédents travaux. « Le changement de style et de direction du nouveau président
américain, Joe Biden, en matière de présence dans les organisations internationales devrait réduire l’incertitude même s’il n’a pas précisé le sort qui sera réservé aux « surtaxations Trump ». En 2019, l’indice mesurant l’incertitude du commerce mondial a atteint son plus haut historique. La progression a été particulièrement marquée aux ÉtatsUnis. En Chine; elle a été deux fois moindre. Or elle influence directement les décisions
d’exportations comme le montrent les études économétriques les plus récentes. Par exemple, un tiers de l’augmentation des exportations chinoises depuis son entrée à l’OMC résulterait de la réduction de l’incertitude quant à la politique commerciale. Parallèlement, elle affecte les décisions d’investissement directement et indirectement via son impact sur les cours boursiers ».

Les prévisions de taux et de change détaillées dans le document concluent à une accélération de l’inflation et une progression des taux longs plus marquées aux États-Unis qu’en zone euro. « Les taux longs souverains américains progresseraient tout au long de 2021 pour atteindre 1.8% en moyenne en 2022. Mais la Réserve fédérale garderait la main sur la courbe des taux pour éviter une pentification trop forte. De plus, les taux courts
devraient rester faibles. Non seulement la banque centrale américaine a annoncé poursuivre un objectif d’inflation supérieur à 2% durant les prochains trimestres. Mais, nous anticipons un renforcement de la « forward guidance » résultant d’un contrôle des taux d’emprunt souverain à 3 ans (yield curve control). Parallèlement, le relèvement des montants d’actifs achetés par la Banque centrale européenne pourrait peser sur l’euro début 2021. Toutefois, une vaccination généralisée plus rapide et efficace qu’anticipé serait particulièrement bénéfique pour la zone euro dont l’économie est plus affectée par les mesures de confinement et de restrictions de déplacement. »

A plus long terme, Mathilde Lemoine met en avant le risque de diminution de l’offre de travail et d’accroissement des inégalités originelles résultant des fermetures d’écoles et d’universités notamment. Pour les investisseurs, la tentation des gouvernements de faire pression sur les banques centrales va être forte (Fiscal dominance). C’est plus inquiétant que la dette, selon elle..

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