UN BREXIT A N’EN PLUS FINIR

26 novembre 2018

Ce qui paraissait une évidence le 29 mars 2017, jour du déclenchement de la procédure de retrait du Royaume Uni de l’Union Européenne, l’est de moins en moins à mesure qu’approche le « D- Day » du Brexit effectif – le 29 mars 2019. Négociant la sortie du Royaume Uni de la position du plus fort, l’Union des Vingt- Sept a littéralement rendu la vie difficile aux « brexiteurs ». Après une année et demi de négociations, l’incertitude, le désarroi et la division s’accentuent en Angleterre, le fantôme d’une frontière dure plane entre les deux Irlande alors que, face aux velléités de Brexit, l’UE, au contraire, voit son unité, très compromise ces derniers temps, se renforcer d’une manière aussi sensible qu’inattendue. Certes, le dossier du Brexit reste parmi les rares sur lesquels les Vingt- Sept parlent d’une seule et même voix, mais là, la concertation est vraiment palpable.

Unanimité exceptionnelle des pays membres de l’UE sur le dossier du Brexit

Et c’est là une unanimité assez musclée : à côté des « majors », il y a tous ces « petits » et relativement nouveaux membres de l’UE qui grossissent les rangs et renforcent la voix de Bruxelles. Ressentiments et complexes historiques (les pays de l’Europe centrale et orientale ont longtemps été sujets tour à tour à l’humiliation historique et à l’isolement idéologique), amours- propres et prétentions des élites est-européennes, font que ces pays, tirent aujourd’hui une fierté particulière et un malin plaisir à se prononcer, aux côtés des « grands », sur le Brexit et à statuer sur le sort du Royaume- Uni.

C’était pourtant la libre circulation des personnes amplifiée à la suite des nombreuses adhésions des pays de l’Est à l’UE qui fut le facteur le plus important du basculement des sujets de sa Majesté dans l’europhobie et l’euroscepticisme. Le problème migratoire soulevé par cet élargissement ainsi que le très coûteux alourdissement du système bureaucratique de l’Europe de Bruxelles après l’adhésion de l’ancien bloc de l’Est (au point de se demander si ces pays n’aient pas importé dans l’UE l’esprit de bureaucratie très caractéristique de leurs anciens régimes) ont, en effet, définitivement détourné du projet européen une bonne partie des Britanniques.

Quand la Grande- Bretagne s’inspire du modèle suisse

Irritée par l’ampleur qu’a prise la libre circulation après les adhésions des pays de l’Est, la Grande- Bretagne désormais sécessionniste, tourne le regard vers un autre « petit » pays devenu pour elle, au fil du temps, une sorte de modèle efficient et fructueux de partenariat avec l’UE. Il s’agit ni plus ni moins de la Suisse. L’opinion publique britannique, par la voie de certains médias dont le prestigieux The Guardian, se dit favorable à des « Swiss.- style laws » et préconise d’imiter la manière dont l’Helvétie a su, grâce à ses accords bilatéraux, profiter des avantages de l’UE et plus particulièrement de l’accès au marché unique tout en imposant à Bruxelles, dans la mesure du possible, ses propres règles du jeu.

D’ailleurs, l’attitude des « brexiters » avait, dès le début, une allure bien « swiss », un référendum ayant été à la base de la fameuse sortie du Royaume- Uni de l’UE. C’était justement le « Oui » du vote populaire qui a mené au déclenchement de la procédure de retrait du RU le 29 mars 2017. L’île réfractaire qu’est la Grande- Bretagne et l’enclave plutôt eurosceptique que représente, au cœur même de l’UE, la Suisse, se ressemblent certes beaucoup. Il y a, pourtant, de très importants points de divergence. Avant tout, la Suisse maintient la libre circulation des personnes, celle-là même dont le catégorique rejet, par une bonne partie des sujets de sa Majesté, constitue l’essence du Brexit et le motif déterminant de la volonté de sortie du Royaume- Uni de l’UE.

Le feuilleton du Brexit continue. Depuis environ deux semaines, ce feuilleton se résume à un marathon – celui d’une Teresa May empressée à faire adopter le projet d’accord avec l’UE d’abord par son cabinet, ensuite par le Parlement. Le premier est déjà chose faite, le deuxième, la grande bataille du Parlement (comme d’aucuns l’ont appelée) est pour très bientôt. En attendant, on peut seulement imaginer les suites fâcheuses de la variante « no deal » (une non- adoption de l’accord avec l’UE) : restauration des contrôles et droits de douane, effondrement du commerce avec l’UE (d’après des données d’Eurostat, environ 55% des échanges du Royaume sont réalisés avec d’autres membres de l’UE alors que dans les années 1970-80, l’essentiel du commerce se faisait principalement avec les anciennes colonies britanniques), frontière « dure » entre les deux Irlande.

 

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