UNE POSITION A PART DANS L’ENTREPRISE – CELLE DU « CHOUCHOU » DU CHEF

8 mars 2020

Par Dessy Damianova

Bon nombre de patrons et de responsables d’entreprises aiment se choisir des préférés et des « chouchous ». D’autres se montrent moins tentés de pratiquer le traitement de faveur. Mais même le chef qui fait le plus preuve d’une attitude équitable et juste auprès de leurs subordonnés, peut un beau jour basculer dans le favoritisme.

La cause ? C’est que, aussi impartial qu’il ait pu être, il s’est dans un moment laissé séduire par le zèle et l’assiduité déployés par quelque employé pour attirer son attention et s’en faire remarquer. Il doit, effectivement, être difficile pour un patron, on peut le supposer, de résister longtemps à un tel déploiement de bonne volonté et de promptitude à servir ; il doit lui être impossible de rester longtemps indifférent devant un ballet si souple et si gracieux. Alors commence ce « pas de deux » du chef et de son chouchou qui lie l’un et l’autre dans un échange harmonieux de gestes d’amitié et de signes d’affinité, échange qui comble si bien les deux intéressés mais qui a le don unique d’énerver au plus haut point tout le reste du personnel. Car il s’agit, effectivement, d’une complicité particulière qui s’installe entre le chef et son subordonné, une complicité qui a tout d’une relation exclusive et qui à certains égards peut s’avérer discriminatoire par rapport aux autres collaborateurs.

Le chouchou : qui est-il et que vise-t-il au juste ?

« Chouchou », on le devient de deux manières différentes : soit en se distinguant par son zèle et par ses mérites professionnels, soit en s’attirant les sympathies personnelles de son supérieur quand celui-ci se montre sensible à des caractéristiques et à des talents extra-professionnels tels que la serviabilité et au dévouement excessifs, le don de divertir et d’amuser, la capacité d’écouter et d’accueillir des confidences, l’habileté de séduire (y compris de façon, parfois, sensuelle- sexuelle), la belle apparence physique, l’intelligence etc.  

Il faut, d’autre part, distinguer entre deux types de favoris du chef : ceux qui sont guidés entièrement par l’idée d’un bénéfice matériel à rafler (promotion plus rapide, augmentation du salaire, différentes récompenses) et ceux que la position de chouchou intéresse avant tout par les gratifications psychologiques qu’elle procure et qui parfois s’avèrent bien plus alléchantes que les avantages matériellement tangibles. Ces gratifications peuvent aller de la joie pure et sincère de se voir aimer et affectivement accepter par son supérieur aux satisfactions plus égocentrées qui sont le sentiment de supériorité à l’égard de ses collègues, l’assurance d’exercer un certain ascendant sur eux, la fierté d’être dans l’intimité des grands et dans le « secret des dieux », d’en partager le pouvoir, etc. Alors que les bénéfices tangibles attirent avant tout les esprits prévoyants et calculateurs, les avantages d’ordre psychologique sont principalement l’appât de personnes chez qui, notamment, la motivation psychologique est plus forte que la motivation matérielle. Le déficit de confiance en soi, un passé semé d’échecs affectifs, l’absence du « père » durant l’enfance ou le sentiment d’avoir été mal-aimé peuvent s’avérer des mobiles suffisamment puissants pour booster l’aspiration à gagner la sympathie personnelle et la bienveillance particulière du chef. 

Une couronne à la fois lourde et fragile.

La couronne du chouchou du chef peut s’avérer lourde à porter. D’ailleurs, est-ce qu’il s’agit vraiment d’une « couronne » ? Recherchant toujours l’intimité et les faveurs de son supérieur, le chouchou devient, à la longue, une sorte de « fou du roi » et, tout comme un bouffon royal, il se retrouve dans l’obligation de rester toujours disponible, toujours présent au pied du trône, perfectionnant sans cesse son art de divertir, de plaire ou de se rendre utile.

Lourde et fatigante à porter, la « couronne » du favori du chef est en même temps à sa manière fragile et précaire. N’étant point à l’abri des changements qui s’opèrent dans la direction (et on sait à quel point les mutations sont fréquentes ces derniers temps dans les entreprises) ou dans l’humeur et les goûts du chef, capable à tout moment de se choisir un nouveau favori, le chouchou peut voir sa situation privilégiée basculer du jour au lendemain, avec tout ce que cela suppose comme perte subite des avantages facilement acquis et contrainte de subir le mépris longtemps contenu des autres collaborateurs qui cette fois ne se priveraient pas de se venger de manière ouverte.

Le coup sera fatal pour les « chouchous » qui devaient leurs privilèges à des qualités extra- professionnelles, tels ledit talent de divertir, l’habileté de bien communiquer, de charmer, de séduire. Le réveil sera certainement moins dur pour ceux qui avaient compté sur leur performance et les bons résultats de leur travail pour s’introduire dans les bonnes grâces de leur supérieur. Ces ex- « chouchous » auront beaucoup plus de chances d’échapper à l’hostilité de leurs collègues et même de continuer à jouir de leur respect.

Comme quoi, le professionnalisme peut racheter toutes les tares, y compris celle, bénigne ou maligne (c’est une question de point de vue), d’avoir été un jour le chouchou de son patron.

 

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