Value vs Growth: Point d’équilibre

27 avril 2021

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Par Enguerrand Artaz, Fund Manager, et Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier

Enguerrand Artaz, Fund Manager, Financiere de l’Echiquier

Depuis plus d’un an, les marchés vivent au rythme de grandes tendances. Les premiers mois qui ont suivi la chute brutale de mi-mars 2020 ont vu la prééminence des valeurs de croissance longue, avec en chef de file le secteur technologique, accompagnée du retour des taux d’intérêts sur des plus bas historiques. La fin de l’été et le début de l’automne furent moins lisibles. Tandis que les taux se stabilisaient, ou commençaient à repartir, les marchés actions ont navigué entre « réouverture » et « stay at home » en fonction des nouvelles du front sanitaire. A partir de l’annonce de la mise au point d’un vaccin contre le Covid-19, une nouvelle tendance s’est installée. La perspective de la réouverture de l’économie mondiale, le fort rebond de l’activité manufacturière et l’annonce de nouveaux plans de relance par Joe Biden ont entraîné un puissant rallye des valeurs cycliques et value, ainsi qu’une forte remontée des taux d’intérêts. Le taux américain à 10 ans est ainsi passé de 0,9% début décembre à plus de 1,7% fin mars.

Depuis début avril toutefois, cette tendance semble s’essouffler, ou marquer une pause. Les taux longs américains ont reflué. La croissance regagne un peu de terrain sur la value. Les marchés actions atteignent des niveaux extrêmes sur différents indicateurs. Après cinq mois de surperformance, la valorisation des valeurs cycliques, notamment européennes, dépasse largement sa moyenne du dernier cycle. La plupart des grands indices mondiaux sont sur des niveaux valorisation importants, même en considérant le ratio prix/bénéfice ajusté du cycle. Les indicateurs de sentiment atteignent des plus hauts depuis plusieurs années. Le constat est similaire pour les indicateurs macroéconomiques. L’activité manufacturière notamment, sur laquelle plusieurs données ont atteint des records historiques, pourrait avoir connu son pic en termes de rythme de reprise, alors que les goulots d’étranglement dans la chaîne de valeur vont commencer à peser sur le niveau de production.

Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier

Simple pause ou prélude à un retournement et au démarrage d’une autre tendance ? Comme souvent, la vérité se situe entre les deux. Côté macroéconomique, il semble probable que les tensions de la chaîne de production ralentissent le dynamique à court terme. A moyen terme néanmoins, la réouverture progressive de pans de l’économie durement affectés par la crise sanitaire, les plans de dépenses budgétaires aux Etats-Unis et en Europe, voire la tendance à la réindustrialisation des pays occidentaux, continueront vraisemblablement d’alimenter une expansion économique forte, à tendance inflationniste. En ce sens, le récent reflux des taux d’intérêts ne constituerait qu’une pause, avant une nouvelle phase de hausse.

Côté marchés, les niveaux atteints sur la valorisation et l’appétit pour le risque invitent à la prudence à court terme. Pour la suite, si nous estimons qu’il y a encore du potentiel pour les valeurs cycliques, la qualité deviendra un critère de sélection prépondérant, après une première phase où la différenciation a été bien faible. En cela, la tendance qui a prévalu ses derniers mois pourrait être remise en cause. Face au risque notamment de compression des marges lié aux perturbations sur la chaîne de production, les entreprises disposant de bilans sains, de positions de leadership et d’un pricing-power raisonnable seront à privilégier, autant dans les segments value que de croissance. Il semble ainsi probable que nous nous acheminions, pour la deuxième moitié de l’année, vers des marchés moins binaires. 

Rédaction achevée le 23.04.2021 

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