Vous pensez tenir…votre corps dit le contraire

9 juillet 2026

Vous pensez tenir…votre corps dit le contraire

Par Silviana Birsan, Directrice générale du laboratoire MGD

Silviana Birsan © MGD

Bien avant les premiers signes visibles d’épuisement, des marqueurs biologiques révèlent souvent un déséquilibre déjà installé. Pourtant, une donnée essentielle continue d’être largement ignorée dans le monde professionnel : notre corps. Et si la performance ne se mesurait pas uniquement en résultats, mais aussi dans la capacité à écouter ces signaux faibles ? Aujourd’hui, la science offre des outils simples pour anticiper, comprendre et agir avant que le corps ne rompe.

Oser écouter son corps

Il existe un décalage frappant entre ce que nous pensons ressentir et ce que notre corps vit réellement. Dans de nombreux cas, chefs d’entreprise et collaborateurs continuent à fonctionner, à décider, à produire, tout en évoluant déjà dans un état de déséquilibre biologique avancé. Pourtant, leurs marqueurs biologiques racontent une tout autre histoire. Derrière cette façade de normalité, les indicateurs sont déjà altérés : cortisol élevé, inflammation chronique, déséquilibres hormonaux, carences nutritionnelles. Le corps est en état d’alerte, parfois depuis des mois. Le cortisol, souvent appelé “hormone du stress”, est l’un des indicateurs les plus révélateurs. À court terme, il est utile : il nous permet de réagir, de mobiliser de l’énergie, de faire face. Mais lorsqu’il reste élevé sur la durée, il devient délétère. Il perturbe le sommeil, affaiblit le système immunitaire, favorise l’épuisement et altère les capacités de concentration et de décision. Autrement dit, il impacte directement la performance. Et pourtant, la majorité des personnes concernées ne s’en rendent pas compte immédiatement. C’est là tout le paradoxe. Le mental peut continuer à “tenir”, à rationaliser, à minimiser. Le corps, lui, ne ment jamais. Il s’adapte, parfois longtemps. Mais lorsqu’il cède, il est déjà trop tard.

Rééquilibrer le corps transforme l’expérience du travail, même sans changer l’environnement

Le burn-out par exemple, n’est jamais un événement soudain. C’est un processus biologique progressif. Bien avant les symptômes psychologiques visibles, le corps a déjà envoyé des signaux. Fatigue persistante, troubles du sommeil, irritabilité, baisse de l’immunité. Ces signaux sont souvent banalisés, interprétés comme des passages “normaux” dans des périodes exigeantes. Mais ils sont en réalité des indicateurs précieux.

Le stress n’est pas un ressenti : c’est une donnée mesurable

La science nous permet aujourd’hui d’objectiver ces états. Le stress n’est pas qu’un ressenti subjectif : c’est une réalité mesurable. Des analyses simples permettent d’évaluer le niveau de cortisol, les marqueurs inflammatoires, les déséquilibres métaboliques. Elles offrent une lecture claire de l’état interne de l’organisme, bien avant que la situation ne devienne critique. C’est ici que réside un levier majeur de prévention, encore largement sous-utilisé. Dans un contexte où les entreprises investissent dans la performance, il est étonnant de constater que peu d’entre elles intègrent la dimension biologique de leurs collaborateurs. Pourtant, un corps en déséquilibre ne peut pas soutenir une performance durable.

Or, un simple bilan, pour un coût avoisinant les 200 CHF, permet aujourd’hui de révéler un niveau de stress biologique élevé, parfois critique. En ajustant certains paramètres, alimentation, sommeil, gestion du stress, et en rééquilibrant l’organisme, les personnes concernées retrouvent de l’énergie, de la clarté et une capacité de décision nettement améliorée. Sans changer leur environnement de travail, leur expérience a profondément évolué. Cela pose une question essentielle : pourquoi attendons-nous la rupture pour agir ? Nous avons intégré l’idée de faire des contrôles techniques pour nos machines, des audits pour nos organisations, mais nous restons encore très passifs face aux signaux de notre propre corps. Pourtant, il est notre premier outil de performance.

Reprendre le contrôle

Faire un bilan biologique ne doit pas être perçu comme une démarche médicale réservée aux situations critiques. C’est un acte de prévention. C’est une manière de reprendre le contrôle, d’anticiper, d’ajuster avant qu’il ne soit trop tard.

Une telle démarche nous aide à comprendre, parfois brutalement, que notre environnement ou nos conditions de travail ne sont pas toujours adaptés à ce que nous sommes vraiment et qu’il nous appartient d’agir pour y remédier car si l’entreprise a un rôle à jouer dans la création d’un cadre propice, elle ne peut pas se substituer à la responsabilité que chacun a vis-à-vis de lui-même. Personne ne peut respirer, dormir ou manger à notre place. Personne ne peut ressentir nos limites à notre place. La prévention commence par une décision intime : celle d’écouter ce que notre corps tente de nous dire avant qu’il ne soit trop tard. C’est donc un travail d’équipe, où chacun, à son niveau, crée les bonnes conditions pour que la santé devienne un sujet dont on parle avant la crise, et non après.

L’entreprise peut sensibiliser, former, aménager. Elle peut encourager une culture où prendre soin de soi n’est pas perçu comme un aveu de faiblesse, mais comme un signe de lucidité. Mais au bout de la chaîne, il y a l’individu, ses choix, sa capacité à dire stop, à ajuster, à se faire accompagner. C’est dans cette alliance que se joue la véritable prévention.

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