Enquête sur les salaires 2019 de l‘ASEB: augmentation préoccupante des inégalités de salaire, bonus imprévisible et hausse des rémunérations fixes

23 juin 2019

L’enquête sur les salaires 2019 de l’Association suisse des employés de banque confirme les évolutions déjà observées ces dernières années mais met aussi en évidence des tendances surprenantes et préoccupantes. Première d’entre elles : l’augmentation croissante des disparités de salaire entre hommes et femmes. L’enquête exhorte les banques à adopter une politique salariale moderne.

L’enquête anonyme des salaires de l’Association suisse des employé.e.s de banque est le seul instrument qui permette d’obtenir un aperçu détaillé de la situation des salaires, de la politique salariale et de la satisfaction au travail dans le secteur financier helvétique. Elle a été menée pour la première fois en 2009, puis réitérée tous les deux ans. L’enquête 2019 a été réalisée en collaboration avec l’institut de sondages onlineumfragen.com et représente l’étude la plus récente en matière de rémunération dans le secteur financier. Les résultats issus des 39 questions auxquelles ont répondu les 4’725 participants confirment la tendance en matière de progression des salaires mise en évidence par l’Office fédéral de la statistique (OFS) pour 2018 (plus de détails à cet égard dans le rapport relatif à l’enquête sur les salaires 2019).

Les bonus imprévisibles occultent les augmentations de salaire

Par rapport à 2017, les salaires fixes ont augmenté de 2,9% et ont donc nettement progressé. Dans les deux principales places financières de Genève et Zurich, les salaires sont restés stables par rapport à 2017 ; les bonus, en revanche, ont diminué. L’image est exactement inversée dans les régions périphériques : les salaires fixes et les bonus augmentent partout et à tous les niveaux hiérarchiques (collaborateurs, cadres et membres des directions).

L’imprévisibilité du bonus, déjà constatée lors des enquêtes précédentes, se confirme : 60% des participant.e.s ont indiqué que leur prime a changé depuis l’année dernière, alors que 30% ont signalé une diminution. Cela démontre à quel point les bonus sont imprévisibles et impossibles à planifier, ce qui peut se révéler problématique pour les bas salaires. Tout aussi problématique est le fait que les critères d’attribution des bonus sont incompréhensibles pour de nombreuses personnes, ce qui a pour conséquence que 40% des participants à l‘enquête sont insatisfaits de leur bonus.

40% de différences entre les bonus des hommes et des femmes

Le résultat le plus explosif de l’enquête sur les salaires 2019 est sans aucun doute l’augmentation de la disparité des salaires entre les hommes et les femmes : avec 23,6%, l’écart salarial et dépasse de presque 10% la moyenne helvétique qui atteint 14,6% dans le secteur privé, selon l’OFS. L’écart se creuse encore plus avec l’augmentation de l’âge. Les hommes, en outre, profitent bien plus largement que leurs collègues femmes du nombre d’années d’activité dans le secteur financier et auprès du même employeur, avec un bonus qui dépasse de presque 40% celui qui est versé aux femmes.

Un inversement insatisfaisant de tendance se manifeste aussi en ce qui concerne les salaires fixes: si les inégalités salariales étaient encore en baisse en 2017, les écarts ont à nouveau fortement augmenté en 2019. Au niveau « collaborateur » par exemple, par rapport à 2017 le salaire des hommes a progressé de 7 000 francs, alors que celui des femmes n’a augmenté que de 1’000 francs. Plus graves encore sont les différences de bonus, où l’écart entre hommes et femmes a plus que triplé. 2 / 2 Il incombe aux banques d’expliquer pourquoi de tels écarts de rémunération se produisent. Par conséquent, les analyses salariales auxquelles les entreprises sont légalement tenues à partir de 2020 devraient être compréhensibles et transparentes. De plus, l’ASEB exige la possibilité de concilier vie professionnelle et vie privée, davantage de femmes aux postes de direction et un salaire égal pour un travail égal.

Forte insatisfaction au travail dans le secteur financier

La situation n’est pas non plus rose en ce qui concerne la satisfaction au travail, un constat démontré par le fait que 36,7% des participant.e.s indiquent se sentir vides et épuisé.e.s après le travail. En outre, un quart des participant.e.s ne peuvent pas vraiment se ressourcer pendant leur temps libre et s’inquiètent pour leur avenir professionnel. En comparant les institutions financières entre elles, les résultats de l’enquête montrent que les grandes banques s’en sortent moins bien que les autres groupes de banques. En comparaison internationale aussi, les banques affichent à cet égard de mauvaises performances: selon le SECO, les employés insatisfaits de leurs conditions de travail représentent 12% en Suisse.

Le fait que, même en 2019, jusqu’à un tiers des personnes s’expriment de manière négative à l’égard de leur situation de travail doit être considéré comme un signal d’alarme. Les conditions de travail dans les institutions financières sont perçues comme particulièrement stressantes. Il est donc urgent d’intervenir, ce qui implique aussi des changements en profondeur dans la culture d’entreprise. Par ailleurs, l’ASEB salue l’intégration du bonus dans le salaire fixe, qui est progressivement pratiqué par certaines banques, comme par exemple la Banque Migros. La transparence doit également être améliorée afin que les critères d’attribution des bonus puissent être compris.

 

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