Photo: Dr Larem Messaoudi ©
Hirsutisme. C’est un mot peu connu pour parler de maux bien manifestes chez les femmes qui en sont atteintes. Dans ses cabinets parisiens, bruxellois ou algérois, le Dr Larem Messaoudi accompagne et soigne les patientes en souffrance. 5 à 10% des femmes en âge de procréer – un chiffre loin de refléter l’ampleur du phénomène tabou – sont atteintes d’un excès de pilosité résultant souvent d’une pathologie endocrinienne. L’experte médicale nous éclaire sur ce sujet sociétal devenu viscéral.
Par Sabah Kaddouri
Dans votre cabinet parisien, vous vous faites un point d’honneur de répondre à toutes les problématiques esthétiques féminines, même les plus rares. On vient de loin pour traiter l’hirsutisme. Éclairez-nous sur ce trouble qui touche 5 à 10 % des femmes.
Dr Larem Messaoudi : L’hirsutisme est une pathologie médicale définie par la présence d’une pilosité excessive chez la femme dans des zones dites androgéno-dépendantes, selon une répartition masculine. Il touche classiquement environ 5 à 10 % des femmes en âge de procréer, mais ce chiffre ne reflète pas la réalité clinique. En effet, on estime qu’environ 70 % des femmes concernées ne sont pas diagnostiquées, en raison de la banalisation de la pilosité féminine, de normes culturelles variables, et du fait que l’hirsutisme est encore trop souvent considéré comme un simple problème esthétique. Sur le plan scientifique, l’hirsutisme résulte soit d’une hypersensibilité génétique des follicules pileux aux androgènes ; soit d’une hyperandrogénie (excès d’androgènes circulants) ; soit d’une association des deux.
Cette composante génétique est aujourd’hui bien documentée et explique pourquoi certaines femmes présentent un hirsutisme cliniquement significatif malgré des bilans hormonaux strictement normaux. Il s’agit donc d’un trouble endocrino-dermatologique, et non d’un simple problème esthétique. Cette confusion conduit de nombreuses patientes à une errance de soins, alors même que les conséquences sur la qualité de vie, l’image corporelle et l’intégration sociale sont majeures.
Est-ce congénital ou l’hirsutisme peut se déclencher à tout moment ?
Dr Larem Messaoudi : L’hirsutisme n’est pas nécessairement congénital. Il peut apparaître à différents moments de la vie, en particulier lors de périodes de variations hormonales. Il peut survenir à la puberté, après une grossesse, lors de l’arrêt ou du changement d’une contraception hormonale ou plus tardivement à l’âge adulte. La cause la plus fréquente est le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), responsable d’environ 70 à 80 % des cas. Le SOPK est aujourd’hui reconnu comme une pathologie endocrinienne complexe, fréquemment associée à un surpoids, à une résistance à l’insuline, et plus largement à un syndrome métabolique. Ce point est fondamental, car le SOPK n’est pas seulement une problématique gynécologique ou esthétique : il est également associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires à long terme, ce qui justifie une prise en charge médicale globale et précoce.
D’autres causes endocriniennes existent, ainsi que des formes dites idiopathiques, dans lesquelles les bilans hormonaux sont normaux mais où le follicule pileux présente une sensibilité accrue aux androgènes, souvent d’origine génétique. Dans ces situations, la pilosité peut évoluer indépendamment des résultats biologiques, ce qui explique la nécessité d’une prise en charge locale adaptée, en parallèle du suivi médical.

Aujourd’hui, quels sont les traitements existants ? Parlez-nous également de votre protocole.
Dr Larem Messaoudi : La prise en charge repose toujours sur un diagnostic médical préalable, établi par un médecin (généraliste, gynécologue ou endocrinologue). Il est essentiel de rappeler que l’hirsutisme est une pathologie médicale, et que toute prise en charge sérieuse commence par cette étape diagnostique. Le traitement de la cause hormonale est ensuite assuré par le médecin, lorsque cela est indiqué.
Cependant, ces traitements hormonaux nécessitent plusieurs mois avant d’agir, ont une efficacité partielle sur la pilosité déjà installée et ne suffisent pas toujours à améliorer le vécu quotidien des patientes.
Mon rôle s’inscrit donc en complément de la prise en charge médicale, avec un protocole spécifiquement ciblé sur la pilosité. Celui-ci repose sur une technique combinée de laser médical et d’électrolyse, utilisée de manière très sélective afin d’éviter toute repousse paradoxale. Concrètement, le laser est réservé aux poils terminaux épais et pigmentés ; quant à l’électrolyse, ce protocole est utilisé pour les poils fins, hormonaux ou à risque. Chaque zone est traitée selon son comportement folliculaire propre. Cette approche permet une destruction folliculaire progressive, efficace et sécurisée, sans stimulation paradoxale des zones voisines. En parallèle, il faut un accompagnement global en agissant par ailleurs sur l’alimentation, dans l’objectif de soutenir l’équilibre hormonal, l’inflammation et le métabolisme. Plus particulièrement, chez les patientes présentant un SOPK ou un syndrome métabolique.
Chez Maison Hirsutisme, on trouve également un espace de discussion bienveillant. Psychologiquement, comment accompagnez-vous vos clientes et quelles paroles recueillez-vous ?
Dr Larem Messaoudi : L’impact psychologique de l’hirsutisme est considérable et encore trop souvent minimisé. Beaucoup de patientes arrivent après des années de consultations infructueuses, avec un sentiment d’incompréhension et d’abandon. Les paroles qui reviennent fréquemment sont : « On m’a dit que ce n’était pas médical », « On m’a demandé d’attendre que les hormones se stabilisent » ou, encore, « J’ai appris à me cacher ». Au centre, nous recevons d’ailleurs très souvent des femmes présentant à la fois un hirsutisme, un surpoids ou un syndrome métabolique, notamment dans le cadre d’un SOPK. Ces problématiques cumulées renforcent le mal-être, la culpabilité et l’isolement.
Le fait de proposer une prise en charge concrète de la pilosité, même avant la résolution complète de la cause hormonale, permet souvent une amélioration rapide de l’image de soi, une diminution de l’anxiété sociale ainsi qu’une reprise de la vie professionnelle et relationnelle. Ces femmes font partie des patientes oubliées du système de soins, alors même que leur qualité de vie est profondément altérée.
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