Impact des tensions au Moyen-Orient sur l’Asie

27 janvier 2020

Par Daryl Liew, Responsable de la gestion des portefeuilles, Reyl Singapour

Les actifs à risque ont connu un début d’année mouvementé, l’escalade du conflit entre les États-Unis et l’Iran ayant tiré les prix du pétrole vers le haut, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur nos prévisions pour les marchés asiatiques. La plupart des pays d’Asie sont des importateurs de pétrole, et la hausse des prix de l’énergie ne touche pas seulement la consommation discrétionnaire, elle entraîne également une détérioration de la balance commerciale et une hausse de l’inflation qui sont susceptibles de mettre les devises locales sous pression. Les banques centrales asiatiques se voient ainsi contraintes de maintenir des taux d’intérêt plus élevés qu’elles ne le voudraient pour défendre leurs monnaies.

Comparaison avec l’attaque au drone en Arabie Saoudite de septembre

Notre optimisme concernant l’Asie en 2020 repose en partie sur le fait que nous tablons sur des variations contenues du cours du pétrole, avec un plafonnement à la hausse. Pourtant, les récents développements au Moyen-Orient nous amènent à réévaluer ce scénario. À cet égard, l’attaque au drone de septembre dernier contre Abiqaiq constitue un précédent, les dégâts causés sur le plus vaste site de production pétrolière d’Arabie saoudite ayant fait chuter de 5 % l’offre mondiale de pétrole. Cela a eu pour conséquence immédiate un bond de plus de 20 % des cours du pétrole, mais la tendance s’est rapidement inversée lorsqu’il est apparu que l’offre de pétrole serait suffisante à l’échelle mondiale pour combler la baisse de la production saoudienne. Ce prompt ajustement est en grande partie lié au développement de l’industrie du pétrole de schiste en Amérique du Nord, qui a diversifié l’offre mondiale et ainsi contribué à stabiliser les prix de l’énergie.

Des États-Unis peu belliqueux

Par conséquent, la question clé est de savoir quels sont les risques d’escalade du conflit américano-iranien, et s’il pourrait réduire de façon significative l’offre pétrolière au Moyen-Orient sur une période plus longue. Cela ne se produira, nous semble-t-il, que dans le cas d’un conflit militaire de grande envergure mettant fin à toutes les exportations en provenance du Golfe persique. Du point de vue américain, une telle escalade irait dans le sens contraire de la politique actuelle, qui consiste à réduire la présence militaire américaine dans la région. L’intérêt des États-Unis pour la protection des ressources pétrolières et le maintien de la paix au Moyen-Orient a sans doute baissé ces dernières années, les États-Unis étant devenus autosuffisants sur le plan énergétique. Après plusieurs campagnes ratées dans la région, l’appétit guerrier des États-Unis est également faible, et il faudrait un président bien courageux pour entrer en guerre l’année des élections présidentielles, bien qu’avec le président Trump on ne puisse rien exclure totalement !

L’Iran cherche également à éviter la guerre

L’Iran lui aussi préférerait éviter un conflit ouvert. Son modus operandi pour accroître sa sphère d’influence régionale a consisté à placer des personnes acquises à sa cause dans divers pays voisins. La fondation et le financement continu du Hezbollah au Liban ne sont qu’un exemple de la façon dont l’Iran a façonné ce qu’on appelle le « croissant chiite ». L’Iran pourrait-il être poussé à prendre des mesures plus affirmées avec l’aggravation des mouvements protestataires nationaux suscités par les sanctions économiques ? En fin de compte, les dirigeants iraniens sont pragmatiques et savent qu’ils ne peuvent pas emporter une guerre conventionnelle contre les États-Unis et leurs alliés. Il est donc probable que l’Iran attendra son heure et continuera de s’appuyer sur des opérations secrètes pour atteindre ses objectifs.

Tout cela signifie que, bien que les tensions entre les États-Unis et l’Iran devraient s’apaiser à court terme, il ne s’agira que d’une accalmie et il est fort probable que ce conflit reprendra dans un avenir proche, à l’image de ce qu’on a pu observer avec le Brexit ou le conflit commercial sino-américain.

Toujours positif sur l’Asie, mais en étant sélectif

La faible probabilité d’un conflit de grande ampleur au Moyen-Orient laisse à penser que nous pouvons pour l’heure maintenir nos perspectives positives pour l’Asie. La politique accommodante des banques centrales, la vigueur vraisemblablement modérée du billet vert, la signature imminente de l’accord commercial de phase 1 entre les États-Unis et la Chine et l’amélioration modérée de la croissance économique mondiale sont autant de facteurs qui contribueront à soutenir les marchés asiatiques. Toutefois, les investisseurs préoccupés par le risque d’une flambée possible des cours du pétrole voudront peut-être se montrer plus sélectifs dans leur exposition et éviter d’investir dans des pays comme l’Inde, qui est le pays asiatique le plus vulnérable à la hausse des prix de l’or noir.

 

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