Industrie MEM : exercice 2018 réjouissant – perspectives incertaines

25 février 2019

L’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux peut tirer un bilan très réjouissant de l’exercice 2018. Les entrées de commandes, chiffres d’affaires et exportations ont en partie fortement augmenté. Les marges ont continué de progresser. Cependant, le dynamisme de croissance s’est nettement affaibli au cours du deuxième semestre. Cela signifie que les affaires stagneront très probablement dans les mois à venir. Le fait qu’il n’y ait plus d’impulsions de croissance augmente l’urgence de conclure des nouveaux accords de libre-échange. Ces derniers offrent de nouvelles opportunités commerciales, notamment pour les PME. Nous pensons principalement aux accords potentiels avec les USA et les pays du Mercosur. Cependant, la tâche principale consiste actuellement à assurer l’accès privilégié au marché intérieur de l’UE et pour cela nous avons besoin de l’accord institutionnel.   

L’année précédente, les entrées de commandes dans l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM) ont progressé de 6,5% par rapport à 2017. Comparés à l’année dernière, les chiffres d’affaires ont fortement progressé de 11,4%. Tant les grandes entreprises que les PME bénéficient de l’évolution positive au niveau des commandes et du chiffre d’affaires. La bonne marche des affaires a eu un effet positif sur le taux d’utilisation des capacités de production dans les entreprises. Sur toute l’année et avec 91,3%, il était largement supérieur à la valeur moyenne sur plusieurs années de 86,4%. Le niveau de l’emploi a également évolué de manière réjouissante. Le nombre des collaboratrices et collaborateurs dans l’industrie MEM suisse a augmenté au cours des neuf premiers mois de l’an dernier de 7 800 à 320 400 emplois.  

S’ajoute à cela qu’au niveau des bénéfices la situation s’est légèrement améliorée par rapport à l’année précédente. Un sondage sur l’exercice 2018 a révélé que 13% des entreprises (14% en 2017) ont subi des pertes au niveau EBIT. 24% des entreprises (26% en 2017) ont indiqué que pour elles une marge de zéro à cinq pour cent peut certes être considérée comme positive mais reste insatisfaisante. Néanmoins, 44% des entreprises (40% en 2017), se sont satisfaites d’une marge réjouissante supérieure à 8%. Finalement, l’industrie MEM n’est toujours pas parvenue à compenser les pertes au niveau des marges subies après l’abolition du cours plancher de l’euro.  

Augmentation des exportations pour tous les groupes de produits 

La bonne marche des affaires se reflète dans les exportations de l’industrie MEM. En 2018, elles ont augmenté de 4,4% pour atteindre une valeur de 69,7 milliards de francs. Ce sont en particulier les exportations vers les États-Unis qui ont fortement augmenté (+ 9,5%). Celles vers l’UE ont également progressé (+5,4%). Seules les exportations vers l’Asie ont diminué de 2,1% en raison principalement de la situation économique difficile au Moyen-Orient. Cette évolution globalement positive des exportations a concerné tous les groupes de marchandises importants. Considérées par rapport à l’année précédente, les exportations d’instruments de précision ont augmenté de 7,4%, celles des métaux de 5,5%, de 4,6% pour l’électrotechnique/électronique et de 4,5% pour la construction de machines.  

Ralentissement au deuxième semestre 2018 

Globalement, 2018 aura été une très bonne année pour l’industrie MEM. Néanmoins, le dynamisme de croissance très élevé s’est nettement affaibli au cours des troisième et quatrième trimestres 2018. Certes, les chiffres d’affaires ont progressé de 8,5% (T3/18) et de 5,7% (T4/18) par rapport aux mêmes trimestres 2017. Mais les entrées de commandes ont nettement diminué par rapport aux périodes correspondantes de l’année précédente, soit de 6% au troisième trimestre et de 11,3% au quatrième. Toutefois, il faut relativiser quelque peu ces reculs importants étant donné que les entrées de commandes avaient atteint un niveau très élevé au cours des trimestres précédents.  

Compte tenu du ralentissement conjoncturel dans les débouchés majeurs, Stefan Brupbacher, directeur de Swissmem, ne s’attend pas à une poursuite de la reprise : « Nous ne reconnaissons pas d’impulsions de croissance de l’étranger. En raison du ralentissement général de la conjoncture dans de nombreux marchés importants, la marche des affaires dans l’industrie MEM va probablement évoluer latéralement au cours des prochains mois ». De plus, la situation Brexit, l’endettement de certains pays de l’UE ainsi que les conflits commerciaux latents dans le monde entier sont les éléments d’incertitude majeurs qui perturbent le développement futur.  

Les entrepreneurs de l’industrie MEM ne sont plus aussi optimistes qu’il y a encore un an. 53% des entrepreneurs s’attendaient alors à une augmentation des commandes. En l’espace d’un an, ce chiffre a diminué de 21% points pour atteindre 32%. Selon la dernière enquête réalisée par Swissmem, une majorité relative de 45% s’attend à une stagnation des commandes de l’étranger pour 2019. 23% des entreprises s’attendent à un recul au niveau des commandes.  

L’accès aux marchés mondiaux reste un élément de succès 

Cela fait des années déjà que l’industrie MEM suisse exporte en moyenne 80% de ses produits. Donc, le marché suisse est bien trop petit pour assurer la survie des entreprises d’exportation et de leurs emplois dans la forme actuelle. Les entreprises dépendent d’un accès pratiquement sans discrimination aux marchés mondiaux. Ceci est particulièrement le cas pour les PME. Ces dernières ne disposent pas des ressources financières indispensables pour étendre à volonté leur présence dans les marchés cibles. Dans l’industrie MEM, 98% des entreprises sont des PME classiques. Grâce à l’élimination des obstacles douaniers et des entraves techniques au commerce non tarifaires, la compétitivité de ces entreprises augmente dans les débouchés correspondants sans devoir quitter la Suisse. Ceci renforce la place industrielle suisse et assure des emplois dans l’industrie d’exportation ainsi que dans leurs nombreuses entreprises de sous-traitance.  

C’est justement en raison de l’absence d’impulsions de croissance que la politique extérieure suisse doit absolument étendre et approfondir rapidement son réseau d’accords de libre-échange, ce qui lui permettra de trouver des nouvelles opportunités commerciales. Nous pensons principalement aux accords potentiels avec les USA et les pays du Mercosur qu’il s’agit de conclure le plus rapidement possible et avant que d’autres pays le fassent.  

L’accord institutionnel est essentiel La tâche principale reste cependant d’éclaircir les relations avec l’UE qui est de loin le débouché principal de la Suisse. Pour cela, nous avons besoin de l’accord institutionnel. Il pose la voie bilatérale sur une base solide et durable et garantit un accès privilégié au marché intérieur de l’UE. Ceci fut, est toujours et restera l’objectif principal de cet accord. Dans le fond, l’accord présent prend parfaitement en considération les besoins de la Suisse et confère, outre l’assurance de l’accès au marché, des avantages importants à notre pays : il confère la sécurité juridique et respecte la souveraineté de la Suisse grâce à un mécanisme de règlement des litiges qui fonctionne. De plus, il nous donne la possibilité de conclure des nouveaux accords d’accès aux marchés. Si l’accord institutionnel n’aboutissait pas, la qualité de l’accès au marché intérieur de l’UE se compliquerait impérativement. Car, si – comme annoncé – les accords d’accès aux marchés ne sont pas actualisés, les relations économiques risquent de se retrouver dans quelques années au niveau de l’ancien accord de libre-échange de 1972, ce qui entraînerait pour la place industrielle suisse une perte d’attractivité insidieuse. Au dépend des emplois et de la prospérité de la Suisse. Il est donc primordial que la politique, les associations et les partenaires sociaux s’engagent en faveur de cet accord y compris des clarifications indispensables.

 

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