Photo © Groupe Connextivity
Basé à Saint-Prex, dans le canton de Vaud, le Groupe Conextivity conçoit et fabrique, depuis ses origines sous la marque Fischer Connectors, des connecteurs, câblages et solutions électroniques à haute performance, assurant la transmission de l’alimentation et des données dans des environnements exigeants tels que les secteurs du médical, de la défense et industriel. En moins de dix ans, la troisième génération de cette entreprise familiale a su transformer une activité purement industrielle en une approche technologique de pointe, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de la connectivité, de la micromécanique à l’Internet des objets, avec sa nouvelle entité Wearin’, tout en renforçant les capacités industrielles du groupe et en doublant ses effectifs, qui atteignent aujourd’hui 800 collaborateurs à travers le monde. Sabrina et Jonathan BROSSARD, respectivement présidente du conseil d’administration (CA) et CEO, nous parlent du rôle des administrateurs externes dans leur entreprise famili
Monde Economique : Quels sont les principaux défis auxquels Conextivity Group doit faire face ?
Brossard : Au niveau de notre métier, Conextivity Group a dû relever un défi de transformation profonde : celui de passer d’une entreprise historiquement industrielle à une entreprise technologique, tout en préservant la rigueur et la fiabilité qui fondent sa valeur. Cette mutation a impliqué de repositionner les compétences, les moyens de production et les expertises au bon endroit, en fonction des exigences propres à chaque marché. Il ne s’agit plus seulement de fabriquer efficacement, mais de conjuguer savoir-faire industriel, innovation, adaptation technologique et compréhension fine des besoins clients. Cette transformation demande une grande discipline d’exécution, car elle oblige à faire évoluer l’organisation tout en préservant la qualité, la réactivité et la cohérence globale du groupe.
Le second défi est stratégique et géopolitique. En tant qu’entreprise internationale, Conextivity Group a dû composer avec une décennie marquée par une forte instabilité politique et économique, ce qui a conduit à revoir en profondeur son mode d’organisation et de gestion. Certaines compétences ont dû être consolidées, d’autres déplacées géographiquement, et plusieurs pivots stratégiques ont dû être engagés rapidement pour maintenir la compétitivité du groupe. À cela s’ajoute la pression d’un franc suisse particulièrement fort, qui impose une exigence constante en matière de productivité, d’optimisation et d’arbitrages industriels. Dans ce contexte, la capacité à décider vite, à réallouer les ressources intelligemment et à rester agile devient une condition essentielle de résilience.
Monde Economique : Le Conseil d’Administration de Conextivity a-t-il pris des risques ces dernières années ?
Brossard : Notre mutation génétique de l’industrie vers la technologie a nécessité que certains réflexes industriels, qui font partie de notre ADN, soient surmontés au profit d’une prise de risque technologique. Notre défi a été de traduire notre vision entrepreneuriale en une proposition de valeurs, en produits capables de nous démarquer de la concurrence. Aujourd’hui, notre risque est lié à une croissance substantielle tout en développant la technologie du futur, pour des marchés demandeurs, qui ont besoin de propositions novatrices et efficaces. Nous voulons saisir ce momentum pour assurer le potentiel et la pérennité de l’entreprise à long terme.
Monde Economique : Que vous apportent les administrateurs externes dans la gestion de ces challenges ?
Brossard : Dans une société familiale, les administrateurs externes apportent d’abord une chose essentielle : de la distance. Lorsque l’on est plongé au quotidien dans l’activité, les urgences opérationnelles, les contraintes commerciales et les enjeux humains, il devient difficile de conserver pleinement une vision périphérique. La présence d’administrateurs externes (trois sur cinq dans notre CA), permet d’introduire d’autres compétences, d’autres expériences et un regard moins émotionnel sur les décisions. Ils ne viennent pas remplacer l’entrepreneur, mais enrichir sa lecture de la situation, en apportant une capacité de recul particulièrement précieuse dans les moments de transformation ou de tension.
Le conseil d’administration doit aussi jouer un rôle de garant, au sens large du terme. Il veille au contrôle, bien sûr, mais également à l’application des règles de gouvernance et à la solidité du cadre de décision. C’est précisément là que les administrateurs externes sont utiles : ils aident à éviter le risque de foncer tête baissée, en rappelant les fondamentaux, les équilibres à préserver et les signaux faibles à ne pas négliger. Leur apport ne se limite donc pas à une expertise technique ; il consiste aussi à préserver la lucidité collective, à sécuriser le cap stratégique et à empêcher que l’énergie entrepreneuriale ne se transforme en aveuglement.
Monde Economique : Quelle est la principale valeur ajoutée que vous attendez du CA ?
Brossard : Ayant un seul actionnaire, nous avons l’avantage de ne pas devoir gérer des minorités, des problématiques générationnelles ou des centres d’intérêts différents.
Dans l’élaboration de la stratégie, nous tombons vite amoureux de notre vision du futur et avons donc besoin de personnes qui challengent cette vision. Les administrateurs externes remplissent cette fonction et participent à l’aventure de l’entreprise sans forcément être dans l’acceptation tacite. Nous attendons d’eux une vision externe et complémentaire, un partage de nos valeurs. Les administrateurs doivent être sensibles aux notions de marché, au contexte international, à notre chaîne de valeur, à la culture de l’entreprise.
Monde Economique : Quels sont vos principaux critères de sélection d’un administrateur externe ?
Brossard : Nous cherchons quelqu’un qui apporte sa vision et s’intéresse à la nôtre, apporte son expérience, nous challenge, prend le temps de s’impliquer dans son rôle et échange dans une logique d’ouverture, avec du respect pour l’entreprise comme pour les personnes qui siègent autour de la table.
Nous privilégions les personnes qui facilitent la discussion, génèrent des idées, des questionnements, et qui nourrissent notre perspective, plutôt que des conférenciers ou opposants systématiques dans les débats. Si, en plus, l’administrateur dispose d’un réseau utile pour l’entreprise, celui-ci peut devenir un accélérateur sur certains marchés.
Monde Economique : Sabrina BROSSARD, vous présidez Conextivity Group depuis 2023. Quels changements avez-vous apportés au fonctionnement du CA ?
Sabrina Brossard : Il y a dix ans, les membres du conseil externes à notre famille étaient majoritairement issus du monde industriel. Notre périmètre d’activité s’est depuis considérablement élargi, avec de nouvelles propositions de valeur et des technologies innovantes au sein de nos deux entités commerciales : Fischer Connectors, qui développe de nouvelles solutions électroniques, et Wearin’, spécialisée dans les solutions intelligentes de l’Internet des objets au service des personnels d’intervention connectés sur le terrain. Le rôle dévolu au conseil d’administration s’est naturellement adapté à cette vision stratégique, notamment par l’intégration de trois administrateurs externes aux profils bien plus diversifiés qu’auparavant, et par la mise en place d’une gouvernance renouvelée. Les sujets traités relèvent désormais davantage du stratégique que de l’opérationnel, et la fréquence des séances s’est accrue. Nous avons également favorisé des échanges informels en complément de l’ordre du jour, instaurant ainsi une dynamique de groupe propice aux discussions ouvertes et fondées sur la confiance.
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