L’ECONOMIE, CETTE GRANDE ABSENTE DE L’ECOLE

29 juillet 2020

Par Dessy Damianova

Pendant la période du confinement, les structures de l’éducation ont fait preuve d’une souplesse, d’une flexibilité et d’une promptitude à se réinventer qui ont surpris plus d’un. L’enseignement, cette sphère « sanctuarisée », cette institution vénérablement conservatrice a pu quitter l’école, se transposer sur les écrans technologiques, se rendre accessible et utile, se décliner en  différents programmes, entrer dans les maisons… Et elle a même su adopter un ton moderne !

Cette flexibilité et cette souplesse donnent à espérer. Si l’école a pu si bien s’adapter à une situation exceptionnelle, si elle a réussi à atteindre les élèves confinés et accomplir sa mission auprès d’eux dans un contexte pour le moins inhabituel, ne serait-elle pas prête, dans un proche avenir, à accepter à bousculer son programme et à y insérer de nouvelles matières ? Ne serait-elle pas favorable à l’introduction d’enseignements susceptibles de préparer les jeunes gens aux réalités, aux défis concrets et aux principaux enjeux du monde dans lequel ils seront appelés à vivre – enjeux, défis et réalités auxquels le tronc classique de l’éducation, constitué   d’humanités et de mathématiques, prépare mal ?

Un débat qui n’est pas près de finir

Le débat est déjà vieux et il oppose les tenants de l’éducation traditionnelle, basée avant tout sur la théorisation, la conceptualisation et l’abstraction, à ceux qui insistent sur la nécessité d’orienter l’éducation vers l’avenir des élèves et de lui conférer le caractère formateur et pratique qu’elle n’a jamais vraiment possédé. Les seconds luttent depuis des années pour promouvoir l’économie à l’école et pour le rapprochement de celle-ci avec les entreprises, pointant sur le caractère essentiellement économique et monétaire des réalités dans lesquelles nous vivons.

Force est de constater que les résultats dans ce domaine sont restés très modestes et que les humanités avec tout ce qu’elles supposent comme abstraction, détachement intellectuel des réalités et regard le plus souvent tourné vers le passé, continuent à régner sans partage dans le cursus scolaire en Europe et dans le monde occidental en général. Qu’on nous comprenne bien : il ne s’agit pas de bannir de l’école ni la littérature et l’histoire/géographie, ni les sciences – bien sûr que non ! Chacune de ces disciplines est passionnante et elle doit avoir sa large place dans l’univers cognitif et intellectuel de l’homme moderne. Mais elles devraient se « bousculer » un peu pour faire place à cette science appliquée qui est l’économie et qui est la seule à pouvoir renseigner les élèves, futurs citoyens d’un monde désormais en perpétuel bouleversement économique et financier, sur les droits, les opportunités et les chances qu’un tel monde peut leur offrir mais aussi sur les pièges et les risques qu’il peut parfois leur cacher. Et il ne s’agit pas d’enseigner aux jeunes gens la haute finance, ni de les initier aux grands secrets de l’art de devenir milliardaire. Un sérieux cours d’économie à l’école éclairera les apprenants sur des choses aussi essentielles et somme toute assez basiques que le jeu de l’offre et de la demande, sur le cours de la monnaie, les prêts, la formation des prix, la concurrence, le PIB. Il leur donnera en outre le goût de bien gérer leur temps, leur agenda et non en dernier lieu – leur budget familial ou personnel.

Un tel enseignement formera de futurs citoyens responsables, des électeurs avertis et des consommateurs éclairés qui ne cèdent pas à toutes les sirènes de la publicité et qui n’abusent pas du crédit.

Transformer l’espace sanctuarisé en espace d’apprentissage

L’utilité de l’introduction de l’économie dans le cursus scolaire est indiscutable, elle est démontrée depuis longtemps et à prime abord elle semble faire l’unanimité. Pourtant, ce projet n’aboutit jamais et l’économie continue à faire son difficile et lent chemin vers l’école. En France, ce chemin était aussi très contradictoire avec une première et très timide apparition de l’enseignement économique dans le programme scolaire, ensuite sa brutale suppression en 2009 et sa partielle réintroduction (à titre de matière facultative) quelques années plus tard.

De tous les systèmes éducatifs en Europe, le système suisse est le moins blâmable. La formation duale helvétique qui repose sur l’apprentissage professionnel est un modèle envié et imité par nombre de pays européens désireux de réduire, toujours à l’instar de la Suisse, le taux de chômage chez leurs jeunes. Il est en effet grand temps de reconnaître que l’école ne doit pas seulement infuser des connaissances mais elle doit aussi transmettre de l’expérience ; que rien ne sert d’inculquer des valeurs si l’on n’a pas donné aux jeunes gens les outils concrets pour avancer dans la vie (et pouvoir mettre réellement en pratique ces valeurs !) et que parfois – si c’est pour le bien des futurs citoyens – il est judicieux de transformer même les « temples » en ateliers et les sanctuaires en espaces d’apprentissage !

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