Petit guide de survie du repas de Noël

22 décembre 2020

Petit guide de survie du repas de Noël
Olivier de Berranger, CIO, LFDE

Si Noël est un moment de partage familial autour d’un bon repas de fête, c’est aussi un moment privilégié par certains pour dynamiter les débats sur de brûlants sujets d’actualité. Et pour ceux qui auront la chance de se réunir cette année avec un membre de la famille porté sur la chose financière, un risque certain existe que celui-ci fasse dériver le débat sur le Covid vers le bitcoin ou la déconnexion entre marchés financiers et « économie réelle ». Avant de vous lancer dans les hostilités, voici quelques éléments qui pourraient vous permettre d’élever le débat, et sait-on jamais…  de le clôturer.Le bitcoin d’abord. Tout comme on évoque surtout les trains en retard, le biais naturel est de porter son attention sur les actifs financiers qui affichent les performances les plus stratosphériques. Après s’être invité au repas de Noël 2017 grâce à une performance annuelle de +1 375%, le voici qui fait son grand retour en 2020 grâce à un cours multiplié par 3, même si son usage en tant que monnaie d’échange est loin d’être démocratisé. Certes, le sujet est intéressant, au point que les banques centrales commencent à s’en emparer. Mais franchement, peut-on parler sérieusement de monnaie ? Où en est le Libra, la monnaie virtuelle made in Facebook ? Et qui achète aujourd’hui son pain avec des bitcoins ?

Clément Inbona, Fund Manager, LFDE

Au-delà du bitcoin que seul votre jeune cousin geek est susceptible d’aborder, LE sujet sur lequel tous les convives auront une opinion à partager, c’est la déconnection apparente entre l’économie et les marchés. Il sera probablement introduit délicatement par la déclaration suivante : « les marchés sont devenus fous, les actions montent alors que les plans sociaux se multiplient, il suffit d’ouvrir les journaux pour s’en rendre compte ! ». Si la seconde partie de la phrase est juste, la première l’est beaucoup moins. Commencez par abonder calmement sur la réalité d’une situation économique complexe. Hausse du chômage et des inégalités, baisse de la rentabilité des entreprises, la crise économique que nous traversons est la plus grave de l’après-guerre, c’est un fait. Mais pour se sortir de ce bourbier, essayez d’expliquer que la temporalité est structurellement différente entre la réalité économique actuelle et le cours des actifs financiers. Ainsi une déconnexion apparente est-elle fréquente. Les données économiques reflètent le passé, ou au mieux, la situation présente pour les plus réactives d’entre elles, tandis que les marchés financiers sont le reflet d’anticipations de l’avenir. On a d’ailleurs coutume d’évaluer leur horizon moyen autour de 6 mois. C’est ici que réside toute la différence. A l’horizon mi-2021, la visibilité économique devrait être bien plus dégagée qu’elle ne le paraît actuellement. Le déploiement des premiers vaccins va dans un premier temps diminuer le rythme des contaminations, puis espérons-le, les faire disparaître. De leur côté, les Etats continueront d’accompagner cette période économique difficile, puis engageront des plans de relance inédits pour accélérer le rythme de la reprise. L’expansion budgétaire sera là. Enfin, les autorités monétaires continueront d’injecter des liquidités pour que les Etats, les entreprises et les ménages se financent à bon compte durablement. La Fed vient justement d’annoncer qu’elle maintiendrait des conditions monétaires extrêmement souples encore longtemps, tout comme la BCE l’avait annoncé une semaine plus tôt. Seule ombre potentielle au tableau, le risque politique à plus long terme, avec la défiance des partis traditionnels qui pourrait s’accentuer par la hausse des inégalités et une gestion de la pandémie parfois hasardeuse. Les prochaines échéances électorales seront de fait un bon baromètre pour mesurer la dynamique populiste à l’œuvre.Pour finir, si le débat diverge vers la question « comment va-t-on rembourser toutes ces dettes ? », ce sera le moment de proposer aimablement à l’ensemble des convives de passer aux cadeaux. Noël doit rester une fête. Et l’année 2020 a été suffisamment lourde pour ne pas venir la gâcher. Passez donc d’excellentes fêtes de fin d’année en prenant soin de vous et de vos proches.

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO, LFDE et Clément Inbona, Fund Manager, LFDE

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