Présidentielle américaine, décryptage, opus No 1

23 septembre 2020

Par David Ross, CFA, Gérant du fonds Echiquier World Equity Growth, LFDE

Un concept clé définit les États-Unis d’Amérique : l’Amérique est avant tout un groupe d’États, les Etats fédérés passant en premier, le pays en second. Lorsqu’il s’agit d’élire le Président des Etats-Unis, il ne s’agit pas en réalité d’une élection nationale, mais de cinquante élections distinctes organisées le même jour. Sur un total de 538 votes désignant les 538 grands électeurs (qui forment le Collège électoral), un candidat à la présidence doit en engranger 270 pour emporter l’élection. A deux petites exceptions près, chaque élection d’État fédéré peut tout faire basculer.

Lorsqu’un candidat à la Maison Blanche remporte un État, il obtient les votes de cet État. Le nombre total de voix d’un État est égal au nombre de ses représentants au Congrès – chaque État en ayant au moins 1- répartis en fonction de la population, auxquels s’ajoutent 2 sénateurs par État. Le nombre total de sièges à la Chambre des Représentants est de 435, ce qui équivaut approximativement à 1 représentant pour 700 000 habitants. Une redistribution a lieu après chaque recensement, tous les 10 ans. A titre d’exemple, le dernier recensement a enregistré 37,2 millions d’habitants en Californie, qui compte 53 représentants, ce qui équivaut à 1 représentant pour 702 000 personnes. Le Michigan, avec 9,8 millions d’habitants, détient 14 représentants, soit 1 pour 706 000 personnes.

La majorité des votes est en général représentative de la taille de l’Etat. Indépendant de la taille de l’Etat, le mécanisme d’attribution des sénateurs confère cependant aux petits États ruraux une influence majeure sur les élections. La Californie (53 représentants et 2 sénateurs donc) bénéficie d’un total de 55 voix, ce qui équivaut à 1 voix pour 676 000 personnes. A titre de comparaison, le petit Etat rural du Wyoming peuplé de 563 000 personnes, en obtient 3, soit 1 pour 187 000 personnes. Ainsi, les petits États sont-ils surreprésentés en matière de scrutin.

Prenez les 15 plus petits États – Wyoming, Vermont, Alaska, Dakota du Nord, Dakota du Sud, Delaware, Rhode Island, Montana, Maine, New Hampshire, Hawaii, West Virginia, Idaho, Nebraska et New Mexico. A eux 15, ils réunissent donc davantage de votes (56) que la Californie (55), alors que leur population totale est inférieure de moitié à celle de la Californie.

Un candidat peut ainsi gagner la Californie avec 10 millions de voix. Mais si son adversaire parvient à obtenir une majorité de seulement 15 votes dans ces petits États, en gagnant donc un vote par Etat, il comptabilisera davantage de votes électoraux. C’est ainsi qu’un président peut être élu en obtenant moins de votes nationaux que son adversaire.

La plupart des plus petits États étant situés dans le Sud et le Midwest traditionnellement acquis aux Républicains, le camp républicain bénéficie ainsi pleinement du collège électoral… C’est la raison pour laquelle les 2 derniers présidents élus avec une minorité de voix nationales – George Bush en 2000, Donald Trump en 2016 – sont Républicains.

Pourquoi un tel système ?

La réponse se trouve dans la création même du pays. Au moment de la rédaction de la Constitution de 1787, le pays tout neuf se composait d’une poignée d’États (13) disséminés le long de la côte est et concentrant au sein de quelques villes (Boston, New York, Philadelphie notamment) la majorité de la population. Les fondateurs ont anticipé un développement rapide de celle-ci vers l’ouest. L’attribution du principe d’un vote/une personne aurait alors impliqué que les habitants des villes de la côte est pourraient continuer à dicter l’évolution du pays. Le système électoral américain a donc été conçu pour donner la parole au gouvernement dans les zones rurales nouvellement installées et éviter qu’une population centralisée ne domine la politique gouvernementale.   

A lire aussi: Présidentielle américaine, opus No 2

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