Que se passerait-il si le prix du baril de pétrole repassait à 100 dollars ?

14 mars 2019

Par Laura Dominici

Tandis que la grogne des « gilets jaunes » se poursuit en France pour manifester contre la hausse des prix du carburant, le cours du baril de Brent ne cesse de flamber. Si la chute du cours du pétrole a été brutale et continue depuis 2014, la tendance s’est inversée à partir du mois d’août.

La baisse du cours était due à une offre surabondante liée à la forte augmentation de la fracturation hydraulique outre-Atlantique ainsi qu’à la baisse de la demande de pays émergents comme la Chine (le plus grand importateur), l’Inde et le Brésil. Cependant, avec le maintien des réductions de l’OPEP (l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), la production vénézuélienne en crise et les tensions grandissantes entre l’Iran et les États-Unis, le prix du baril de pétrole peut-il remonter à 100 dollars ?

Des répercussions politiques importantes

En septembre, les groupes de négoce Trafigura et Mercuria annonçaient que le prix du pétrole pourrait atteindre 100 dollars le baril à la fin de l’année en cours ou début 2019, avec l’entrée en vigueur des sanctions américaines contre l’Iran.

Les prévisions d’un baril de pétrole à 100 dollars « affecteraient de manière notoire les tensions russes, iraniennes et vénézuéliennes », selon Robert Kelly, Professeur de sciences politiques et diplomatie à l’Université nationale de Pusan et analyste politique pour la BBC.

Il souligne que cela résulterait dans l’émergence de troubles géopolitiques émanant de pays comme l’Iran et la Russie, dont les budgets reviendraient à l’équilibre. Selon l’agence Moody’s, la Russie et le Venezuela sont les pays les plus touchés, car le pétrole y est une source de dépenses importantes et difficiles à réduire.

La hausse du cours du pétrole favorise l’inflation

Ben Page, PDG d’Ipsos MORI, compare la situation à celle des crises pétrolières des années 1970, déclenchant une baisse de la natalité et l’émergence de crises politiques. De plus, un choc important augmenterait l’inflation.

Toujours selon Ben Page, l’augmentation des prix « boosterait le PIB américain, vu que les producteurs de pétrole doperaient leur production afin de profiter de cette manne temporaire. Une flambée des prix du brut serait cependant négative pour les entreprises, qui devraient augmenter leurs prix pour couvrir les dépenses supplémentaires en occasionnant un risque d’inflation ».

De plus, « Cette inflation viendrait à son tour affecter la politique monétaire, et la montée de l’inflation conduirait à un climat encore plus tendu ainsi qu’à une hausse des taux d’intérêt ».

La montée des prix de l’essence, une chance pour la transition énergétique

« Il y aurait beaucoup de mécontentement du côté des consommateurs et des détenteurs de véhicules», déclare Robert Kelly. Joshua Mahony, analyste des marchés chez IG, ajoute : « il y aurait une réduction du revenu disponible et la conduite deviendrait une activité de plus en plus onéreuse». Ce qui explique la mobilisation des automobilistes français, dont les blocages peuvent causer des pénuries d’essence dans plusieurs stations françaises.

Si la barre des 100 dollars devait être franchie, l’endettement des consommateurs dans les pays membres de l’OCDE serait fortement accentué. Néanmoins, depuis la montée des prix du pétrole dans les années 1990 et le début des années 2000, les énergies fossiles ont peu à peu été délaissées au profit des transports en commun et des énergies vertes. Aujourd’hui, la Chine a sauté le pas. Le pays est devenu l’un des plus grands consommateurs sur le marché des voitures électriques. Au premier trimestre 2018, 142 445 voitures électriques ont été vendues en Chine. Cela représente une augmentation de 154% par rapport à l’année précédente. Il n’empêche que entre la hausse du prix des carburants et la hausse des températures, les citoyens sont divisés et craignent pour leur pouvoir d’achat.

Source :IG

 

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