Surveillez votre BFR comme vous surveillez votre alimentation !!

1 décembre 2020

Par Stéphane Deffis

Stéphane Deffis

Après avoir comparé dans notre précédent article l’EBITDA de l’entreprise au sang qui circule dans le corps humain, analysons à quoi correspond le BFR pour sa trésorerie, notion souvent mal comprise par beaucoup de chefs d’entreprises.

Qu’est-ce que le BFR ?

Un autre point clé de la gestion de la trésorerie est la gestion du Besoin en Fonds de Roulement de l’entreprise.

L’entreprise engage un certain nombre de dépenses à l’avance qui ne seront récupérées que lors de l’encaissement de ses factures clients.

Elle a donc un besoin d’argent/financement nécessaire à court terme pour assurer le bon fonctionnement de ses opérations. Cet argent immobilisé dans l’entreprise est appelé BFR.

Prenons un exemple de saison concret pour mieux comprendre :

  • Un fabricant de jouet prévoit un certain volume de vente pour la fête de Noël.
  • L’entreprise va donc contacter ses fournisseurs pour acheter les matières premières nécessaires à la fabrication de ses produits fin août.
  • Les matières premières sont reçues fin septembre avec paiement des factures fournisseurs à 30 jours pour la fin octobre.
  • C’est ensuite la production qui va engager des dépenses pour fabriquer les jouets comme payer les salaires des employés.
  • Le temps s’écoule et les sorties de trésorerie s’accumulent bien que l’entreprise n’ait pas encore perçu un centime depuis fin août.
  • Fin octobre les jouets sont livrés aux différentes enseignes de distribution qui ont négocié un crédit de 2 mois pour payer.
  • Finalement les clients paient leur facture fin décembre ce qui génère une marge pour l’entreprise.
  • Pour générer cette marge, c’est donc l’entreprise qui a dû avancer de la trésorerie, c’est son Besoin en Fonds de Roulement qui se calcule de façon succincte de la manière suivante :
  • Formule de calcul du BFR : Actifs court terme d’exploitation (créances, stocks…) – Passifs court terme d’exploitation (dettes diverses non financières)
    • Si le BFR est positif : Actifs d’exploitation > Dettes d’exploitation, l’entreprise a un besoin de financement à court terme
    • Si le BFR est négatif : Dettes d’exploitations > Actifs d’exploitations, l’exploitation de l’entreprise génère naturellement une trésorerie positive qu’elle peut utiliser pour investir.

Le BFR est à l’entreprise ce qu’est l’alimentation au corps humain :

Maintenant que nous avons compris à quoi correspond le BFR, essayons de voir comment nous pouvons faire un parallèle avec le corps humain dans la vie réelle.

Le meilleur parallèle que l’on puisse trouver pour le BFR est, de mon point de vue, de le comparer à l’alimentation qui sert à donner de l’énergie au corps humain.

Une entreprise produit constamment de l’énergie pour fonctionner comme nous l’avons vu dans l’exemple plus haut.

Les principaux carburants de l’entreprise sont le travail réalisé par les employés pour ses clients avec comme aboutissement principal la facturation de la prestation. Dans cette intervalle, l’entreprise doit cependant rétribuer le travail de ses employés et payer les fournisseurs qui seront évacués sous forme de déchets au cours de cette période.

Autre parallèle intéressant que l’on peut faire entre entreprise et corps humain est que les besoins en énergie dépendent de l’âge et de sa constitution que l’on assimilera à la maturité et au business model de l’entreprise.

Le business model correspond au type d’alimentation dont a besoin l’entreprise

De même que tous les aliments n’apportent pas la même chose au corps humain, les aliments nécessaires à l’entreprise seront différents suivant le type de « business model » choisi par cette dernière et de son niveau de croissance.

  • Certains business model seront de gros consommateurs en trésorerie et nécessiteront un apport important de protéines et vitamines en amont pour faire tourner l’entreprise. Ce sont en général les entreprises qui fabriquent leurs propres produits et qui ont un BFR positif (voir plus haut)
  • Les business model basés sur le commerce de produits physiques ont eux 2 options en termes de trésorerie :
  • Soit, elles disposent d’un stock important qu’elles vendent en priorité et commandent de nouvelles marchandises lorsque de la place s’est libérée en magasin.
  • Soit, elles travaillent avec un stock minimum de marchandises et passent commande auprès des  fournisseurs une fois la commande client validée

Dans le premier cas, l’alimentation nécessaire sera peu ou prou la même que pour les fabricants de produits mais, dans le second cas, l’entreprise possède au départ une situation favorable car elle n’émettra une commande à son fournisseur qu’une fois que le client aura payé le produit ou fourni un acompte important.

Je connais une boutique suisse d’ameublement qui a été rachetée récemment. Son nouveau propriétaire peu éduqué et intéressé aux bonnes notions de gestion financière a utilisé cette trésorerie favorable pour financer d’autres projets tout en retardant le paiement de ses fournisseurs. Il se croyait très malin…

Les conséquences ont été dramatiques pour la trésorerie de l’entreprise car en moins d’un an, 

  • Les fournisseurs ont demandé brusquement 100% du paiement avant la livraison ou la production
  • Les employés ont perdu confiance et ont commencé à quitter le navire
  • Les clients mécontents des retards de livraison se sont fait plus rares.

Tout cela a engendré de l’instabilité et un besoin de financement des opérations à court terme qui n’existait pas par le passé. L’entreprise est aujourd’hui sous tutelle et en redressement judiciaire.

C’est typiquement le genre de comportement d’une personne qui a une alimentation déséquilibrée et qui consomme beaucoup trop de sucres rapides (bonbons, gâteaux, soda) favorisant ainsi les caries, l’obésité et une vulnérabilité aux nouvelles pathologies ou crises sanitaires.

Au contraire les entrepreneurs qui visent une croissance importante, mais maitrisée de leur entreprise seront comme ces sportifs qui surveillent leur alimentation, convaincu que leur performance en dépend.

Leur objectif est d’instaurer en premier lieu un climat de confiance avec leurs fournisseurs, leurs employés et leurs clients en payant leurs obligations selon les règles contractuelles ou les coutumes du pays.

  • Enfin il existe le business model des entreprises avec vente de produits dématérialisés et donc à effet de levier très important, le coût de départ étant faible, si ce n’est celui de la plateforme internet où sont vendus, ebook, formations, newsletter …

Si le succès des produits proposés est au rendez-vous, ces business model génèrent un maximum de trésorerie de manière régulière pour autant qu’elles sachent se renouveler régulièrement en termes de clientèle ou d’offre numériques.

Une gestion saine de son BFR correspond à une alimentation équilibrée :

En conclusion, le BFR est une notion importante que tout dirigeant d’entreprise doit comprendre et surveiller. Il existe une citation que j’aime beaucoup sur le sujet et qui résume très bien la problématique.

« Le BFR est comme votre régime alimentaire ou diabète, si vous ne le maitrisez pas, il peut vous tuer »

Ainsi assurez-vous en tant que chef d’entreprise d’avoir une gestion saine de vos créances et dettes d’exploitation tout au long de l’année en favorisant une alimentation équilibrée entre :

  • Produits énergétiques en toute saison (sucres lents) qui concerne l’efficacité de votre performance économique, gestion de stock et respect de vos règles contractuelles.
  • Produits protecteurs (fruits et légumes) pour rester en bonne santé en période de crise qui concernent l’efficacité de votre stratégique de recouvrement de créances clients
  • Produits bâtisseurs (lait, viande…) dont vous pouvez abuser en période de croissance qui concerne les investissements que vous ferez avec la marge liée à vos performances économiques et que nous aborderons lors de notre prochain article

Votre trésorerie vous en remerciera

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