Virginie Galland, l’élégance de l’harmonie

1 mars 2026

Virginie Galland, l’élégance de l’harmonie

Photo: V. Galland ©

Il y a des parcours qui se dessinent dès l’enfance, et puis il y a ceux qui se construisent au gré des détours et des opportunités. Celui de Virginie Galland, Directrice Générale de Naef Immobilier, en fait partie. Son histoire n’est pas celle d’un destin tracé d’avance, mais bien celle d’une femme qui a su écouter ses élans, transformer ses hésitations en tremplins et bâtir un parcours à son image : exigeant, humain et profondément incarné.

Des rêves pluriels

À 39 ans, Virginie Galland est devenue la première femme à diriger Naef Immobilier depuis la fondation du groupe en 1881. Mais derrière cette nomination, il y a bien plus qu’un jalon dans l’histoire d’une entreprise : il y a le récit d’une femme. Son ascension n’a rien d’un parcours rectiligne. Elle est faite de bifurcations assumées, de choix courageux, de silences féconds et de convictions forgées dans l’action. Chaque étape, chaque détour, chaque apprentissage a contribué à façonner une dirigeante qui ne cherche pas à imposer, mais à inspirer. Son parcours le prouve : on ne devient pas une grande leader en suivant un plan préétabli, mais en acceptant de se perdre pour mieux se trouver, en osant changer de cap quand l’intuition le commande, et surtout, en restant fidèle à ses valeurs même quand les conventions suggèrent l’inverse.

Née à Genève, Virginie Galland a grandi dans la cité de Calvin. Enfant, elle s’imaginait parfois danseuse étoile, portée par sa passion pour l’expression artistique, parfois enseignante, animée par son attachement aux relations humaines et son affection particulière pour les enfants. L’art et la pédagogie nourrissaient son imaginaire, reflet d’une personnalité sensible à la fois au beau et à la qualité des liens. « J’ai fait une maturité avec option artistique, et j’aimais beaucoup le design industriel », confie-t-elle. La jeune Virginie ne choisissait pas entre l’art et l’humain : elle cherchait instinctivement à les réunir. Cette quête d’équilibre entre rigueur esthétique et chaleur relationnelle allait devenir le fil rouge de son existence.

Le voyage comme initiation

Après sa maturité, Virginie hésite. Que faire de sa vie ? Plutôt que de se précipiter, elle ose un choix audacieux : un tour du monde sac au dos, en compagnie de sa meilleure amie. Une parenthèse fondatrice, rythmée par les découvertes, les rencontres et le goût de l’indépendance. « Je n’étais pas plus fixée à mon retour, mais ce voyage m’a forgée. Il m’a appris l’adaptabilité, le sens de l’organisation et la curiosité envers les autres. »

À son retour, elle s’inscrit en sciences de l’éducation à l’Université de Genève, attirée par cette perspective de travailler avec les enfants qui l’anime depuis toujours. Mais en chemin, une intuition s’impose : l’enseignement, si noble soit-il, ne lui offrira pas l’évolution qu’elle pressent à son épanouissement. Cette lucidité, cette capacité à s’écouter et à pivoter sans craindre le jugement, deviendra aussi sa signature.

Le tournant arrive presque par hasard. Son père travaille dans l’immobilier et les jobs d’été dans sa régie lui ont plu. Et si c’était là, dans ce secteur qu’elle connaît à peine, que se trouvait sa voie ? En 2006, Virginie franchit le pas. Elle intègre Moser Vernet & Cie et se lance dans une formation continue intensive. Six années durant lesquelles elle apprend, observe, absorbe tout ce qui fait le métier. Cette période est fondatrice. Loin des parcours tout tracés des grandes écoles, Virginie construit son expertise pierre par pierre. Elle découvre qu’elle possède naturellement ce qui fait les bons gestionnaires : le sens du contact, l’organisation et surtout cette capacité à allier bienveillance et exigence.

L’équilibre des contraires

2012 marque un double départ : elle rejoint Naef Immobilier et devient mère pour la première fois. Deux naissances simultanées qui auraient pu la freiner. Au contraire, elles accélèrent sa trajectoire. Virginie entame son brevet fédéral de gérant d’immeuble tout en jonglant avec les nuits courtes et les biberons. En 2014, sa fille vient agrandir la famille. Entre deux enfants en bas âge et des responsabilités professionnelles croissantes, elle prouve que l’ambition n’attend pas le moment parfait. Ce qui frappe chez Virginie Galland, c’est cette capacité à incarner les paradoxes. Bienveillante mais structurante. Accessible mais ferme. Directive mais humaine. Si ses amis la décrivent comme toujours disponible pour aider, ils ajoutent aussi avec une pointe de franchise : « Virginie aime prendre le lead. Elle organise, décide, et les autres la suivent volontiers. » Elle-même sourit : « J’ai un petit côté dans le contrôle, mais au fond, ça rassure. Les gens savent qu’ils peuvent compter sur moi. » Cette dualité n’est pas une contradiction, c’est son équilibre, sa signature.

Chez Naef, Virginie gravit les échelons. Responsable de portefeuille après son brevet, puis responsable du service gérance à Genève, elle prouve sa valeur à chaque étape. En 2020, elle intègre la direction générale. Là encore, plutôt que de se reposer sur ses acquis, elle identifie une lacune : les chiffres. Elle retourne sur les bancs de l’Université de Genève pour décrocher un DAS en gestion comptable et financière. Cette humilité intellectuelle, cette capacité à reconnaître ses zones de progression et à y remédier, en dit long sur sa personnalité. En 2023, elle est nommée directrice générale du groupe Naef. L’ancienne étudiante indécise est devenue la femme qui pilote la plus grande régie immobilière de suisse romande.

Le parcours de Virginie Galland prouve qu’on peut diriger autrement. Qu’on peut être forte sans être dure, exigeante sans être distante, ambitieuse sans écraser. Elle démontre surtout que les meilleurs leaders ne sont pas ceux qui ont toujours su où aller, mais ceux qui ont eu le courage de chercher, de douter, de se réinventer. Et qui, une fois arrivés, tendent la main aux autres plutôt que de monter sur un piédestal. À 41 ans, cette mère de deux enfants qui rêvait d’être danseuse étoile ou enseignante a trouvé sa propre partition. Et elle la joue magnifiquement bien. 

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