Le risque prend une dimension mondiale

5 mai 2026

Le risque prend une dimension mondiale

Photo Massimiliano Marini Massimiliano Marini © REYL

 Par Massimiliano Marini, Chief Risk Officer, chez Reyl Intesa Sanpaolo

Le monde d’aujourd’hui est plus interconnecté économiquement que jamais et connaît en parallèle une fragmentation géopolitique significative. Dans ce contexte, les risques géopolitiques figurent parmi les trois principaux enjeux que les banques devront affronter dans les années à venir.

Historiquement, le risque géopolitique a souvent été défini de manière assez vague comme l’ensemble des défis et opportunités supplémentaires liés aux investissements sur des marchés étrangers, en particulier du point de vue des investisseurs américains. À mon avis, cette définition est trop restrictive, car elle ne tient pas compte du fait que même des portefeuilles purement domestiques peuvent être fortement affectés par des bouleversements politiques et économiques mondiaux.

Une définition plus précise a été proposée par Dario Caldara et Matteo Iacoviello, qui décrivent le risque géopolitique comme la menace, la matérialisation et l’escalade d’événements défavorables tels que les guerres, le terrorisme et les tensions politiques perturbant les relations internationales. J’adhère pleinement à cette définition plus large, car elle englobe non seulement les événements eux‑mêmes, mais aussi l’anticipation de ces risques, lesquels influencent les décisions d’investissement, le comportement des marchés et les cycles macrofinanciers mondiaux.

Des gros titres aux portefeuilles

L’instabilité géopolitique s’est de nouveau imposée comme un moteur majeur de la volatilité des marchés, influençant les stratégies d’investissement et les décisions des entreprises à l’échelle mondiale. Dans une période marquée par une gouvernance internationale fragmentée, des alliances changeantes et une montée du protectionnisme, comprendre ces dynamiques est devenu essentiel pour les gestionnaires des risques et les investisseurs.

L’environnement géopolitique actuel est de plus en plus imprévisible. Menaces et actions géopolitiques façonnent les marchés et continuent de jouer un rôle déterminant dans la gestion de fortune, orientant les décisions d’investissement à travers le monde.

La place financière suisse est confrontée à des défis majeurs dans un contexte d’incertitude globale croissante. Entre la poursuite des conflits en Ukraine et au Moyen‑Orient, l’intensification des tensions entre les États‑Unis et la Chine, les cybermenaces et le retour des différends tarifaires, la stabilité politique et économique de longue date de la Suisse est mise à rude épreuve. Pour le secteur financier suisse, cet environnement crée à la fois de nouveaux risques et des opportunités afin de renforcer sa réputation de valeur refuge pour les investisseurs et les entreprises.

Les risques géopolitiques et la gestion de fortune sont intimement liés, les événements mondiaux façonnant les paysages d’investissement. Les gestionnaires de fortune performants conservent une longueur d’avance en surveillant en permanence les tendances politiques et économiques, en s’adaptant aux évolutions réglementaires et en s’appuyant sur des stratégies fondées sur les données pour protéger les actifs de leurs clients.

Les principaux moteurs des risques géopolitiques

Les conflits persistants en Europe de l’Est et au Moyen‑Orient continuent de perturber les chaînes d’approvisionnement énergétique et le marché des matières premières. Le risque d’escalade, qu’il s’agisse d’actions directes d’États ou de guerres par procuration, demeure un événement extrême potentiel majeur pour les marchés mondiaux.

Le découplage des grandes économies, en particulier entre les États‑Unis et la Chine, redessine les flux commerciaux mondiaux. Les contrôles à l’exportation sur les technologies et les minéraux critiques créent des vulnérabilités dans les chaînes d’approvisionnement, tandis que les blocs commerciaux régionaux gagnent en importance.

Les élections dans les grandes économies, la montée des mouvements populistes et les tensions budgétaires accentuent l’incertitude. L’imprévisibilité des politiques publiques, allant des sanctions aux contrôles de capitaux, peut provoquer des dislocations soudaines.

Les risques géopolitiques peuvent se matérialiser sous forme de risques de crédit, de marché, opérationnels et de financement. Les chocs géopolitiques peuvent se transmettre aux banques et à leur environnement opérationnel par différents canaux. Un choc géopolitique peut affecter les banques via trois facteurs principaux : celui des marchés financiers, de l’économie réelle et de la sûreté et sécurité.

Les risques géopolitiques peuvent se répercuter sur les banques via le risque de crédit, le risque de liquidité et de financement, le risque de marché, le risque lié au modèle d’affaires, le risque opérationnel et la gouvernance. Les banques sont donc également tenues de prendre en compte les risques géopolitiques dans l’identification et la gestion de l’ensemble de leurs risques.

Selon moi, la capacité à gérer ces risques de manière proactive constituera un facteur de différenciation clé entre les gestionnaires de fortune et d’actifs de premier plan et les autres, alors que les clients exigent de plus en plus une expertise fondée sur les données pour protéger leurs portefeuilles. Par conséquent, les gestionnaires de fortune et d’actifs qui réussissent à intégrer une analyse géopolitique dans leurs cadres d’investissement seront mieux positionnés pour protéger et faire croître les actifs de leurs clients, tout en consolidant leur réputation dans un environnement imprévisible.

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