Quand l’eau manque, la valeur se tarit

21 octobre 2026

Quand l’eau manque, la valeur se tarit

Photo: Valentin Vigier © LFDE

Par Valentin Vigier, Responsable Recherche ESG, LFDE │Octobre 2026

L’été 2026, le plus chaud jamais enregistré en Europe, a brutalement rappelé que la raréfaction de l’eau n’est plus un risque lointain. L’ONU estime que nous sommes entrés dans une « ère de faillite hydrique mondiale »[1], alors que la demande mondiale en eau devrait augmenter de 20 à 30% d’ici 2050 sous l’effet de la croissance démographique, de l’urbanisation et de l’industrialisation.

Parce qu’elle représente près de 70% des prélèvements mondiaux d’eau douce, l’agriculture se trouve en première ligne. Toute l’industrie agroalimentaire est ainsi exposée à la baisse des rendements, à la volatilité des prix et à la fragilisation des approvisionnements. Si les couvertures contractuelles peuvent temporairement absorber le choc, elles ne peuvent l’annuler. L’énergie aussi est vulnérable : le manque d’eau réduit la production hydroélectrique et peut contraindre le fonctionnement des centrales thermiques ou nucléaires qui en dépendent pour leur refroidissement. Dans la logistique, la baisse du niveau des fleuves diminue la capacité de chargement des barges et accroît les coûts. Du canal de Panama aux grands corridors fluviaux européens, le manque d’eau devient un facteur de désorganisation des chaînes de valeur.

Des risques sous-estimés

Alors qu’une large part des secteurs économiques dépendent fortement de l’eau, les risques à long terme restent sous-estimés. Le prix payé par les entreprises reflète rarement la valeur économique réelle de l’eau ou le coût d’une interruption de production. Le reporting se limite souvent aux prélèvements directs des sites, or l’essentiel de l’empreinte se situe souvent en amont, dans les matières premières, l’énergie et les fournisseurs. Pour les plus grandes entreprises d’élevage par exemple, cette empreinte est 132 fois plus forte en moyenne que les chiffres communiqués. [2]

Pour les investisseurs responsables, évaluer la dépendance à l’eau sur l’ensemble de la chaîne de valeur est donc indispensable. Il devient impératif pour les entreprises de mesurer le coût d’un manque d’eau, intégrer un prix interne à l’instar du carbone, et accélérer les investissements d’économie circulaire.

Réutilisation

La réutilisation des eaux usées traitées, cantonnée à 11% dans le monde[3], offre une réponse prometteuse. À Argelès-sur-Mer, une installation conçue par Veolia peut recycler jusqu’à 1,3 million de mètres cubes par an et irriguer plus de 650 hectares de terres agricoles. Chaque mètre cube réutilisé réduit la pression sur les nappes, sécurise l’activité économique et limite les conflits d’usage. Face à l’aggravation des risques liés à l’eau, l’implémentation de plans d’adaptation est un impératif de résilience économique autant qu’une responsabilité environnementale.


[1] Rapport Global Water Bankruptcy, UN Institute for Water, Environment and Health

[2] FAIRR : The Global Livestock Sector Is Under-Reporting on a US$6.4 Billion Water Scarcity Risk

[3] Scaling Water Reuse Initiative — Half of every drop by 2045

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