Photo: Alexis Bienvenu © LDFDE
Par Alexis Bienvenu, Gérant, La Financière de l’Échiquier (LFDE)
Le 3 novembre prochain, les Américains se rendront aux urnes pour les élections de mi-mandat (midterms). Ils renouvelleront l’ensemble de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers du Sénat. Les agrégateurs de sondages, tels que RealClearPolling, accordent aujourd’hui aux démocrates une avance significative dans la course à la Chambre, actuellement républicaine. Les marchés de prédiction, de leur côté, leur accordent un léger avantage pour reprendre le Sénat. Toutefois, rien n’est joué : un Congrès partagé entre une Chambre démocrate et un Sénat républicain demeure un scénario crédible. À l’inverse, le maintien du contrôle républicain des deux chambres paraît aujourd’hui peu probable.
De ces élections dépendra notamment l’orientation des dépenses publiques. Les démocrates chercheraient à diriger davantage les dépenses vers la santé, les infrastructures publiques et la transition énergétique. Les républicains, davantage en difficulté sur le coût de la vie depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, mettraient davantage l’accent sur des baisses d’impôts, la déréglementation et le renforcement du budget de la défense.
Mais derrière ces orientations divergentes se cache un consensus peu questionné : le recours massif à l’endettement public. Comme l’a observé l’ancien président républicain de la Chambre, Paul Ryan, traditionnel défenseur de la discipline budgétaire, « les deux partis sont devenus des partis populistes ».
Or cette dépendance à l’endettement va devoir affronter prochainement deux défis de grande ampleur.
Le premier est le plafond de la dette, c’est-à-dire le montant maximal d’endettement autorisé par le Congrès. Celui-ci est actuellement fixé à 41 100 milliards de dollars, tandis que la dette fédérale a déjà dépassé 40 000 milliards. Sur le périmètre plus large pris en compte par le FMI, la dette brute de l’ensemble des administrations publiques représente 126% du PIB. Dans un contexte de déficit fédéral proche de 6 % du PIB, le Bipartisan Policy Center estime que le plafond pourrait être atteint entre la fin de l’hiver et le milieu de l’été 2027. Cela ne provoquerait pas immédiatement un défaut : le Trésor disposerait ensuite de plusieurs mois de mesures extraordinaires avant la véritable échéance critique. Mais, à moins que les élus sortants ne règlent la question avant l’installation du nouveau Congrès le 3 janvier 2027, cette échéance promet un nouvel affrontement politique particulièrement tendu au cours de l’année à venir. Même si un accord devrait être trouvé avant l’échéance ultime, il pourrait être précédé de fortes tensions politiques, occasionnant une volatilité accrue sur les marchés financiers, inquiets du brouillard budgétaire émanant de Washington.
Mais une fois le plafond de la dette relevé, un deuxième défi attend la dette américaine, quel que soit le résultat des élections : à quel coût le Trésor pourra-t-il continuer à se financer ?
Actuellement, selon le Congressional Budget Office (CBO), la charge nette d’intérêts représente déjà 3,3% du PIB, davantage que le budget de la défense. Mais une partie de cette dette a été financée à des taux très faibles, typiques de la période précédant 2022. Cette charge est donc appelée à augmenter, en raison de l’élévation non seulement du niveau de la dette, mais aussi du niveau des taux. En février 2026, le CBO anticipait déjà un niveau de 4,6% pour la charge nette d’intérêts à l’horizon 2036. Mais les taux ont monté depuis, ce qui devrait alourdir progressivement la facture. À cela s’ajoute le fait que le besoin de refinancement public entre en compétition avec la mobilisation accrue de capitaux par les acteurs de l’écosystème de l’IA, qui doivent financer leurs investissements colossaux. La conséquence, comme le souligne Larry Fink, le dirigeant de BlackRock, est que la course au capital a rarement été aussi féroce aux États-Unis[1].
Dans cet environnement tendu, il serait essentiel que les investissements dans l’intelligence artificielle produisent des gains de productivité notables. Dans le cas contraire, la compétition pour l’épargne se traduirait par un coût du capital plus élevé. Le sort de la dette américaine est donc en partie lié à celui de l’IA.
Certes, pour le moment, les acteurs de l’IA, à l’exception des plus fragiles, trouvent encore à mobiliser aisément les capitaux, de même que l’État américain. Les électeurs peuvent donc remiser à l’arrière-plan la question de la dette. Mais elle refera inévitablement surface. Le véritable prochain rendez-vous politique de la nation pourrait donc bien ne pas se situer le soir du 3 novembre 2026, mais plutôt au cours de l’année 2027, lorsque les nouveaux élus devront convaincre les investisseurs américains et internationaux de continuer à financer le pays à un coût supportable dans un monde où la concurrence pour les capitaux, et pas seulement pour les électeurs, fait rage.
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[1] America Needs More Capital, The Wall Street Journal, 14.10.2026
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