Digital : Sécurité ou liberté, faut-il choisir ?

8 mai 2016

Je sécurise les postes clients informatiques depuis plus de 20 ans. Le plus difficile reste toujours d’y sensibiliser l’utilisateur lui-même. C’est un comble de voir que sous couvert de mieux nous « sécuriser », il est absolument nécessaire de doter les gouvernants, des moyens de pénétrer sur nos équipements numériques en toute impunité. Tablettes ou smartphones sont de véritables puits d’information sur nous, nos usages, nos déplacements, nos envies, nos fantasmes… Nous transmettons même des informations confidentielles sur les autres avec la totalité de nos contacts (code de porte d’immeuble, anniversaire, pseudo Facebook, mobile, adresse privée, email privé…) C’est cadeau ! Contre une application boussole « gratuite », qui demande vos coordonnées GPS et l’accès à tous vos contacts…

Facebook a racheté WhatsApp 42$ par profil usager, total 19 Milliards $. Pour une application sans publicité qui demandait initialement 1$ annuel après la première offerte ? C’est devenu gratuit, inutile de faire semblant ! Vos données sont bien trop précieuses pour prendre le risque de vous perdre pour 1$, surtout afin de capter ceux en dessous de 16 ans. Facebook et Google demandent à faire baisser la limite légale de 13 ans à 8 ans. Ils demandent le NON-anonymat, de s’afficher en clair. Si vous souhaitez être anonyme, c’est que vous êtes suspect !

«Même si nous n’avons rien à dire, nous devons défendre la liberté d’expression ! De même pour la vie privée, même sans avoir rien à cacher, il faut la défendre !»
(Edouard Snowden)

Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) prônent la fin de la vie privée et disposent d’une telle manne d’information sur nous, qu’ils peuvent prédire si un couple qui s’annonce sur Facebook, va durer plus de 6 mois, ou pas…

La NSA (le renseignement américain) peut accéder à cette mine d’informations sur toutes les personnes. Ils étaient obligés de faire cela illégalement avant le 11 septembre. Mais ce n’est plus le cas grâce au ‘Patriot Act’ et son programme PRISM (Le documentaire « CitizenFour » sur Edouard Snowden est disponible et un autre film romancé va sortir).

Nous trouvons normal qu’un policier ne puisse pas faire irruption chez nous pour fouiller nos classeurs de comptabilité ou nos affaires privées, sans le faire à une heure acceptable, et avec le mandat de perquisition dûment approuvé par un juge. Il aura estimé la légitimité d’une telle ingérence. C’est notre droit, la protection de notre vie privée durement acquise par nos ancêtres au fil des générations !

Alors pourquoi devrions-nous accepter qu’un enquêteur, même officiel, puisse s’introduire, dans nos fichiers de comptabilité informatique et nos courriels à notre insu et à toutes heures ? Est-ce moins violent parce que cela est plus discret ?

Accepterions-nous à nos gouvernants, d’ouvrir notre boîte à lettre pour y puiser nos courriers, regarder la couleur et le nom de l’expéditeur, et recopier le contenu de celles qu’ils sélectionnent? Ou d’exiger l’utilisation de cartes postales sans enveloppe, pour nos courriers partants, comme ce fût le cas en France, sous l’occupation allemande… ? Ne serait-ce pas là un comportement digne des pires dictatures ?

Alors, comment se fait-il qu’en France, cela est devenu légal ? Leur loi LRENS passée un mois après l’attentat de Charlie Hebdo en 2015 autorise la surveillance massive, avec l’accord de 60% des français d’après les sondages, mais 86% des élus au parlement? Certes, LRENS-FR ne concerne que les métadonnées (pas les contenus, uniquement titres et destinataires…). Mais la LPM (Loi sur la Protection Militaire), votée par le sénat Français fin 2013, permet au ministère de l’intérieur d’exiger des opérateurs du « Cloud souverain » (Datacentres en France, par exemple OVH), une copie des données sans devoir passer par un juge. C’est la version française du ‘Patriot Act’, très probablement pas plus conforme à la constitution européenne concernant la protection des données privées que la version US.

Chers citoyens suisses, en septembre nous devrions accepter, ou demander la révision de la nouvelle loi sur le « renseignement » en Suisse. Nous sommes inquiets et nous souhaiterions être certains de faire le bon choix. C’est notre métier de conseiller, nous sommes rodés pour nous méfier de nos propres biais cognitifs et c’est pourquoi nous réfléchissons à plusieurs. Je ne suis qu’un informaticien, nous avons besoin de votre regard, de votre compréhension de cette loi, juriste ou pas, digital addicts ou pas, entreprises ou privés. Venez nous rejoindre avec les ‘baroudeurs’ informatiques d’ICT-a.ch, afin d’organiser une ou plusieurs tables rondes, entre nous, avec des gens bienveillants : http://j.mp/LOI-RENS

Ce « meetup » a la sympathie de ne pas exposer votre email, même aux organisateurs (Netquared.org et moi-même), mais évidemment parfaitement accessible par la NSA. N’ayez pas peur d’y venir toutefois, car de toute façon, votre email et votre nom, ils les connaissent déjà, et bien plus encore…!

 

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