Dis-moi comment tu te tiens, je te dirai qui tu es…

1 juin 2026

Dis-moi comment tu te tiens, je te dirai qui tu es…

Photo: Osman Aydogdu ©

Champions et patients ordinaires, le kinésithérapeute Osman Aydogdu nous met en forme olympique

Les événements sportifs d’ampleur les exposent particulièrement à l’instar de la Coupe du monde de football qui s’annonce. Les physiothérapeutes – communément appelés kinésithérapeutes – sont un rouage essentiel à la performance athlétique. Au chevet des champions et de l’Homme moderne, le métier est à l’intersection d’enjeux à la fois sanitaires et sociétaux. La posture raconte le vécu d’une personne avec la précision d’un scanner 4.D. Déséquilibres anatomiques, maladies chroniques, inflammations, blessures, chocs émotionnels…Tout est interconnecté dans ce qui remonte à la surface. Le Monde Economique a questionné le praticien Osman Aydogdu qui élève la discipline de physiothérapeute.

Par Sabah Kaddouri

Les champions ont un temps d’avance sur la connaissance de leurs corps et s’appuient depuis toujours sur les physiothérapeutes pour exceller dans leurs disciplines. Le praticien Osman Aydogdu œuvre à leurs côtés, mais aussi en médecine de ville où il observe les incidences de la sédentarisation de notre société. Le télétravail, les écrans, la diminution des activités physiques quotidiennes, l’ubérisation de nos modes de consommation favorisant les livraisons… Autant de facteurs ayant profondément modifié notre rapport au mouvement. Le corps est de plus en plus sollicité dans des positions statiques, souvent prolongées, ce qui favorise l’apparition de douleurs et de troubles fonctionnels. L’addition clinique intervient quand il est trop tard pour corriger la posture musculosquelettique impactant la mobilité du corps et, in fine, son autonomie. Diplômé de l’Ecole de Kinésithérapie de Liège en Belgique et du Collège Ostéopathique Européen de Cergy-Pontoise (désormais appelé Humanis) en France, le Docteur Osman Aydogdu a conscience de son rôle sociétal pour répondre à ces enjeux de santé publique.

« Que ce soit pour un usage professionnel ou personnel, nous passons tous un temps non négligeable sur les écrans. A longueur de journées, le corps aura tendance à s’incliner davantage sur un côté, les yeux ne seront pas équitablement engagés selon son obliquité. De fait, c’est comme si une goutte d’eau s’accumulait lentement jusqu’au jour où le vase se mettrait à déborder. La conséquence est d’avoir accumulé une fatigue menant à des déséquilibres corporels et à l’émergence de pathologies. J’ai particulièrement étudié le sujet à travers un cursus en reprogrammation neuro-motrice afin d’intervenir sur la posturologie clinique de manière très poussée en dynamique, ceci couplé à la physiothérapie du sport et à l’orthokinésie. Le corps est système. Tout s’emboîte. Je prône la médecine de personnalisation en interrogeant également la génétique du patient. », expose Osman Aydogdu.

Le spécialiste a décidé de mettre son savoir au service d’une patientèle « plus ordinaire » que celle des champions sportifs qu’il accompagne ponctuellement désormais. Souhaitant ainsi faire une pierre deux coups en rééquilibrant son quotidien autrefois rythmé par de nombreux déplacements continentaux pour suivre les athlètes en compétition, et cherchant à présent à se stabiliser en région parisienne. Objectif : développer son offre médicale innovante. « Je veux proposer des adaptations réalistes, compatibles avec la vie de chacun. Dans les grandes villes, les personnes actives manquent de temps pour intégrer dans leur routine des exercices simples mais réguliers qui, à terme, feront la différence. Chez moi, le premier rendez-vous de bilan est fondamental car il s’agit de parcourir l’aspect clinique comme les freins psychologiques. Je cherche à savoir comment le patient se positionne vis-à-vis de sa pathologie, de ses problématiques. Au préalable de tout protocole, le kinésithérapeute doit évaluer la charge mentale et les habitudes de vie intrinsèquement liées à la condition physiologique. », souligne le Dr Osman Aydogdu.

Dans la conversation, le médecin dresse souvent le parallèle entre entrepreneurs et sportifs de haut niveau face aux défis. Certains dirigeants préparent pendant des mois un rendez-vous stratégique qui ne durera que quinze minutes ; Pourquoi l’entrepreneur n’a-t-il pas le même réflexe qu’un sportif en venant consulter un kinésithérapeute en amont pour être au maximum de ses capacités cognitives et physiques le jour J ? Et quid de ces personnes en responsabilités qui président à la destinée de milliers, millions d’êtres humains en un bouton ?

C’est le genre de questions qui nourrit sans relâche son désir d’étudier, de comprendre, de façonner, d’innover pour casser un malentendu : la physiothérapie n’est pas que l’art de prodiguer des massages ciblés ou d’inviter ses patients à s’étirer sur une machine de gymnastique. Un non-sens pour le praticien. Son espèce deviendra de plus en plus rare à l’avenir car la nouvelle génération de confrères se heurte au rouleau compresseur de l’intelligence artificielle. « La différence d’approche entre un champion de haut niveau et un patient lambda réside dans le timing ; l’athlète me dira que dans X temps il a une échéance sportive et doit être prêt. Je dois donc intégrer plusieurs facteurs pour déclencher un processus de cicatrisation rapide afin qu’il soit prêt à jouer le jour J, puis basculer en mode récupération les semaines suivantes. J’utilise son mental, stimule sa capacité de cicatrisation et exerce ma discipline au niveau de la biomécanique. Bien sûr, ce travail se mène en coordination avec d’autres corps de métier comme la médecine généraliste, cependant c’est à travers ma pratique que le compétiteur pourra courir, sauter, marcher, se mouver. », nuance Osman Aydogdu.

Tout est calculé pour amoindrir la douleur du sportif lors de la compétition. Pour les plus mal-en-point, mais déterminés à concourir, le niveau de douleur pourra être abaissé à hauteur de 30%-40% au lieu de 90%. « C’est de la douleur, certes, pas de l’incapacité médicale. Pour violenter son corps, il faut savoir comment le système immunitaire et de cicatrisation fonctionne. On a dans le corps des récepteurs à activer à bon escient. », détaille ce guérisseur qui a permis à de nombreux champions d’aller chercher la victoire sans être à leurs pleins potentiels. Miracle ? Non, une expertise pointue du corps humain, de son pouvoir de guérison et de l’ultra-personnalisation des soins.

Justement, quels sont les prérequis pour lire en un toucher les dysfonctionnements corporels ? Et plus encore, pour pouvoir soigner ? La physiothérapie est une école très exigeante imposant la maîtrise de l’anatomie, de la physiologie, la médecine interne, de spécialités comme la réadaptation orthopédique, neurologique, la pédiatrie, la gériatrie, la kinésithérapie respiratoire, le sport, la traumatologie, l’ergonomie, la biomécanique, l’imagerie médicale… Une formation parmi les plus complètes qui n’empêche pas ce grand professionnel de se poser en éternel élève, toujours en quête de compréhension, de remise en question et d’idées créatives pour optimiser son efficacité thérapeutique. Un vrai praticien augmenté. Le Dr Aydogdu est allé jusqu’à étudier la micronutrition et le génome humain pour l’appliquer à la génétique sportive.

« Je suis le seul kinésithérapeute à détenir un diplôme en génétique sportive délivré en Turquie. C’est l’unique pays au monde à avoir développé ce concept scientifique pionnier et à l’avoir breveté. Grâce à cet apprentissage, j’ai pu conduire une réflexion de fond sur la physiothérapie, la prévention, la génétique et le sport. A mon tour, je forme des confrères à cette approche. Pourquoi des sportifs de haut niveau décèdent-ils dans leurs chambres d’hôtel après une compétition ? Il faut investiguer ce sujet trop hâtivement cantonné aux problématiques cardiaques. ».

L’eau est également un élément vital pour le Dr Osman Aydogdu qui a mené des recherches sur le PH de l’eau pour traiter les inflammations et les pathologies. En recourant à la haute fréquence dans certains soins, il veut pousser les cellules récalcitrantes à accueillir les vibrations thérapeutiques. « Comment l’acidité d’une cellule est-elle évacuée après l’effort ? Quel aliment ingurgiter pour apaiser son organisme ? Où réaxer son énergie ? ». Le praticien regarde toujours du côté des angles morts de la médecine moderne qui se doit d’être holistique, exhaustive.

Et de conclure que la Suisse reste un pays avancé sur ces questions. « La Suisse identifie la dysfonction avant la pathologie, s’intéresse au lien avec la longévité depuis longtemps. Je salue l’école helvétique d’où continuera d’émerger des prises en charge disruptives. », confie-t-il.

L’avenir du métier et de la Santé avec un grand S s’inscrit aussi dans l’attention portée à la jeunesse. Le médecin Belgo-turc consacre également un temps non négligeable aux enfants à travers les académies de football de Galatasaray, concept dont il est l’instigateur en France. L’homme y accueille des enfants en décrochage scolaire pris dans la spirale des écrans et de la sédentarisation. Il les reconnecte au sport et à la vie sociale en leur conférant un cadre où s’apprend la discipline, l’esprit d’équipe, le dépassement de soi. Inspirant.

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