Le greenwashing, un défi collectif

11 janvier 2022

Photo © LFDE

Par Coline Pavot – Responsable de la Recherche Investissement Responsable, La Financière de l’Echiquier

Face au greenwashing ou à certaines démarches marketing agressives ou excessives, quelques questions peuvent éclairer. S’agit-il d’un fonds bas carbone ? D’un fonds qui investit dans des entreprises en transition ? D’un fonds qui investit dans des solutions comme les énergies renouvelables ? Quelles sont les exclusions « climatiques » du fonds ? La présentation du fonds est centrale car les réalités sous-jacentes peuvent être très diverses.

Les multiples visages de l’ISR 

Selon nous, il n’y a pas une façon unique ou une bonne façon de faire de l’ISR et d’investir en faveur du climat. Il en existe une multitude. Elles sont complémentaires et adaptées aux différentes typologies et aspirations des clients. Certains fonds et clients préféreront exclure les énergies fossiles, alors que d’autres choisiront d’investir dans les acteurs du secteur ayant enclenché sincèrement leur transition et souhaiteront contribuer à son accélération par leur engagement. L’important est que le message adressé à l’investisseur soit clair, pour ne laisser aucun doute sur ce que va financer son épargne. Pour cela, la transparence de la société de gestion est primordiale. Sa méthodologie ainsi que ses investissements doivent être accessibles à tous et clairement exposés, notamment par la publication de reportings sur des indicateurs de performance ESG, dont des indicateurs climatiques. Pour nous, la transparence est cruciale, nous cherchons à l’être le plus possible, l’ensemble de notre documentation est par exemple librement accessible sur notre site internet.

Des labels pour se repérer en l’absence d’uniformité 

Les labels sont un moyen pour les épargnants de se repérer dans la jungle des fonds ISR disponibles sur le marché. Ils garantissent aux épargnants que les fonds labellisés suivent un processus de gestion rigoureux permettant de sélectionner des émetteurs vertueux avec un certain degré de sélectivité.  Les labels sont également garants de la mise en place d’une démarche de vote et d’engagement, pour un fonds et en exigent ainsi une certaine transparence. Toutes ces garanties ne sont par exemple pas incluses dans la classification SFDR que certains souhaitent voir remplacer le label. Le problème aujourd’hui réside dans le manque d’uniformité des différentes réglementations, notamment entre la doctrine de l’AMF, le cadre européen et le cadre international. Le tsunami réglementaire que nous affrontons mobilise le temps des équipes ISR des sociétés de gestion, sans compter le flou qui plane sur ce cadre  et rend son application complexe et hétérogène. La doctrine AMF est probablement la réglementation la plus aboutie. Son cadre est clair, elle est contrôlée et appliquée par l’AMF, et elle est exigeante. Ce qui n’est pas le cas de la SFDR par exemple. Le poids pris par SFDR ces derniers mois nous semble démesuré. Comme cette règlementation européenne laisse l’interprétation libre, cela induit un flou entre les sociétés de gestion et pour les clients. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux à vouloir adopter SFDR comme référentiel pour la sélection de leurs fonds auxdépens des labels ou d’une analyse propriétaire plus approfondie, ce qui nous semble dommageable.

Le savoir-faire, un outil clé

Plusieurs affaires ont la vertu de rappeler aux acteurs de la finance durable qu’il est préférable de commencer par « savoir-faire » avant de « faire savoir ». La pression pour les sociétés de gestion à vouloir s’afficher 100% ISR est grande, mais cela ne doit pas se faire aux dépens de la qualité de la démarche d’intégration des critères ESG dans la gestion. Ces premières sanctions illustrent le fait que la finance durable est un sujet complexe. La pédagogie et la transparence sont essentielles afin de pouvoir communiquer sur nos activités auprès du grand public et ainsi être compris. 
Peu d’initiatives agissent selon nous contre le greenwashing. Les Principes pour l’Investissement Responsables des Nations Unies (UN PRI) ont renforcé il y a quelques années leurs critères d’éligibilité mais cela n’a pas réellement permis l’exclusion des acteurs les moins ambitieux. En mars 2021, la Net Zero Asset Manager Initiative a demandé à ses signataires de concrétiser leurs engagements climatiques par des objectifs chiffrés et en choisissant un scénario de référence comme base commune. Une façon de sortir du déclaratif et d’entrer dans le concret pour limiter le risque d’annonces qui n’auraient pas été suivies d’actes.

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