Jusqu’où les prix du pétrole peuvent-ils évoluer?

19 juillet 2021

Alors que la réunion de juillet de l’OPEP+ s’est achevée sans qu’aucun accord n’ait été trouvé après trois jours de discussions, le Brent et le WTI ont enregistré des sommets sur deux ans, autour de 77 dollars le baril, ce qui a porté la performance du pétrole brut depuis le début de l’année à plus de 45 %, bien que les prix aient légèrement baissé par rapport à leur sommet de la semaine dernière en raison de l’incertitude entourant les décisions futures de l’OPEP+, de la hausse du dollar américain et de la résurgence du COVID-19.

Les prix du pétrole sont effectivement orientés à la hausse depuis quelques mois maintenant. Si la réouverture des économies et les campagnes de vaccination ont soutenu la demande mondiale de pétrole – comme en témoignent les stocks américains qui continuent de baisser – les attentes d’un regain de conduite des Américains ainsi que l’augmentation du trafic aérien avant l’été figurent également parmi les facteurs expliquant la récente remontée des prix du pétrole brut. Pour ce qui est de l’avenir, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la demande mondiale de carburants liquides devrait retrouver son niveau pré-pandémique d’ici la fin de 2022, avec une augmentation de 5,3 millions de b/j en 2021 et de 3,7 millions de b/j supplémentaires en 2022.
L’OPEP prévoit même une augmentation de 6 millions de b/j en 2021.

Graphique 1: AIE -Perspectives de l’offre et de la demande de pétrole de l’EIA
(millions de barils par jour)
  Sources : IWM, EIA
D’autre part, les facteurs liés à l’offre sont toujours de mise pour soutenir la hausse des prix. Si l’OPEP et ses alliés ont lentement restauré une partie de leur production depuis le deuxième trimestre 2020, les restrictions se situent toujours autour de 5,8 millions de barils par jour (contre 10 millions en avril 2020, lorsque l’OPEP+ a approuvé un plan de réduction de la production alors que les prix du pétrole chutaient drastiquement).

Ainsi, la récente réunion de l’OPEP+ s’est déroulée dans ce contexte où la demande de pétrole dépasse sa contrepartie en termes d’offre. Dans un premier temps, le conglomérat semblait prêt à approuver un accord qui assouplirait les limitations de production existantes de 400 b/j supplémentaires par mois d’août à décembre 2021 (ce qui signifie une augmentation de la production de 2 millions de b/j avant 2022). Toutefois, la proposition, qui prévoyait également le report de l’expiration de l’accord sous-jacent sur les restrictions à la fin de l’année 2022, n’a pas obtenu le feu vert des Émirats arabes unis.

La raison de cette objection réside dans le désir des EAU de voir leur objectif de production nivelé vers le haut, car ils ont investi des milliards de dollars dans leur capacité de production et considèrent que la base de référence utilisée par l’OPEP+ pour définir son objectif de production ne reflète pas cette nouvelle capacité. Le problème est qu’un tel changement impliquerait également de revoir les quotas des autres membres, certains d’entre eux, comme la Russie, voyant leur objectif de production abaissé. De son côté, l’Arabie saoudite recherche la stabilité et veut éviter la volatilité des prix qui pourrait résulter d’une absence d’accord entre les membres.

Ainsi, la réunion de juillet s’est terminée sans que le cartel de l’OPEP ne parvienne à un accord, ce qui a fait naître des incertitudes chez les investisseurs, qui se sont ajoutées à celles déjà existantes concernant le retour ou non de l’Iran sur les marchés pétroliers (si les sanctions à l’encontre de l’Iran étaient levées, ce pays pourrait exporter entre 1 et 1,5 million de barils par jour). Malgré ce manque de visibilité sur le court terme, on peut mettre en avant différents scénarios. Un scénario haussier serait que la production du conglomérat OPEP+ reste inchangée avec des augmentations contenues des plateformes pétrolières américaines, tandis que la consommation continuerait d’augmenter, ce qui signifierait un marché pétrolier plus serré pour la fin de l’année et donc des prix du pétrole plus élevés, certains analystes voyant une possibilité de 90 à 100 dollars par baril. À l’inverse, une absence d’accord pourrait également amener les producteurs à ignorer les objectifs de production, ce qui entraînerait des hausses de production, mais de manière plus chaotique. En outre, la possibilité d’une guerre des prix entre les pays de l’OPEP+ n’est pas négligeable, bien que l’impact négatif sur les prix soit atténué par un marché mondial qui est déjà en déficit de 2,5 millions de b/j et qui aurait besoin de 5 millions de b/j supplémentaires d’ici la fin de l’année pour éviter des stocks trop bas, selon Goldman Sachs. En dehors de ces scénarios, le cas de base serait la conclusion d’un accord dans les semaines à venir, ce qui entraînerait une augmentation progressive des prix du pétrole d’ici la fin de l’année avant de se calmer en 2022.

Cela étant, la situation globale de la demande pour les mois à venir reste favorable. D’un point de vue plus global, l’atteinte de niveaux record par le pétrole brut pourrait alimenter les craintes d’inflation et remettre en question le discours transitoire de la Fed sur l’inflation, tandis que le compte rendu de la réunion du FOMC de juin a montré que la réduction des achats d’actifs pourrait commencer plus tôt que prévu, compte tenu de l’amélioration des perspectives économiques. La semaine dernière, l’administration Biden a également fait part de ses inquiétudes concernant la hausse des prix du pétrole au cours des derniers mois, indiquant qu’elle souhaitait que l’OPEP+ augmente sa production.

Les prix du pétrole brut américain s’accélèrent en raison de la hausse de la demande, comme le montrent les chiffres des stocks
(barils en millions (LHS), WTI en dollars (RHS))
 
——Stocks de pétrole brut aux Etats-Unis —–Cours à terme du WTI
Sources : IWM, Bloomberg

Adrien Roure
Investment Strategy Analyst

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