La flambée des énergies fossiles ne remet pas en cause la dynamique des renouvelables

15 avril 2026

La flambée des énergies fossiles ne remet pas en cause la dynamique des renouvelables

Par Benedict Fatio, Responsable du marché francophone chez DNB Asset Management 

Les conflits géopolitiques ont replacé les marchés de l’énergie au centre de l’attention. La hausse des prix du pétrole et du gaz, dans un contexte d’escalade des tensions au Moyen-Orient, entraîne à court terme un regain d’intérêt des investisseurs pour les énergies fossiles. Mais derrière ce rebond conjoncturel, les fondamentaux restent fragiles, et il apparaît déjà que les gagnants de long terme pourraient bien se trouver ailleurs.

Paradoxalement, les crises énergétiques d’origine géopolitique ne freinent plus aujourd’hui l’électrification et tendent au contraire à l’accélérer. En mettant en lumière la vulnérabilité des systèmes reposant sur les énergies fossiles, elles renforcent la nécessité d’un modèle énergétique plus résilient.

À court terme, le mécanisme est clair : la hausse des prix de l’énergie soutient les marges des producteurs traditionnels de pétrole et de gaz. Dans un environnement marqué par des contraintes d’approvisionnement et des niveaux de production relativement stables, les groupes fossiles bénéficient de la hausse des prix de marché. Les marchés actions réagissent logiquement dans le même sens. Mais cette dynamique reste trompeuse.

Historiquement, un pétrole cher finit généralement par freiner la demande et par accroître la volatilité des marchés, ce qui complique les décisions d’investissement à long terme. À cela s’ajoute une fragilité plus profonde : les énergies fossiles restent étroitement liées au contexte géopolitique et demeurent, de ce fait, particulièrement exposées aux crises.

À l’inverse, une transformation de fond est en train de s’accélérer et elle se reflète de plus en plus clairement dans les marchés financiers. Les énergies renouvelables ont désormais atteint une nouvelle échelle. Depuis 2025 elles produisent à l’échelle mondiale davantage d’électricité que le charbon. Leur part continue de progresser et pourrait atteindre environ 36 % dès 2026.

Pour les investisseurs, l’enjeu est désormais de comprendre comment cette évolution se traduit en opportunités concrètes. La chaîne de valeur de la transition énergétique est vaste, de la production d’énergie aux solutions d’efficacité, en passant par la transformation industrielle. Plusieurs entreprises spécialisées se positionnent déjà sur différents segments de cette dynamique.

Ørsted illustre par exemple le développement des capacités de production d’énergie renouvelable, notamment dans l’éolien offshore. Darling Ingredients répond à la montée des besoins en efficacité des ressources et en intrants durables, tandis que Novonesis (Novozymes) contribue à rendre les procédés industriels plus efficaces et plus durables grâce à des solutions biotechnologiques. Ces entreprises incarnent plusieurs piliers clés de la transition énergétique, de la production d’électricité à l’économie circulaire et à l’amélioration de l’efficacité industrielle.

La logique d’investissement diffère ainsi fondamentalement de celui des énergies fossiles. Là où les groupes pétroliers et gaziers restent très dépendants des fluctuations de prix à court terme, la croissance des énergies renouvelables repose de plus en plus sur une demande structurelle. 

La forte hausse attendue de la demande en électricité constitue l’un des principaux moteurs de cette dynamique, en particulier sous l’effet de la digitalisation et de l’intelligence artificielle. Les infrastructures de data centers devraient voir leurs besoins énergétiques croître fortement, accentuant la pression sur les réseaux électriques. 

Le mouvement est renforcé par une allocation de capitaux massive. À l’échelle mondiale, environ 2 200 milliards de dollars ont récemment été investis dans les énergies renouvelables, dont une part significative dans le solaire, les réseaux et les solutions de stockage par batteries. Ces investissements sont moins cycliques que dans le secteur fossile et répondent davantage à des objectifs économiques et politiques de long terme. 

La question de la souveraineté énergétique prend elle aussi de l’ampleur. Chaque kilowattheure supplémentaire produit à partir de l’éolien ou du solaire réduit la dépendance à des régions géopolitiquement sensibles. Dans un environnement marqué par une incertitude croissante, ce facteur devient de plus en plus déterminant dans les décisions d’investissement.

Les énergies fossiles peuvent donc bénéficier des crises à court terme et offrir des opportunités tactiques. Sur le plan structurel, les tendances restent toutefois favorables aux énergies renouvelables, soutenues par la hausse de la demande, l’ampleur des investissements et la montée en puissance des technologies.

Les entreprises positionnées tout au long de la chaîne de valeur de la transition énergétique, de la production à l’efficacité énergétique en passant par les infrastructures de réseau, sont particulièrement bien placées pour bénéficier de ces tendances de fond. C’est précisément sur ces segments que se concentrent les stratégies d’investissement spécialisées. 

Le principal défi reste toutefois celui de la sélection. Même au sein d’un marché des énergies renouvelables en forte croissance, toutes les entreprises ne bénéficieront pas de cette dynamique dans les mêmes proportions. Les investissements les plus pertinents se concentrent sur les acteurs les mieux positionnés tout au long de la chaîne de valeur, de la production d’énergie à l’efficacité, jusqu’aux nouvelles solutions industrielles.

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