La tour de PISA

13 septembre 2026

La tour de PISA

Par Enguerrand Artaz, Stratégiste, La Financière de l’Échiquier (LFDE)

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Enguerrand Artaz © LFDE

Les premiers résultats de la dernière enquête PISA, qui mesure la capacité des élèves de 15 ans à mobiliser leurs acquis en lecture, mathématiques et sciences, a fait grand bruit dans l’Hexagone. Il faut dire que le classement de la France, déjà peu flatteur lors de l’enquête de 2022, s’est encore dégradé. Mais elle est loin d’être la seule concernée par la baisse du niveau de maîtrise des compétences scolaires et fonctionnelles. Déjà en forte chute en 2022 par rapport à l’étude de 2018, les compétences en mathématiques et en lecture notamment ont fortement reculé dans l’OCDE. Entre 2015 et 2025, la baisse est de 28 points en lecture et de 22 points en mathématiques, soit, selon la convention de l’OCDE, l’équivalent d’un 1 an à un an et demi d’apprentissage en moins.

Les causes invoquées sont nombreuses : impact de la crise covid, omniprésence des écrans, baisse d’exigence dans la transmission des savoirs fondamentaux… Les raisons de cet effondrement devront faire l’objet d’un diagnostic précis. Mais il est aussi pertinent de s’intéresser aux potentielles conséquences à long terme d’un tel phénomène, notamment sur le plan économique. Les travaux des chercheurs Eric Hanushek et Ludger Woessmann[1], ainsi que l’actualisation de leurs recherches publiée en 2023 par Gabriel Heller-Sahlgren et Henrik Jordahl[2], ont démontré la corrélation à long terme entre compétences cognitives de la population et croissance économique.

Ils dégagent deux mécanismes distincts. D’une part, le socle de compétence minimal de la majorité des élèves, qui joue sur l’employabilité, la capacité à adopter de nouvelles technologies et, in fine, sur la productivité moyenne. De l’autre, la partie supérieure de la distribution, autrement dit les compétences des élèves les plus doués, qui joue davantage sur la capacité d’innovation, la recherche et l’entrepreneuriat technologique. L’actualisation des recherches de 2023 conclut d’ailleurs sur ce point : la proportion d’élèves très performants présente une corrélation plus forte avec la croissance à long terme que la seule proportion de la population atteignant un niveau de compétence minimale.

De ce point de vue, la bonne nouvelle de l’étude PISA 2025 réside dans le fait que la proportion d’élèves très performants a peu évolué par rapport à 2015. Pour autant, la chute de certaines compétences a été manifeste même dans les déciles les plus performants, en particulier en ce qui concerne la compréhension écrite. De plus, l’OCDE souligne un recul des compétences – en compréhension écrite – les plus essentielles à l’ère de l’IA : évaluation de l’information, capacité à établir des liens entre plusieurs sources, esprit critique. Le risque paraît double : d’une part, la baisse de l’employabilité et de de la productivité moyenne de la population, a fortiori si les compétences qui se dégradent sont celles qui lui permettraient d’être complémentaire à l’IA, et non substituable par elle ; d’autre part, une dégradation des compétences y compris dans les déciles les plus performants, avec le risque de voir baisser la proportion d’élèves très performants, dont la corrélation avec la croissance à long terme est la plus forte.

Il faut toutefois apporter quelques nuances. D’abord, l’enquête PISA ne mesure qu’une partie du capital humain et ne peut donc constituer une mesure exhaustive de la productivité future. Ensuite, l’état des compétences mesuré à l’âge de 15 ans n’est pas figé et peut être rattrapé au cours des années suivantes et dans l’apprentissage professionnel. Enfin, un mouvement sur une décennie ne suffit pas pour effectuer des calculs précis d’impact à long terme. Il n’en reste pas moins que la performance éducative ne peut être abordée sous le seuls angles sociaux ou sociétaux. Son impact économique à long terme est réel et les tendances récentes dans de nombreux pays appellent à une prise de conscience urgence.


[1] Do better schools lead to more growth? Cognitive skills, economic outcomes, and causation, Eric A. Hanushek, Ludger Woessmann, 14.07.2012.

[2] Test scores and economic growth: update and extension, Gabriel Heller-Shalgren, Henrik Jordahl, 19.01.2023

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