Le torchon brûle entre Apple et Facebook

12 janvier 2021

La nouvelle mise à jour d’Apple n’est pas du tout appréciée par le géant du réseau social Facebook. Ce dernier accuse le fabricant d’iPhone de vouloir mettre en place une mise à jour qui bloque le système de publicité ciblée.

Apple sur le banc des accusés

App Tracking Transparency (ATT) est une nouvelle fonctionnalité d’Apple dont le but est de contraindre les applications mobiles à avoir la permission des utilisateurs avant de les suivre à la trace. Les réseaux et applications mobiles ont souvent usé de ce suivi des utilisateurs pour effectuer une récolte des données personnelles de ces derniers. Ces données sont ensuite vendues aux annonceurs pour la mise en place de publicités ultras personnalisées.

Avec ATT, Facebook et d’autres éditeurs d’applications mobiles se retrouvent confrontés à un véritable problème. Ces derniers pourraient voir leurs différentes options être sérieusement limitées. Pour, certaines entreprises, ce sont les PME qui souffriront le plus de l’installation de cette mise à jour. Cependant, la directrice d’Apple chargée du respect de vie privée, Jane Horvath, pense que les plus grands bénéficiaires de la course aux informations personnelles sont les grandes firmes qui disposent d’un plus grand stock de données.

Pour répondre aux ONG (Humans Rights Watch, Ranking Digital Rights, et Amnesty international), qui reprochaient à Apple le retard de l’instauration d’ATT, la porte-parole de la société est intervenue dans une lettre adressée aux organisations. La directrice y explique les raisons de ce retard. En effet, l’ATT n’a plus été lancé au même moment que la mise à jour d’iOS 14 d’Apple, parce que le fabricant de téléphone souhaitait donner aux développeurs le temps nécessaire pour adapter leurs systèmes à la nouvelle fonctionnalité.

La firme semble tout de même déterminée à aller au bout de son projet. Jane Horvath souligne dans sa lettre que le pistage est souvent « envahissant » et désagréable pour les « utilisateurs » qui la plupart du temps, ne sont même pas au courant de ce qui se passe.

Facebook, quant à lui, a rétorqué que la lettre envoyée par Apple n’était qu’une diversion. Pour Facebook, la firme elle-même a déjà été accusée d’avoir mis en place un système de surveillance de ses utilisateurs dans sa dernière mise à jour de Mac. Une fonctionnalité de sécurité un peu trop intrusive avait été détectée par les spécialistes de la sécurité en ligne. La société américaine de fabrication d’iPhone avait alors décidé de rendre cette fonctionnalité optionnelle.

Le code IDFA d’Apple mis en cause

Toujours en réponse à la lettre de la directrice d’Apple, Facebook a fait remarquer que derrière ce changement dans l’iOS 14, se trouve le désir d’Apple de quitter la gratuité d’internet pour s’engager dans un système où les services et les applications mobiles deviendront payants. Cela est évidemment à l’avantage de l’entreprise américaine. Déjà fin août, le réseau social avait montré son opposition face à ce changement, qui en termes de revenu constituera pour lui des pertes financières considérables. Après avoir effectué plusieurs simulations, le réseau social a indiqué que le retrait de la personnalisation campagne publicitaire, pourrait occasionner à son niveau, jusqu’à 50 % de perte sur le revenu.

C’est IDFA, l’identifiant publicitaire d’Apple qui est désormais au cœur de la bataille entre les défenseurs de la vie privée, et les publicitaires. Ainsi, l’ONG NOYB a déposé une plainte contre Apple en Espagne et en Allemagne, accusant la société d’avoir autorisé le suivi de comportements d’utilisateurs à travers un code de traçage sur ses appareils. Le code IDFA aurait été utilisé par Apple pour pister les utilisateurs dans leurs navigations. Les publicitaires ont ensuite utilisé un code unique pour cibler les utilisateurs. L’ONG estime que ce code ne devrait pas être changé, mais plutôt supprimé.

Le porte-parole de l’ONG a qualifié ce code de violation flagrante de la législation européenne sur la vie privée. La même ONG avait déjà déposé une plainte contre Facebook en juillet 2019 pour bloquer un transfert de données personnelles de l’UE vers les États unis. L’annulation d’un accord du même genre avait également été obtenue en 2015 entre Washington et Bruxelles.

D’un autre côté, des plaintes ont été déposées en France par plusieurs associations de professionnels du marketing pour demander à l’Autorité de concurrence d’intervenir afin d’empêcher Apple de mettre en place sa mise à jour. Cela pourrait être un grave préjudice pour les entreprises selon les associations.

C’est donc entre Facebook et Apple que se joue la plus grande partie du bras de fer. Il convient de préciser que ce n’est pas la première fois que les deux sociétés ont des différends sur la question des données personnelles.

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