L’intérêt pour le healthcare dopé par le COVID-19 —

10 décembre 2020

Photo © Healthcare Bellevue

Market Comment – Par Dr. Cyril Zimmermann, responsable des fonds Healthcare, Bellevue Asset Management

Alors que la crise du coronavirus bat son plein, les investisseurs manifestent à nouveau un intérêt accru pour le secteur des soins de santé. La pandémie a par ailleurs dynamisé les efforts des États-Unis et de la Chine dans la numérisation de leurs systèmes de santé afin de les rendre plus efficaces.

La pandémie du coronavirus a accéléré le rythme des changements structurels dans le secteur de la santé. Des services de soins virtuels sont proposés plus fréquemment et les processus réglementaires ont été simplifiés. Avec le vieillissement de la population, il est plus que nécessaire de freiner l’augmentation constante des coûts liés aux hospitalisations et aux maladies chroniques. Les États-Unis et la Chine, dotés des plus importants systèmes de santé au monde, ont adopté des stratégies différentes afin de parer à ces défis. Par conséquence, leurs plans, visant à améliorer la qualité de leurs systèmes de santé tout en les rendant plus efficaces et plus abordables, diffèrent également.

États-Unis – la question des coûts des soins de santé toujours pas résolue

Aux yeux du grand public, les États-Unis se distinguent comme le pays ayant le plus grand nombre de cas de COVID-19 et le plus grand nombre de décès dans le monde. L’industrie de la santé et les responsables gouvernementaux ont mis au point un modus operandi très efficace afin d’accélérer les essais cliniques et les procédures d’autorisation dans un effort commun pour surmonter la pandémie. L’ensemble du secteur healthcare devrait bénéficier de cette évolution dans un monde post-COVID-19. Parallèlement, la télémédecine a été adoptée comme un moyen alternatif pour les consultations médicales et le traitement des patients. Le diagnostic précoce des maladies est de plus en plus souvent effectué dans des centres de traitement ambulatoire. Pour éviter de futurs blocages dans la chaîne d’approvisionnement en médicaments, des efforts sont fournis afin de ramener certains procédés de fabrication pharmaceutique aux États-Unis. L’Europe devrait adopter des mesures de délocalisation similaires.

L’accès aux soins de santé n’est pas le principal problème aux États-Unis, la montée en flèche des coûts liés aux soins de santé est préoccupante. En 2019, les dépenses totales de santé ont augmenté de 6%, après une hausse de 4,1% et de 3,4% au cours des deux années précédentes. Les dépenses en médicaments sur ordonnance ont augmenté de 1,7%. Lors du dernier cycle électoral, aucun des deux partis politiques américains n’a présenté de solutions convaincantes et durables pour faire face à la hausse des coûts des soins de santé. Les propositions démocratiques, dont Joe Biden s’est fait l’écho, visent à augmenter les dépenses publiques globales et à apporter un soutien financier aux soins médicaux à un plus grand nombre de personnes. Les déclarations du président sortant Donald Trump manquaient d’un cadre cohérent. Le contrôle des coûts est la question principale. La Cour suprême entendra bientôt d’autres arguments sur la constitutionnalité de l’Affordable Care Act adopté sous la présidence d’Obama.

Un voucher ou un plan de paiement forfaitaire pourrait attirer davantage l’attention en tant que moyen essentiel de maîtriser les dépenses de santé. L’État du Massachusetts montre la voie à suivre dans ce domaine. Grâce à son système de bons, il a économisé environ 7,2 milliards de dollars entre 2013 et 2018. Les chiffres encore en suspens pour 2019 et les prévisions de dépenses pour 2020 à 2022 seront affectés par l’augmentation des dépenses de santé à la suite de la pandémie de coronavirus. Quatre autres États ont fixé des objectifs spécifiques, et les responsables politiques de l’Oregon et de la Californie discutent de plans similaires.

Chine – la crise du coronavirus offre des opportunités

La Chine a surmonté les défis économiques et de santé publique liés à la pandémie du coronavirus plus rapidement que les pays occidentaux et d’autres régions du monde, comme l’Amérique latine. Par ailleurs, la crise a renforcé la conviction des dirigeants politiques du pays à Pékin qu’ils sont sur la bonne voie dans leur recherche d’une plus grande autosuffisance et indépendance technologique dans divers domaines, y compris les soins de santé. La proportion des dépenses de recherche et développement de la Chine dans le monde n’a cessé d’augmenter ces dernières années. En 2019, elle s’élevait à 22,5%, à 533 milliards de dollars, juste derrière les États-Unis, qui occupent la première place avec 597 milliards de dollars, soit 25,2% des dépenses totales de R&D médicale. Le différend commercial avec les États-Unis a stimulé les efforts d’innovation en Chine dans le secteur du healthcare, comme en témoignent les objectifs du dernier plan quinquennal du pays.

Cette tendance « Made in China » a des répercussions sur le développement de médicaments ainsi que sur les entreprises de technologie médicale. On s’attend à ce que les entreprises chinoises réduisent progressivement les besoins du pays en importations de produits pharmaceutiques à moyen et long terme. L’amélioration des normes de qualité et de sécurité pour les produits fabriqués en Chine l’aidera à atteindre cet objectif. De plus, l’augmentation des capacités de production et la modernisation des processus permettent de réaliser des économies d’échelle de plus en plus importantes. Les coûts peuvent être réduits à mesure que la qualité et l’efficacité s’améliorent, ce qui est impératif dans les années à venir compte tenu de l’augmentation des coûts des soins de santé dans le pays en raison de la tendance démographique.

L’argent ainsi économisé est utilisé pour promouvoir l’industrie des soins de santé domestique. La Chine a récemment fait des progrès considérables dans le traitement du cancer, et de plus en plus d’entreprises chinoises se font une réputation dans le domaine de la technologie médicale. Citons par exemple AK Medical, un leader dans le domaine des implants orthopédiques imprimés en 3D, et Sinocare, un développeur de systèmes numériques pour la surveillance de la glycémie.

Entre-temps, la numérisation a été relancée par la pandémie du coronavirus. Dans un pays aussi vaste et peuplé que la Chine, la télémédecine était le seul moyen de mener des consultations avec des patients gravement malades pendant le confinement. Les pharmacies peuvent remplir les ordonnances en ligne et traiter les paiements directement à partir des comptes des patients. Un système national de notification permettant de suivre les épidémies et de surveiller la progression de la maladie a été mis en place. Les fournisseurs de télémédecine voient des opportunités commerciales dans toute l’Asie qui pourraient contribuer au rapprochement de la région. Outre les acteurs établis tels que le chinois Ping An Good Doctor, plusieurs nouveaux venus méritent d’être mentionnés, par exemple Yidu Cloud, qui utilise une plateforme numérique pour suivre et traiter les maladies ; JD Health, un détaillant en ligne et spécialiste de la télémédecine ; et Apollo 24/7, un fournisseur de solutions informatiques médicales.

Healthcare – un havre de sécurité pour les investisseurs

Les avancées innovantes et les baisses de coûts durables restent des facteurs clés de performance dans le secteur des soins de santé. La nature défensive de l’industrie a porté ses fruits au cours de cette année d’investissement tumultueuse et difficile. Certains indices du secteur de la santé ont largement dépassé le marché, surtout en avril et en mai. Pourtant, les indices de santé se négocient toujours sur des évaluations historiquement basses et nettement inférieures aux évaluations d’indices plus larges tels que le S&P500 ou l’EuroStoxx50.

La priorité accordée au COVID-19 a permis de réduire les difficultés et la paperasserie réglementaire. Les projets cliniques en phase initiale ont été les plus touchés. Entre-temps, la technologie de l’ARNm, la télémédecine et d’autres activités ont en fait attiré davantage l’attention des investisseurs à la suite de la pandémie de coronavirus. Au total, 42 nouveaux médicaments ont été approuvés aux États-Unis jusqu’à présent en 2020, soit presque autant que les 48 de l’année précédente, ce qui montre que la volonté d’innovation des fabricants de médicaments est plus forte que jamais. Le nombre de nouvelles autorisations devrait rester élevé dans les années à venir et ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques offrant un potentiel de vente considérable dans un large éventail de domaines thérapeutiques.

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