Même cause, autres effets

26 octobre 2021

Photo © LFDE

Par Olivier de Berranger, CIO, La Financière de l’Echiquier 

Olivier de Berranger

Lee taux américain à 10 ans clôturait, jeudi dernier, à 1,70%, proche de ses plus hauts de fin mars et près de 40bp au-dessus de son niveau du mois dernier. Le constat est similaire sur les taux européens, allemand en particulier. Cette reprise de la dynamique haussière sur les taux d’intérêts, entamée en août 2021, a accéléré après la réunion de la Réserve fédérale du 22 septembre dernier, qui s’était soldée par des discours peu accommodants. A l’aune de ce que l’on avait pu observer en début d’année, on pouvait imaginer un nouveau rallye des actions value au détriment de leurs homologues typées « croissance ». Il n’en a rien été, ou si peu. Certes, pendant une semaine après la réunion de la Fed, les valeurs value ont nettement surperformé, dans un marché plutôt baissier. Mais cela s’est rapidement essoufflé. Ainsi, depuis le début du mois d’octobre, aux Etats-Unis comme en Europe, les indices value et croissance font jeu égal, malgré la hausse des taux. Étonnant en apparence, ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs.

D’abord, le momentum macroéconomique. Si nous réfutons le terme de « stagflation » qui ne nous paraît pas pertinent, il n’en reste pas moins qu’un ralentissement de l’activité plus fort et plus précoce que prévu suscite des craintes. Pénuries d’énergie, inflation qui finirait par affecter la demande, risque immobilier chinois, perturbation des chaînes de production et d’approvisionnement… autant d’éléments qui refroidissent les ardeurs des investisseurs. Cela a pour conséquence de les inciter à privilégier des titres de croissance visible et à délaisser des titres plus cycliques, davantage value. Ainsi, si certains secteurs value comme les banques ou l’énergie trustent les premières places, portés par la hausse des taux et l’envolée du prix des matières premières, d’autres, comme le tourisme ou les biens d’équipement, se retrouvent en queue de peloton, en raison de ces inquiétudes pesant sur la pérennité du cycle économique.

Ensuite, après des semaines dominées par les thématiques macroéconomiques, notamment celle de l’inflation, les sujets  microéconomiques ont repris leurs droits sur les marchés, alors que la saison des résultats d’entreprises bat son plein aux Etats-Unis et débute en Europe. Jusqu’à présent, les publications sont de bonne facture, plus de 80% des entreprises américaines ayant annoncé des résultats supérieurs aux attentes. Cela participe à la révision à la hausse des perspectives de bénéfices, ce qui, dans un marché actions qui ne progresse plus guère depuis le début de l’été, conduit mécaniquement à diminuer les valorisations… redonnant ainsi un peu d’attractivité à des valeurs de croissance qui étaient devenues très chères.

Enfin, il y a les flux, notamment les flux acheteurs des investisseurs individuels américains. Moins actifs en septembre, ils interviennent de nouveau sur les marchés, rachetant systématiquement les baisses, comme fréquemment depuis le début de l’année. Or, ces flux vont en grande partie soit sur les grands indices, plus neutres en termes de style, voire davantage exposés aux valeurs de croissance, soit sur des thématiques très précises, liées au secteur technologique notamment. Ces flux favorisent là encore le style « croissance » dans un contexte pourtant, en apparence, plus favorable aux valeurs value.

Ces différents facteurs pourraient rester en place encore plusieurs semaines, en l’absence d’inflexion majeure sur le plan macroéconomique, en particulier sur les perspectives d’activité. Ainsi, si certains secteurs spécifiques peuvent susciter de l’intérêt (les banques par exemple, qui profiteront de la hausse des taux), il nous semble opportun de conserver à l’heure actuelle une allocation équilibrée en termes de style, et de rechercher la sélectivité au sein des secteurs.

Rédaction achevée le 22.10.2021

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