Présidentielle américaine, Opus n°3

8 octobre 2020

par David Ross, CFA, Gérant du fonds Echiquier World Equity Growth, LFDE

Fiscalité et autres Conséquences

David Ross

Joe Biden Président se préoccuperait davantage selon moi du contrôle des déficits budgétaires. La pression fiscale augmenterait quelque peu, puisque le candidat évoque une légère hausse pour les tranches de revenu les plus élevées uniquement, un dispositif similaire à celui des années Clinton. L’impact le plus important pour les investisseurs à court terme pourrait provenir de la hausse de l’imposition sur les plus-values qu’il envisage.

Aux Etats-Unis, les plus-values de court terme sont aujourd’hui imposées à 37%, taux que J. Biden souhaite porter à 39,7%. Or, les États-Unis prônent l’investissement en Bourse de long terme, comme une incitation à créer une économie plus productive. L’actuel taux d’imposition des gains en capital est généralement de 20% (il existe des exceptions, sans importance ici). Le plan Biden ferait passer le taux de ces plus-values pour les personnes à revenu élevé de 20 à 39,6%. De plus, pour celles et ceux dont les revenus annuels atteignent 1 million de dollars, il envisage une surtaxe de 3,8%, ce qui porterait l’imposition à 43,4%.

Ainsi, la taxe sur les plus-values ferait plus que doubler

Biden propose également de supprimer la règle du « pas en avant » dans le cadre de la fiscalité des successions. Aux États-Unis, au moment du décès, la succession peut « augmenter » la base de calcul du coût de l’impôt jusqu’à la date de votre décès, éliminant ainsi tout impôt sur les gains en capital au moment du décès.

C’est ce « pas en avant » qui incite de nombreuses personnes âgées américaines à conserver leurs actions en Bourse. Pourquoi en effet payer des impôts quand vos héritiers pourront l’éviter ? Si cette incitation à détenir des actions en Bourse sur le long terme disparaît et si vous ne les cédez pas, alors la facture fiscale sera plus élevée l’an prochain, créant donc une forte incitation donc à vendre avant… C’est le scénario qui pourrait se produire en novembre-décembre prochains, en cas d’élection de Joe Biden. On peut donc s’attendre à une certaine pression à la vente sur les marchés boursiers après l’éventuelle victoire de Biden, qui plus est si les Démocrates obtiennent la majorité au Sénat.

Car les élections sénatoriales sont à prendre en compte. Dans le système américain, la Chambre des Représentants et le Sénat sont des acteurs centraux et ont leur mot à dire pour la quasi-totalité de ce qui se passe aux États-Unis. Si le Sénat reste entre les mains des Républicains, il est peu probable que les augmentations d’impôts surviennent : tant qu’un gouvernement reste divisé, personne ne peut contrôler la Présidence, le Sénat et la Chambre des Représentants. Le processus législatif est bloqué, très peu de réformes peuvent être accomplies. Et d’aucuns estiment que c’est souvent le meilleur des scénarios pour les investisseurs…

Hormis la fiscalité, l’autre différence qui distingue les candidats se situe à l’intersection de l’environnement et de l’économie. Une victoire de J. Biden se traduirait par le soutien de politiques « vertes », alors que D.Trump favoriserait l’énergie carbone, même si en définitive,  comme souvent, c’est le marché qui tranchera. Les forages pétroliers, autorisés par D. Trump en août dernier, dans le refuge national de la faune arctique (Alaska) ont fait couler beaucoup d’encre.  En réalité, le pétrole bon marché coule à flots dans le monde et un forage dans la réserve protégée de l’Arctique n’a aucun sens économique pour une entreprise. Que J. Biden interdise ensuite ces forages ne fera aucune différence, personne ne forera ! Selon moi, le plus grand impact des Démocrates n’émanera pas selon moi de l’administration Biden, mais des élus démocrates de la Chambre et du Sénat (au moment où j’écris ces lignes, les Démocrates du Sénat annoncent un plan de 400 milliards de dollars par an pour réduire les émissions de carbone). Sans une proposition forte du candidat Biden, des Démocrates plus progressistes, ou libéraux, rempliront le vide politique.

En 2016, c’est la santé qui était l’enjeu électoral central. Trump voulait alors « abroger et remplacer. » Cette année, il veut « ignorer et éviter » et le camp Républicain fait l’économie d’un débat sur les soins de santé. Côté Démocrate, Biden se prononce pour la restauration de l’Obamacare, qu’il envisage d’étendre même modestement. Mais une fois encore, on pourrait s’attendre à ce qu’avec le contrôle total de la Chambre et du Sénat, les Démocrates progressistes et/ou libéraux poussent le curseur un plus loin, vers un « Medicare For All« , une assurance-santé pour tous. Ce qui pourrait plafonner la rentabilité du secteur de la santé…

Sur le front du commerce enfin, Trump et Biden ne sont ni l’un ni l’autre des « free traders », mais l’administration Biden pourrait se révéler plus stratégique. Plutôt que de tenter d’imposer des droits de douane sur le monde entier, amis ou ennemis, il me semble que l’administration Biden coopérerait avec ses alliés et conserverait la même sévérité à l’égard de la Chine et de la Russie. Aussi longtemps que l’Europe coopèrera avec les États-Unis sur ces questions, les frictions commerciales entre les deux zones s’estomperaient. Mais aucune circonstance atténuante ne plaide selon moi en faveur de la Chine. L’administration Biden serait au moins aussi dure sur les enjeux commerciaux et de sécurité que l’actuelle (rappelez-vous la carte électorale : les Républicains gagnent avec des votes ruraux et agricoles. Les Démocrates n’en ont pas et n’ont pas besoin d’élections pour conclure des accords commerciaux avec la Chine qui profitent aux agriculteurs). A suivre….

Retrouvez Opus No 1 ici et Opus No 2 ici

Retrouvez l’ensemble de nos article Décryptage ici

 

Recommandé pour vous