Quels liens entre les PME helvétiques? L’avis de Roger Tinner, co-organisateur du Schweizer KMU-Tag.

21 décembre 2011

De temps à autre, je participe au Schweizer KMU-Tag, qui a lieu chaque année en octobre, à Saint-Gall. Plus de mille personnes venant de toute la Suisse alémanique, surtout de la Suisse orientale, s’y donnent régulièrement rendez-vous. Le Schweizer KMU-Tag entend contribuer à l’information des patrons et cadres et à l’échange de vues entre eux. Sa devise est ambitieuse: «Nulle part ailleurs les PME sont si proches l’une de l’autre. »

J’ai posé à l’un des deux organisateurs, à mon collègue communicant Roger Tinner, la question de savoir s’il ne fallait pas appliquer cette devise de proximité aux PME du pays entier. Voici sa réponse:

« Léconomie helvétique est un véritable tissu de PME, c’est le tableau d’un paysage compartimenté qui reflète la société et la géographie du pays: des réseaux denses se sont formés dans les districts et circonscriptions des cantons, jusque dans les derniers recoins des régions linguistiques, réseaux locaux et régionaux qui sont à la base des activités économiques et du recrutement de personnel, surtout dans l’industrie. Par contre, les principaux débouchés de la plupart des moyennes et grandes entreprises et de bon nombre de micro-entreprises se trouvent à l’étranger.

Faut-il davantage mettre en réseau les PME, par-delà les régions linguistiques, à l’échelle nationale? Faut-il de nouvelles plateformes à côté des associations traditionnelles de l’économie, dont les activités et les membres sont dispersés sur toute la Suisse? Je pense que oui. La formation de clusters, accompagnée d’un échange intensifié d’expériences et d’informations, constituent une grande chance pour les PME, et un nouvel atout dans la compétition internationale. Ainsi, les patrons et leurs collaboratrices et collaborateurs peuvent-ils se frotter aux différences culturelles et sociales sans être confrontés à des complications sur le terrain juridique, comme dans le cas de coopérations avec l’étranger. L’économie moderne se caractérise par sa diversité, à savoir l’implication d’une multitude de cultures et de mentalités différentes. Une pratique permanente de la multiculturalité économique vous permet de rester à jour et vous donne de nouvelles idées et impulsions. Sur le terrain politique national, des contacts ainsi intensifiés comportent l’avantage que les responsables des PME peuvent mieux coordonner leurs efforts pour obtenir des conditions-cadre propices à leurs entreprises et à l’économie en général.

Pour y parvenir, il faut de nouvelles plateformes, de nouvelles idées et initiatives telles que le Forum PME/KMU. Ce Forum augmenterait sa crédibilité en changeant chaque année de région pour sa manifestation principale: de la Suisse occidentale à la Suisse orientale, de la Suisse centrale au Tessin, et de nouveau en Suisse occidentale!“

En tant que membre du comité d’initiative du Forum PME/KMU, je me suis réjoui de cet encouragement de la part d’un ténor de la plus importante plateforme pour PME de la Suisse alémanique. Car en fait, il y a dans ce pays surtout des plateformes régionales, les patrons de PME ayant l’habitude de se réseauter chez eux dans la proximité quasiment immédiate. Quelques-uns cependant ont compris qu’il y a intérêt à étendre leur réseau vers d’autres régions helvétiques, c’est pour ça que le nombre des participants au Forum PME/KMU, passerelle PME pan-helvétique, a doublé de 2009 à 2011. Mais il est encore nettement au-dessous du nombre de participants des grandes rencontres régionales, qu’il s’agisse du Forum Economique du Nord-Vaudois, du Swiss Venture Club ou du Schweizer KMU-Tag.

Or, comme le laisse entendre Roger Tinner, l’évolution économique et technologique nous invite de plus en plus à étendre notre base domestique à l’ensemble du pays, pour plus de synergies, mais aussi pour plus de souplesse culturelle et linguistique. Ce surplus, cette valeur ajoutée, c’est le contact permanent avec le mode de vie et de penser de l’autre région qui l’apporte.

Pour maintenir notre niveau de vie en Suisse, nous aurons à l’avenir davantage besoin les uns des autres, Romands, Alémaniques, Tessinois. Il ne faut pas, cependant, penser au seul besoin. Il faut que le travail nous fasse plaisir pour que nous soyons créatifs. Il s’agit là d’un cercle vertueux, car il faut que nous ayons la chance d’être créatifs pour que le travail nous fasse plaisir. Or qu’est-ce que la créativité, sinon la capacité de se doter de variantes jusque-là imprévues de soi-même. Pour y arriver, il faut sortir de temps à autre du cadre habituel et se frotter à d’autres manières de voir, à d’autres modes de penser, de produire, de vendre et d’acheter. Je rejoins là Roger Tinner, qui parle de « diversité ». Ce n’est rien d’abstrait, mais la richesse concrète de personnes ayant su développer un potentiel à leur disposition consistant à avoir en réserve tout un registre de réponses variées à chaque problème ou question qui se pose.

Celui qui parle la même langue, pense dans le même moule que moi, je le connais par moi-même, je ne dois pas me mobiliser outre mesure. Mais celui qui pense autrement, qui agit autrement, il est un défi, il m’interpelle et me mobilise, il me fait sortir de mon train train habituel et me permet de me voir moi-même grâce à la distance qu »il crée entre celui que j’ai été et celui que je deviens. Nous ne sommes pas loin, je crois, du thème principal du Schweizer KMU-Tag 2011: Querdenker – le non-conformiste. On n’est pas Querdenker de naissance! On le devient grâce à un effort de rupture. Chez beaucoup de Romands vivant en Suisse alémanique et d’Alémaniques vivant en Suisse romande, on sent ce plus de personnalité que produit la trace de cette rupture, cette valeur de créativité ajoutée. Or, il ne faut pas, pour ça, aller vivre dans l’autre région, il suffit de la pratiquer!

Dr. Peter Köppel, Consultant chez Le Monde Economique et Président du conseil d’administration de Köppel+Partner

 

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