Smart Grid, la Suisse est le cœur de l’Europe. Par Basile Golaz

9 janvier 2012

Le 1er décembre 2011, le Conseil fédéral a chargé le DETEC de lui soumettre d’ici le printemps 2012 un rapport sur les mesures à prendre pour la nouvelle stratégie énergétique 2050 comprenant la sortie du nucléaire, ainsi que sur ses effets, ses coûts et ses possibilités de financement. Sur la base de ce rapport, le Conseil fédéral devra faire voter les lois appropriées dans les domaines de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables, des centrales fossiles, des réseaux et de la recherche.

Mais avant cela, le Conseil National doit déjà se prononcer sur une motion intitulée « Smart Grid. Modernisation des réseaux d’électricité » visant à mettre en place un ensemble de mesures techniques sur le réseau électrique pour permettre une maitrise de la consommation et des coûts.

L’idée derrière ces smart grid est d’appliquer les nouvelles technologies de l’information pour consulter et piloter en temps réel de manière intelligente et flexible l’état et la charge du réseau électrique depuis les installations de production jusqu’aux consommateurs à l’échelle de l’appareil (chaudière, pompe à chaleur, réfrigérateur, etc.) en passant par toutes les étapes de transformation du courant. Les consommateurs peuvent ainsi décider précisément quand acheter de l’électricité au meilleur coût et identifier les appareils en consommant le plus, tandis que les producteurs peuvent optimiser sa production, son stockage et le dimensionnement de ses réseaux.

La lecture détaillée de ces informations chez le consommateur et sur le réseau va nécessiter des compteurs intelligents ou « smart meters » dont la question de l’imputabilité des coûts devra être réglée sur le plan législatif pour permettre leur adoption massive, car ni les utilisateurs finaux ni les distributeurs ne semblent actuellement prêts à y consentir les investissements nécessaires. Selon le Forum suisse de l’énergie, environ 10 % des ménages européens sont déjà équipés de smart meters et l’Europe, la Chine et les États-Unis investissent des millions dans l’étude et la réalisation de réseaux les utilisant pour participer à la réduction de 20 % des émissions de gaz à effet de serre requise par les objectifs de politique climatique.

D’un autre côté, la Suisse a une position stratégique au cœur de l’Europe : ses centrales hydroélectriques fonctionnant également comme des batteries grâce à l’accumulation par pompage vont permettre de stocker la production d’électricité des autres sources de courant renouvelables suisses et Européennes aux périodes de forte production pour l’utiliser aux périodes de plus forte demande. Les infrastructures actuelles devront être améliorées dans cette optique pour renforcer le rôle de plaque tournante de la Suisse et pour faire face au développement de la production d’électricité à partir de ressources renouvelables qui sont par nature (solaire ou éolienne) difficile à planifier et est soumises à d’importantes variations. Ces mesures devront de toute façon être entreprises pour faire face à la constante augmentation de la demande et pour atteindre les objectifs environnementaux fixés. Leur efficacité ne sera toutefois optimale que si elle est supportée par un réseau électrique intelligent « smart grid » permettant de relier de manière performante un nombre sans cesse croissant de petits producteurs d’électricité renouvelable très dispersé géographiquement.

À l’avenir, l’électricité issue de sources renouvelables en Europe sera d’ailleurs en grande partie produite dans les régions côtières et offshore pour l’éolien ou dans les régions désertiques pour les grandes installations solaires telles que DESERTEC. Ces contraintes techniques et économiques éloignant la production des consommateurs finaux renforcent encore le besoin en smart grid afin de gérer et transporter d’énormes quantités d’énergie sur de longues distances en limitant les pertes.

Les prochaines décisions politiques suisses dans ces domaines se révèlent donc être des éléments clefs pour un approvisionnement énergétique durable et sûr.

Basile Golaz collabore avec Le Monde Economique en qualité d’expert sur des thématiques liées à l’ingénierie et au Cleantech.

 

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