Marché européen high-yield : des rendements en hausse en dépit du choc des prix de l’énergie

7 juillet 2026

Marché européen high-yield : des rendements en hausse en dépit du choc des prix de l’énergie

Photo Leonardo Basile © Eurizon

Par Leonardo Basile, gestionnaire de portefeuille chez Eurizon

Malgré le choc des prix de l’énergie et les risques géopolitiques, de nombreux émetteurs obligataires restent en bonne santé.

Au cours des trois derniers mois, deux facteurs principaux ont dominé les marchés financiers : les tensions géopolitiques et la forte hausse des prix de l’énergie. Le choc des prix de l’énergie est un choc d’offre qui exerce une pression à la hausse sur l’inflation et les anticipations inflationnistes, tout en pesant simultanément sur la croissance économique. C’est précisément cette combinaison qui rend le contexte actuel particulièrement difficile pour les marchés et les banques centrales.

Malgré le choc des prix de l’énergie et les risques géopolitiques, de nombreux émetteurs conservent une position solide

Jusqu’à présent, le choc n’a pas encore eu d’impact significatif sur l’économie réelle mondiale, en partie parce que les stocks ont pu servir de tampon. Par ailleurs, les bénéfices des entreprises résistent globalement bien. La dernière saison de publication des résultats s’est avérée solide, même si l’on observe certaines disparités d’une entreprise à l’autre. Dans ce contexte, les fondamentaux des émetteurs sur le marché européen des obligations à haut rendement restent résilients à ce jour, malgré les incertitudes considérables entourant le choc des prix de l’énergie.

Face à cette situation, les banques centrales font preuve de prudence. Le choc des prix de l’énergie est particulièrement important, mais il pourrait également être de courte durée si un accord politique venait à être conclu entre les États-Unis et l’Iran. En tant que choc d’offre, il a également un double effet : il exerce une pression à la hausse sur l’inflation et les anticipations d’inflation, tout en pesant simultanément sur la croissance. La Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine doivent donc évaluer avec soin dans quelle mesure le choc des prix de l’énergie se répercute réellement sur l’inflation et la croissance.

À notre avis, il est toutefois peu probable que la BCE répète en 2026 un cycle de relèvement des taux aussi agressif que celui de 2022. À cette époque, l’inflation dans la zone euro dépassait déjà largement l’objectif de la BCE, avant même le début de la guerre en Ukraine. À cela s’ajoutait le fait que les taux d’intérêt étaient très bas, voire négatifs. Aujourd’hui, les taux directeurs de la zone euro se situent à des niveaux à peu près neutres. Nous estimons également que la Fed dispose d’une marge limitée pour relever davantage ses taux, car les taux d’intérêt aux États-Unis sont déjà supérieurs aux niveaux neutres.

Des rendements supérieurs à 5 % redonnent de l’attrait aux obligations européennes à haut rendement

Pour le marché européen des obligations à haut rendement, cet environnement signifie avant tout une chose : le niveau de rendement absolu est redevenu nettement plus attractif. Fin 2025, le rendement moyen sur le marché européen des obligations à haut rendement s’établissait encore à environ 4,5 %. Le rendement du marché s’élève désormais à plus de 5 %. D’un point de vue historique, ce niveau reste intéressant.

Certes, les spreads de crédit se sont à nouveau resserrés : ils ont entièrement inversé l’élargissement observé en mars et sont à nouveau proches des niveaux enregistrés avant la récente escalade géopolitique. Dans le même temps, plusieurs facteurs continuent selon nous de soutenir une vision constructive du marché. Parmi ceux-ci figurent une désescalade progressive probable au Moyen-Orient et une réouverture graduelle du détroit d’Ormuz. A court terme, l’incertitude devrait rester élevée.

La principale interrogation reste à savoir si la croissance mondiale pourra résister au choc actuel des prix de l’énergie. Notre analyse reste positive, même si les incertitudes demeurent considérables.

L’une des principales raisons à cela est le cycle d’investissement lié à l’intelligence artificielle. Aux États-Unis en particulier, l’IA est le moteur d’un cycle d’investissement substantiel. Parallèlement, l’IA pourrait stimuler la productivité du travail et ainsi agir comme un choc d’offre positif, contrebalançant le choc d’offre négatif provoqué par la hausse des prix du pétrole. Dans ce contexte, la croissance mondiale pourrait faire preuve de résilience en 2026 malgré les incertitudes considérables entourant le choc énergétique.

De plus, la politique budgétaire reste un facteur favorable important pour la croissance économique. Des dépenses publiques importantes sont prévues dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, en Allemagne et au Japon, contribuant à soutenir la croissance.

Le secteur bancaire, les opérations de carry trade et la sélection d’émetteurs : où se situent les opportunités sur le marché du haut rendement ?

Sur le marché européen des obligations à haut rendement, nous privilégions actuellement tout particulièrement le secteur bancaire. Les banques européennes sont historiquement bien positionnées en termes de capitalisation et de rentabilité. À notre avis, les obligations bancaires subordonnées, en particulier les titres AT1 et Tier 2, continuent d’offrir des rendements attractifs au regard de la qualité de crédit des émetteurs jusqu’à la première date de remboursement anticipé. Bien que ces instruments soient un peu plus sensibles à la volatilité des taux d’intérêt, les émetteurs eux-mêmes bénéficient de notations « investment grade ».

Au sein du portefeuille, nous privilégions globalement un profil de carry attractif et une sélection sélective des titres. En particulier dans le segment des obligations notées « single-B », la sélection des émetteurs individuels constitue un facteur déterminant de performance. Pour les stratégies axées sur les maturités courtes, nous veillons également à maintenir une duration limitée afin de maîtriser la sensibilité aux fluctuations des taux d’intérêt sans risque. La diversification demeure essentielle. De plus, un portefeuille ne doit pas être trop fragmenté afin que les positions individuelles puissent continuer à être analysées et suivies de manière efficace.

Dans l’ensemble, nous restons optimistes sur les obligations européennes à haut rendement. Le marché continue d’offrir selon nous des opportunités aux investisseurs actifs. Cette opinion s’appuie sur des niveaux de rendement absolu plus élevés, des fondamentaux des émetteurs qui sont restés solides jusqu’à présent – même si les situations diffèrent selon les émetteurs –, des facteurs techniques de marché favorables et des taux de défaut limités. Dans le même temps, l’environnement reste marqué par l’incertitude, la volatilité et les risques géopolitiques. Par conséquent, la sélection active des titres et des émetteurs individuels continue de gagner en importance.

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